Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers


En savoir plus

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode




Ellipse d’Angèle : L’apparition


Alexandre.

Quel enfant né de l’amour n’aura pas eu droit, au moins une fois au cours de sa vie, à la retranscription exacte du moment où ses parents se sont rencontrés ? J’imaginais que parce que je n’étais pas né fille, ces histoires ne m’intéressaient pas outre mesure. Et surtout, je n’en croyais pas un mot. Un simple regard ? Sérieusement ? Et baser ainsi toute une vie sur un seul instant ? Avec tout le respect que je devais à ma mère ainsi qu’à mon père, je demeurais cependant perplexe.

Forcément il devait y avoir autre chose. Le temps de se connaître, de s‘apprécier. Et connaissant mon père, qu’il soit ainsi tombé amoureux d’un simple regard après la vie qu’il eut menée me paraissait d’une improbabilité flagrante.

Jocelyne ma charmante et entreprenante cavalière me tira dans un coin de la salle, échappant ainsi aux regards de mes compagnons. Emportant une coupe de fruits avec elle, détail qui ne resterait pas anodin. La voici qui rit à gorge déployée, une tendance typiquement féminine qui m’étonnera toujours. Rire sans qu’il n’y ait eu de bon mot ni d’instant cocasse. Où était-ce considéré comme une parade, une technique de séduction ? Et bien que la curiosité m’entraînait à la suivre, je demeurais vigilant. L’envie de m’amuser ou de jouer m’ayant pris en début de soirée bien que je songeais avant tout aux cartes. Elle plaça un raisin entre ses lèvres, m’invitant à venir croquer le fruit. Pas de doute, la demoiselle voulait plus qu’une simple compagnie. Ou du moins souhaitait l’allonger dans un lieu plus discret. Serait-il impoli de refuser ? Serait-il sot de ne pas se laisser tenter ? Y goûter, que risquais-je ? Je capitulai facilement, venant savourer cette jolie bouche offerte.

Le fruit n’était qu’un prétexte et ne m’intéressait nullement. Passant de ma bouche à la sienne d’affiler alors que nous échangeâmes un précieux et long baiser qui n’avait rien de chaste. Une agréable expérience, bien que rapidement menée.

Plus qu’un regard, disais-je, le désir sans doute. Bien qu’a cet instant je ressentis surtout la satisfaction d’avoir découvert un nouvel intérêt, suscitant l’excitation de mes sens, l’envie d’en connaître plus. La belle me délaissa un instant souhaitant nous rapporter du vin. Ne serait-ce pas à moi qu’aurait dû incomber cette tâche ? Mais je la soupçonnais de vouloir réapparaître avec d’autres munitions. Elle ne reviendra que quelques minutes plus tard, accompagnée de nos amis récupérés en route.

Impossible de la manquer. Une robe d’un jaune doré qui aurait pu être à la limite de l’exubérance si sa coupe n’avait été aussi simpliste. Mais cette couleur seule attira les regards lorsqu’elle se leva prestement de l’une des tables, s’engageant vers la sortie près de laquelle je me tenais. Je me retrouvais fixé sur cette silhouette, ces cheveux châtains attachés dont les extrémités, bouclées retombaient sur sa nuque. Et ce visage ! Si nouveau et familier à la fois, comme voulant se rappeler à mon bon souvenir tout en restant encore timidement tapis dans ma mémoire.

Alors qu’elle venait à fuir la salle, elle stoppa devant moi, son expression emplie surprise tout autant que le mien.

– Mademoiselle ? me risquais-je, intrigué.

Elle se tourna et je suivis son regard, l’un des joueurs de cette même table s’approchait de nous, la faisant fuir de nouveau. Je m’engageai à sa suite, la rattrapant dans les couloirs. Ce visage m’inspirait quelque chose et je souhaitais comprendre.

– Attendez, je vous en prie.

Elle stoppa, effrayée telle une biche aux abois, jetant des regards tant vers moi que vers la salle.

– Quelque chose vous gêne ? Est-ce cet homme ?

Elle hocha de la tête tout le voyant venir à nous, ne se pressant pas.

– Je me déclare comme étant votre protecteur pour la soirée si tel est votre souhait, vous n’avez qu’un mot à dire.

Mais avant qu’elle ne se décide, l’homme posa sa main sur son bras et me toisa d’un air condescendant.

– Laissez monsieur, je suis son oncle.

– Est-ce vrai mademoiselle ?

– Oui, fit-elle, la mine basse.

Et je peinais à la croire. Il l’entraîna alors que je ne pus rien si elle n’en exprimait la volonté. Mais je l’interpellai une nouvelle fois, il me fallait son identité sinon je n’en dormirais pas.

– Votre nom mademoiselle, ou au moins votre prénom ! Quel est-il ?

– Celui d’une fleur ! me répondit l’homme à sa place et sans se retourner, l’entraînant avec lui.