Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Tel père, tel fils, la mission - 7


Alexandre.

L’escalier remontant des sous-sols donnait sur une porte dérobée située derrière la large volée de marches menant aux étages. Je connaissais à peu près les positions devant être prises par les mousquetaires, du moins en théorie puisque celles-ci pouvaient toujours s’adapter selon les circonstances. Il devait en figurer quatre ou cinq non loin de nous. Mon but étant de faire sortir père d’ici avant que les opérations n’aient lieu.

Avançant prudemment dans le hall, nous voici prêts à rejoindre les extérieurs en direction de l’étable lorsque l’attaque fut lancée. Mes compagnons n’ayant pu en retarder l’échéance puisque ce furent les hommes de Courval eux-mêmes qui lancèrent les hostilités.

Deux d’entre eux arrivant dans notre dos, un autre par l’avant. Père usa donc de la lame dérobée sur le corps encore chaud du geôlier et de celle de sa manche tandis que je sortis mon fleuret. Bien des fois, nous avions croisé les fers ensemble, mais jamais lors d’une occasion aussi sérieuse. Côte à côte. Pourtant, dans le feu de l’action, il ne me vint pas l’idée de vouloir l’impressionner. Mais bel et bien de nous en sortir prestement. Père savait parfaitement manier deux lames et, depuis l’enfance, je devais avouer que je demeurai en totale admiration devant sa technique. Positionnés naturellement dos à dos, s’affairant tout deux sur le ou les adversaires nous faisant face, il fallait dire que nous nous en sortions pas trop mal. Il repoussa l’un des siens, le blessant suffisamment pour qu’il ne reviennent pas à la charge tandis que je me fis repousser rudement par le mien. D’un mouvement d’épaule contre l’arrière de la sienne, nous en virent à tournoyer d’un commun accord, telle une chorégraphie parfaitement orchestrée, mais qui, pourtant était totalement improvisée pour le coup. Nous échangeâmes de ce fait nos ennemis.

Le sien, fatigué, ne fut qu’une formalité alors que je le terrassais, ayant gardé mes forces en comparaison de mon père moins en forme puisqu’il fut maintenu entravé de longues heures tandis que lui, misant sur son agilité, eut moins de mal que moi lorsque j’étais à sa place. Enfin, les deux étaient à terre et nous, libérés de leur présence.

– Allons aux écuries, récupérons nos chevaux et filons.

– Ne souhaitais-tu pas prendre part au siège toi aussi ?

– Je ne souhaite que vous mettre en sécurité, père. C’est d’ailleurs la mission qui m’a été confiée et je la mènerai à bien.

Nous voici donc à nous éloigner du manoir et à rejoindre le camp dressé par les mousquetaires dans les bois proches. Celui-ci n’est gardé que par le minimum des effectifs.

Nous attendrons l’aube ainsi que de bonnes nouvelles sur la prise du domaine et l’arrestation de ces frondeurs avant de repartir pour Paris. Durant tout le trajet, je me tins des plus discrets afin de ne pas lui rappeler que nous avions quelques petites choses à régler. Quant à mon père, il ne posa aucune autre question tout ce temps. Entretenant chez moi une légère angoisse.

Il me proposa de le suivre en ville, termina son travail devant moi qui lui fit office d’ombre et enfin me pria de l’accompagner une dernière fois. Je reconnus bien vite l’hôtel des mousquetaires et de très loin. Enfin, il y déposa une lettre adressée au capitaine et m’annonça que nous pouvions rentrer pour un repos bien mérité.

– Puis-je vous demander quel était l’objet du message adressé au capitaine père ?

– Je lui ai fait part de mon souhait de lui parler. J’ai, dans mes connaissances, un jeune homme qui pourrait faire l’affaire. Oh et ne va pas croire que je souhaite appuyer son introduction, il devra passer par les quelques épreuves de circonstance avant cela. Puisqu’il est si têtu qu’il n’écoute rien et laisse sa propre mère le soutenir dans ses folles escapades, qui suis-je pour empêcher cela, je te le demande.

Je demeurai derrière lui, trottant à cheval, le suivant jusqu’au logis, mais le sourire fendant mon visage ne me quitta pas un instant tout le temps du trajet. Je devais paraître idiot a afficher ainsi mes quenottes aux quatre vents, mais c’était plus fort que moi. Enfin, il me donnait son accord.

Par la suite, je fus effectivement appelé de manière officielle à venir faire mes preuves. Pour l’occasion, plusieurs mousquetaires dont mes plus proches amis étaient présents. L’on fit venir pour l’occasion, un membre de la garde, parmi les plus féroces d’après les rumeurs et m’assurai qu’il me fallait m’en méfier. Combinant à la fois technique, force et agilité, il était donc un adversaire de grande envergure.

J’ôtai donc ma veste, demeurant plus à l’aise en chemise et entamai quelques exercices en solitaire, réchauffant les muscles de mes bras, de mes jambes et de ma nuque avant de commencer. Père s’approcha, posa sa main sur mon épaule et ne me glissa que quelques mots au creux de l’oreille. La ou les autres me souhaitèrent « bonne chance », me conseillèrent d’être vaillant ou de ne pas baisser pas ma garde, lui ne chuchota que ceci : « sert toi de la tête ».

Les images de mon enfance revinrent. Devenir plus endurant, grâce à la nage ou la course. Celles de nos entraînements ensuite alors que j’avais gagné quelques années de plus, acquérant technique et agilité. Enfin, notre escapade en forêt, mon épreuve ratée, user de stratégie.

– En garde messieurs ! entonna le capitaine.

Nous nous fîmes face, nous saluant de la tête de façon neutre et prîmes position. D’entrée de jeu, il tenta de me désarmer. Était-il pressé d’en finir ? Si tel était le cas, je n’avais qu’a tenir bon, ce qui aurait pour effet de l’agacer et le pousser à l’erreur. En tout cas, il n’y parvint pas. Quelques échanges durant lesquels je me concentrai, une parade habile suivie d’un coup d’estoc qui faillit bien me percer le flanc. Il est vrai que je ressemblais beaucoup à mon père, mais pas au point de posséder les mêmes cicatrices tout de même !

Il mena le combat un moment, tentant de m’épuiser par des attaques vives, allant jusqu’à armer son coup, faisant tournoyer sa lame. Je me retrouvai plus essoufflé que lui, a tenter de parer alors qu’il faisait bien quarante livres en poids et la moitié en âge de plus que moi ! Fort heureusement, je possédai une bonne lame sinon il me l’aurait brisée depuis longtemps. Me servir de ma tête, certes, excellent conseil, mais jusque-là, ce devait être sur mes autres capacités que je devais me fier. Il était peut-être temps justement de me forcer et d’user d’une tactique qui le déstabiliserait.

La cour ou nous nous battions disposait de quelques attirails et matériels, une charrette à bras, du foin pour nos montures gardées ici, caisses, tonnelets et, siégeant agréablement non loin de moi, une vaste table destinée à accueillir quelques affamés en chaque occasion. En deux bonds, l’un sur le banc, l’autre sur le mobilier en lui-même, je me portai en hauteur. Immédiatement, et afin de ne pas être lésé, il m’imita. C’est au moment il posa le pied sur le rebord de l’assise que je sautais à son opposé, le faisant chanceler par la force de balancement que cela engendra. Et un militaire à terre ! Je n’en m’en ferai pas un ami après cela, mais qu’importe.

Mais plutôt que de le fatiguer, il s’en fâcha et je m’en mordis rapidement les doigts. De parade en contre, nous nous retrouvions au corps à corps, nos fleurets grinçants métal contre métal. Il me repoussa par une fente audacieuse doublée d’un désarmement et je me trouvai poussé en arrière, atterrissant très inélégamment sur le postérieur, ma lame volant à quelques pas de moi.

– Utilise ta botte Alexandre ! cria mon père qui depuis le début devait sans doute être pris en haleine à me voir en si fâcheuses postures.

Un rictus se dessina sur les lèvres de mon adversaire qui, sans doute imaginant la chose impossible puisque j’étais au sol et les mains vides. J’entendis quelques rires étouffés au moment où, tendant les jambes, les mêlant aux siennes, il fut déséquilibré et se retrouva non pas assis comme moi, mais sur le dos. Et le moins que l’ont pu dire est qu’il chuta lourdement.

Je me relevai prestement, profitant de l’effet de surprise pour lui subtiliser son arme et la pointai vers sa jugulaire. Il releva la tête vers moi, me toisant puis la laissa retomber sur le sol poussiéreux.

Suite à cette victoire, je reçus les félicitations de tous et du plus important d’entre eux, mon père qui, je le voyais bien, ému bien qu’il tentait de le dissimuler me glissa aussi discrètement que tout à l’heure, qu’il fut fier. De toutes les victoires ou récompenses en ce monde, c’était bien la plus importante.