Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Tel père, tel fils, la mission - 5


Alexandre.

Connaissant la position des mousquetaires dans ces bois, je savais de ce fait que leur attaque allait se faire très bientôt. Je me tenais aux côtés de Courval comme toujours. Celui-ci discutait gaiement sur quelques anecdotes de chasse ou il était question d’un sanglier de grande taille ayant failli l’embrocher, enchaînant ensuite sur quelques aventures plus grivoises. J’en riais aux moments les plus adéquats, donnant ainsi le change, mais ne pouvais m’empêcher de me tenir sur mes gardes. Si je me devais de prendre part à la bataille lors de l’embuscade qui s’annonçait, je me ferais également un point d’honneur à ne laisser personne fuir au risque d’aller prévenir le manoir ainsi que les hommes restants, la sécurité de mon père en dépendait.

Si dès l’orée, la route se frayait à travers les arbres telle une ligne à peu près droite, elle se fit sinueuse et donc plus propice aux embûches au bout de quelques kilomètres. Je tâtais discrètement mes armes, m’assurant qu’elles furent en place. Les chevaux se firent nerveux, tout autant que moi. Courval tâcha de calmer le sien, lui flattant l’encolure. Autour de nous, merles, mésanges, geais et autres volatiles piaillaient lorsqu’un roitelet huppé bien plus bavard que les autres déchira cette cacophonie naturelle. C’était le signal.

Dès que les ombres sortirent de leur cachette, je tirai sur les rennes, laissant place aux assaillants. Deux finirent prestement à terre tandis que quelques parades furent entamées à cheval. Diane, ma jument s’agitait. Encore jeune, elle n’avait pas bien l’habitude de trop de mouvements et de bruits d’épées. Mais je ne pouvais non plus rester la à ne rien faire, je sortis ma lame, calmant ma monture de quelques mots et leur portai main forte.

– Alexandre ! À moi ! entonna Courval avant de se rendre compte du revirement de situation.

Son étonnement faillit d’ailleurs lui coûter une belle estocade au visage. En rogne, il repoussa le flanc du cheval de son assaillant de sa botte, parvenant à le faire reculer vu la violence du coup et se dirigea vers moi.

Je comprenais son animosité, à sa place, j’aurais certainement éprouvé la même.

– Jeune traître ! me lança-t-il avant de lever sa lame en ma direction.

– Tout est question de point de vue Monsieur.

Je n’eus que le temps de parer, repoussant son assaut d’un coup de rein alors que les fers se croisaient. Mais en seconde tentative, le fourbe tenta de blesser Diane. De nouveau, je tirai sur le mord, nous éloignant de lui, elle en priorité à vrai dire et pris un instant afin de mettre pied à terre, frappant sa croupe afin qu’elle se sauve. Je n’avais nulle crainte, elle était déjà habituée à me revenir d‘un simple rappel.

Courval m’imita, sautant en bas de sa monture et venant à moi, ayant dès lors saisi sa dague de la main gauche. Qu’à cela ne tienne, je n’étais pas né Monllieu pour rien et fis glisser celle dissimulée dans ma manche jusqu’à ma paume. Une habitude de père que j’avais empruntée sans scrupules. Je n’étais pas ambidextre, mais suffisamment entraîné à me défendre de la sorte pour ne pas être pris au dépourvu, je ne pouvais que remercier Athos pour cela. Je serrai les dents alors que nos lames crissaient l’une contre l’autre, Courval gagnant du terrain. Je le voyais déjà tenter de libérer sa courte lame dans le but de la planter allègrement dans ma chair, à hauteur des abdominaux sans doute. À moins d’hériter moi aussi d’une cicatrice au flanc.

Et c’est en songeant à mon père que me revint l’une de ses techniques. Certes, utiliser sa tête faisait partie de ses enseignements, mais il pouvait y avoir plus d’une manière de faire. Tel un coup du front dans le nez du frondeur par exemple. Cela le fit reculer, saignant abondamment à présent. Ce qui ne le calma pas pour autant, que du contraire.

Mon adversaire n’était pas n’importe qui. Fine lame, il entama une série de mouvements, tant appuyé par une technique parfaitement maîtrisée que par l’amplitude de ses gestes. En effet, l’élan qu’il prit lors de ses attaques s’ajoutant à sa force, j’eus du mal à le contenir. Je sus dès lors que je tiendrai pas ainsi indéfiniment.

Il m’effleura une première fois, faisant couler mon sang, mais de moindre façon puis une seconde, prouvant que je commençais à pâlir devant lui. Mais hors de question d’échouer une nouvelle fois. Mon père était au courant de mes actions et s’il lui revenait aux oreilles que je m’étais fait battre, mes chances de le convaincre seraient ruinées.

Je me reculai, Courval pensant que je fuyais se mit à se moquer, mais il n’en était rien. Oh je savais que certains me qualifiaient aisément de sournois lorsque j’en venais à ce genre de simulacre. Mais au fond, n’était-ce pas le résultat qui compte ? Et il n’y avait de déshonneur à feinter l’ennemi.

– Rhaaaa !

Je revins à la charge, sans employer mes lames, glissant au sol lorsque je fus à distance honorable. Autant dire qu’il ne fallait pas me fourvoyer dans mes calculs. Lui fauchant les jambes tout en glissant sur la terre durcie. Nous étions tous deux au sol, l’un étant sous le coup de la surprise, l’autre l’ayant prévu. Il ne me restait qu’une demi-seconde pour agir. D’un coup de pommeau bien placé, je l’estourbis.

Me relevant, je fus pratiquement fauché par la monture d’un homme blessé fuyant les combats. Ce que je craignais arrivant, il comptait certainement chercher de l’aide au manoir. Père !