Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Tel père, tel fils, la mission - 6


Séraphin.

Sincèrement, j’avais connu des situations plus encourageantes que celle-ci et tout aussi peu confortables cela dit. Me retrouvant entravé et enfermé dans les caves humides. Si d’ordinaire, il me suffisait d’employer la lame de ma botte pour me défaire de mes liens, cette fois ce fut plus ardu. Les bougres ne m’avaient pas juste attaché, mais bel et bien enchaîné. J’y avais brisé la pointe de ma lame.

Je comptais donc sur un possible interrogatoire afin d’improviser ma fuite, mais qu’avais-je à leur apprendre dont ils ne se doutaient point ? La situation au  campement, le risque encouru par les hommes envoyés là-bas ? Ils savaient tout cela. Ma traîtrise ainsi que celle d’Alexandre ? Tout autant convaincus. Mis à part prestement envoyer quelqu’un afin de rattraper le groupe parti tout à l’heure, me délier la langue ne devait pas faire partie de leurs priorités. À moins de venir me la faire pendre définitivement.

Au moins, Alexandre était loin d’ici et sans doute qu’à cette heure, une fois le convoi attaqué, il aura rejoint les mousquetaires. Je ne m’avouais pas totalement vaincu, mais je songeais alors à mon épouse. À notre rencontre, nos premiers émois, à ces années heureuses à ses côtés. Rien que pour cela, je ne pouvais me laisser aller à déprimer. Même si j’étais à deux doigts de mes derniers instants. J’avais goûté à bien des plaisirs, plus qu’il n’en fallait d’ailleurs. Connu le véritable amour et la fierté d’être père. J’aurais préféré cela dit m’endormir à ses côtés plutôt qu’ici.

La nuit glacée nous tombait dessus et à force, mes bras engourdis ne seraient plus d’une grande utilité si d’aventure l’on venait à se souvenir de moi. En vérité, je trouvais le temps long.

Outre de profiter de l’occasion de la venue de l’un de mes geôliers, une autre possibilité s’offrait à moi. Patienter jusqu’à la prise du fort. Je tendis donc l’oreille, aux aguets et préférant ne pas sombrer dans le sommeil. Il faisait d’ailleurs un peu trop froid pour s’y soumettre.

Enfin, il me sembla entendre de légers bruits de pas en provenance des escaliers de pierres venant jusqu’ici. Mais manque de chance, ce fut l’un des hommes de Courval qui apparut, portant une courte torche ainsi qu’un trousseau et une arme à sa ceinture.

– Comte, Duc ou simple Marquis ? eut-il pour toute phrase d’approche.

– Plait-il ? Je me porte bien je vous remercie de votre sollicitude. Mais ma foi, il fait un peu frisquet, pourrais-je avoir un verre de vin chaud épicé, je vous prie ? Ainsi qu’une couverture.

– J’ti d’mande si tu es noble.

– Hé bien puisque vous semblez si intéressé par ma personne, j’en porte le nom, mais point le titre. Cela répond-il à vos attentes ?

– En gros, t’vaux pas grand-chose.

Tout dépendait du point de vue, mais que ce fut pour demander rançon ou m’égorger en guise de sacrifice à leur cause, je ne semblais pas l’intéresser outre mesure en effet. Et il repartit, haussant des épaules et rouspétant.

Un son lourd accompagné d’un bruit de bouche évoquant celui d’un dernier souffle suivit de celui d’une pièce de ferraille que l’on fait tinter me rendirent quelque peu espoir. Et de voir cette frimousse familière, ces boucles sombres et ce sourire rassuré eut ce même effet sur moi.

– Père ! chuchota-t-il alors qu’il s’évertuait à essayer les diverses clés du trousseau sur la serrure de mes poignets. Vous ont-ils bien traités ?

– Ma foi, je risque fort bien de ne plus revenir ici. L’on est y est très mal logé et la nourriture n’est pas fameuse. Mais diantre pourquoi es-tu revenu ? N’as-tu point appris à compter, il sont plus d‘une trentaine ici !

– Pensez-vous sincèrement que je sois venu seul ! Nous ne pouvions attaquer qu’à la nuit, mais je craignais malgré tout qu’ils n’en aient profité pour… enfin soit, vous semblez vous porter à merveille. C’est là le principal.

Il se hâta afin de me précéder et que nous puissions remonter, mais je le retins un instant alors que nous enjambions le corps de l’intéresser de tout à l’heure.

– Alors ainsi tu as également appris à tuer. Où est donc le petit garçon qui, autrefois, préférait les bras de sa douce mère et se devait d’éviter les gamins du village ?

Il s’arrêta et me fit face, j’eus l’impression qu’il m’observa d’un air de défi, ses lèvres se muant en une fine grimace, il semblait vexé.

– Vous lui avez appris à se défendre père et aujourd’hui, c’est lui qui vous sauve si je ne m’abuse.

– Ce n’était qu’une constatation Alexandre et non une remarque déplaisante contre toi. Au contraire, malgré mon interdiction et le fait que tu m’as désobéi, je suis plutôt fier de l’homme que tu es devenu.

– Pardonnez-moi, je pensais que vous étiez plus fâché que cela. De plus, je me faisais beaucoup de soucis à vous avoir laissé seul ici.

– Alors tu comprends désormais les craintes qui m’animent à te laisser suivre cette voie.

– Certes, mais je n’y dérogerai pas. Maintenant, suivez-moi.

Je fouillai tout de même le corps à mes pieds, lui subtilisant une lame plus longue que celle que je possédais dans ma manche. Il m’était d’avis que même si les mousquetaires comptaient s’emparer des lieux, il serait tout de même plus prudent de ne point s’y promener les mains vides.