Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Banco !


Alexandre, dix-neuf ans.

Ce soir, l’un des grands salons du Louvre se trouvait être des plus fréquentés. Et pour cause, il s’y organisait comme chaque semaine, une partie de banco. Le jeu se situait sur plus d’une table afin que ce soit équitable au vu du nombre de participants, les gagnants se rencontrant en fin de soirée pour une partie décisive. Qui plus est, les mises étaient hautes et c’est à celui ou celle qui recevrait tous les honneurs de la victoire de rentrer chez lui pourvu d’un beau pactole. C’était la une tentation à laquelle peu de joueurs habitués pouvaient déroger, devenant temporairement le héros de la soirée. Cette raison à elle seule étant suffisante pour y attirer foule de curieux ainsi que quelques amateurs.

Je m’approchai d’une table, cherchant du regard les amis que je devais rejoindre ici. Les jeux avaient débuté depuis une bonne demi-heure déjà, mais qu’à cela ne tienne, les places pouvaient être acquises rapidement lorsqu’un malchanceux venait à se faire déplumer.

Un siège venait de se libérer sur un pauvre petit duc mécontent qui s’empressera sans doute de noyer sa déveine dans quelques vins capiteux. Je m’avançai alors d’un pas assuré, espérant tuer le temps quelques minutes lorsqu’une dame me heurta, me salua et s’excusa avec cet air d’enfant perdue. En galant homme, je lui cédai donc la place. Pourquoi se presser à se faire ruiner après tout.

Je demeurai donc tout à côté, observant les jeux, repérant une jeune figure qui m’était encore inconnue jusqu’ici et m’en approchai, demeurant derrière et soufflant près de son épaule.

– Une partie vous intéresse ?

– Je ne saurais dire monsieur, ce jeu à l’air passionnant, mais hélas je n’en connais pas bien les règles.

– Permettez-moi dans ce cas. Comme vous voyez, chaque partie se joue avec 32 cartes constituées des as, roi, dame, valet ainsi que le 10, 9, 8 et 7. Le banquier... qui se trouve face à nous pour l’instant… dépose la mise de départ et distribue trois cartes à chacun. Ensuite, au joueur de décider s’il passe son tour, pose sa mise ou souhaite faire sauter la banque en criant « banco ». Une carte est alors retournée et selon le résultat il perd, empoche ses gains ou… le banco, a savoir tous les gains obtenus par la banque. Si cela arrive, celle-ci passe la main à son voisin de gauche.

– Et comment sait-on si l’on a gagné ?

– Simplement si la carte retournée est d’une valeur inférieure, mais de même couleur que l’une de vos cartes. Voyez… ce monsieur devant nous possède un as de pique, un 7 de cœur et un valet.

L’homme se retourna alors vers nous, offusqué que j’aie ainsi dévoilé son jeu, mais je n’en tins pas compte. Ce n’était pas cela qui changerait la donne. Je continuai.

– Si la carte retournée se trouve être un roi de pique, il peut la couvrir de son as et l’emporter. Par contre, vous l’aurez compris, il ne pourra rien gagner avec ce pauvre sept.

– Il suffit ! Allez batifoler ailleurs Monsieur de Monllieu, fini par s’énerver le bonhomme.

Je le saluai donc quelque peu ironiquement, baisai la main de la demoiselle, ne la quittant pas des yeux avant d’aller rejoindre une autre table. Elle était charmante et à ce qu’il parait, j’avais de qui tenir en matière de séduction. Même si, jusqu’à présent, je pouvais me vanter d’être demeuré sage et plus intéressé par des faits d’armes, je me sentais d’humeur ce soir.

– Alexandre ! appela une voix familière à travers la pièce.

Et je reconnus Philippe, mon ami ainsi que son cousin. Nous nous rejoignîmes, ravis de nous être trouvés et je compris rapidement la raison de leur retard. En retrait patientaient trois jeunes demoiselles. Deux étaient souriantes et je pariais alors qu’elles avaient déjà quelques idées du bras auquel elles passeraient la soirée tandis que la dernière se fit plus farouche. Et comme il était de mise, je la saluai de façon plus prononcée, l’invitant à se joindre à moi et lui offrit mon bras.

La soirée s’écoula et tandis que mon ami tentait sa chance à l’une des tables sous les conseils avisés de sa cavalière, il en avait largement les moyens, je ne me faisais aucun souci pour lui. J’invitai la mienne à venir goûter aux quelques fruits disposés à l’attention de tous. Afin de converser plus à notre aise puisque depuis tout à l’heure, elle n’avait que très peu délié la langue. Mais aurait-elle attendu tout ce temps alors pour me montrer son véritable visage ? Une fois seuls, la voilà qui se lâcha et m’invita à croquer dans un fruit qu’elle me tendit. Pourquoi pas. La chose était amusante et je ne rechignai pas malgré l’étonnement de la voir si hardie. Nous conversâmes et bien qu’elle ne me parla que de futilités de cour, je perçus quelques allusions à propos de mon nom. Sans trop en montrer, je soupirai.