Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 68


C’était assez amusant de se rendre compte que Lugosi était un peu sentimental sur les bords. Il y avait des lieux auxquels, l’air de rien, il était attaché. Surtout avec sa tendance à vouloir imiter les mythes vampires créés pas les humains. Le laboratoire était situé sur Highgate hill, au nord de Londres. Oui, non loin du cimetière et de la ou l’un des clubs fut fermé par nos soins. Et dire que nous cherchions sur les Docklands, du côté des crânes d’œuf alors qu’il se trouvait bêtement là, dans une zone que nous connaissions déjà. L’hôpital non loin ayant certainement aidé à leur aménagement en fournissant discrètement un peu de matériel, je présume.

Le maire arriva en même temps que lui, tous deux se garant face à face. Le maître accompagné d’une véritable escouade de trois camionnettes remplies jusqu’à la gueule. C’était la nuit. Nous étions planqués et je ne quittai pas Manon des yeux, laissée dans sa voiture, Brook se chargeait de faire croire au vampire qu’il l’avait fait récupérer par la police. La télé ayant fait le reste, à savoir le convaincre de ma mort. Toute cette mise en scène en ville afin qu’il ne se méfie pas. Cela n’aurait pas stoppé nos actions et il le savait, mais de perdre un leader pouvait foutre une sacrée pagaille. Et surtout, cela légitimait la présence de ma compagne. À sa place, je me serais méfié d’un truc aussi gros.

On la fit descendre de voiture et Lugosi abusa encore une fois de son emprise sur elle, venant lui toucher le visage et les cheveux. Je pariai que s’il l’avait prévu sa présence plus tôt, il aurait amené sa laisse en prime. Ce fut au moment ou il lui asséna une terrible gifle, la violence du coup l’envoyant au sol que je faillis me faire voir, je fus retenu par Jonah. Heureusement qu’il me connaissait par cœur à force et anticipait rapidement mes débordements. Ça n’allait pas se passer comme ça, quitte à m’en briser les mains, il allait morfler.

Il la laissa se lamenter sur le trottoir, conscient de sa victoire, mais c’était sans compter sur notre plan.

Manon se transforma et fila droit vers la partie est du cimetière. Le timing était parfait, un pseudo gardien en salopette de travail l’ouvrant pile à ce moment la, elle y pénétra sans mal sous les cris feints du gars.

– Arrêtez-la ! Ramenez-la-moi !

Tant qu’il ne serait certain qu’elle ne soit tarie, la source restait tout de même son bien le plus précieux. Le contenu de deux des camionnettes la prirent en chasse. C’était inespéré qu’il y en ait tant du premier coup. Car nous les attendions de pied ferme.

Des siècles d’histoire, de guerres et de façon diverse de mener des embuscades auront au moins servi à quelque chose. Nous inspirer d’en faire autant, et ce, dans l’urgence. Les plus larges pierres tombales nous permettant de nous dissimuler derrière, le groupe de vampires fut attaqué de tous les côtés à la fois, pris en tenaille.

Cris, râles, grognement, os qui craquaient, têtes qui roulaient. Souhaitons qu’il pleuve prochainement histoire d‘évacuer la mare de sang que nous laissions derrière nous. Quelques fuyards furent pris en chasse par les plus rapides, pas de quartier. Quant à Jonah, Richard et moi-même, nous nous étions précipités vers une zone plus en retrait.

Je montai sur le toit d’un mausolée, sorte de point d’observation. Laura était avec Manon afin de la guider, elle y voyait mieux qu’elle de nuit et connaissait les positions stratégiques que nous avions mises en place par cœur.

L’envol et le sifflement de nos espions volatiles nous informant qu’enfin Lugosi s’était décidé à prendre part à la chasse. J’imaginai qu’il n’avait pas trop de mal à découvrir les restes de sa petite armée. Notre faux gardien ayant refermé les grilles derrière eux pour plus d’intimité, les choses allaient se jouer. Ce soir.

Maintenant.

Manon la lionne suivait Laura la renarde, slalomant entre les tombes. Elles débouchèrent dans l’allée en vue de Lugosi et ses vampires avant de bifurquer vers le chemin menant vers à nous. Je serrai les poings, la peur me prenant au ventre, me coupait presque le souffle. Il aurait suffi que l’un d’eux ne les rattrape et tout était fini d’elles. Bien que je me doutais que Mike n’aurait laissé personne les toucher, il demeurait lui aussi à l’affût, suivant le groupe des assoiffés.

Durant un moment, elles furent dissimulées par une rangée d’autres constructions familiales. Derrière moi, des battements d’ailes conséquents indiquaient que Jonah ne restait pas en place, il fondit directement sous sa forme de buse vers elles. Grognements, piaillements me parvenaient. Bon sang, j’étais à bout de nerfs.

La robe beige clair de Manon apparu enfin, Jonah remontant par dessus les pointes des mausolées, Laura ayant pris un autre chemin, je m’accroupis, aux aguets.

– Richard, en position. Ils arrivent. Et visez bien, tout dépend de vous.

– Ah ça, je vous assure que je ne vais pas le rater, répondit-il, armant un pistolet à tranquillisant.

Devinez de quoi étaient remplies les fléchettes.

Laura disparut dans des buissons, les vampires soldats furent arrêtés en route afin de participer à un nouveau carnage tandis que Lugosi continuait à poursuivre Manon, heureusement d’ailleurs sinon il y aurait eu de gros dégâts parmi les troupes changelines.

À bout de souffle la lionne stoppa enfin, s’allongeant comme épuisée au sol. Ce devait être le cas, j’étais fier d’elle et de son courage. À moi de la protéger, de prendre le relais à présent et, cette fois, de ne pas me louper.

– LUGOSI !

J’aurais tout autant pu crier « sale con » qu’il se serait tout de même senti interpellé. Je n’étais pas réputé pour sourire à tout bout de champ bien que, à en croire ma compagne, cela m’allait plutôt bien, mais le maître quant à lui devrait franchement éviter. Le rictus à canines, personnellement, je n’ai jamais trouvé cela sexy.

– Étonné de me voir sale sangsue ? Oh et en parlant de sangsues, les tiennes ne furent pas difficiles à tuer. Maintenant, fous la paix à ma femelle, et viens !

Oh le culot ! Moi qui n’étais décidément pas de taille. Je me transformai, toujours posté en hauteur avant de me jeter sur lui depuis mon point d’observation, le mordant au cou. Nous tombions tous deux brutalement sur la terre battue et les gravillons.

Le vampire assura sa prise dès le départ, me broyant littéralement les côtes. La douleur me fit lâcher un rugissement atroce, s’il ne m’avait pas écrasé un organe dans la foulée, j’étais chanceux. Ses doigts ou plutôt, ses griffes durement enfoncées me donnaient l’impression d‘avoir troué ma peau. Jusqu’au moment fatidique où son visage se crispa en autre chose qu’un air de provocation, de haine et de victoire, touché par la fléchette de Richard.

Je ne percevais plus grand-chose au travers de la douleur, mis à part une dernière sensation, celle de la truffe de Manon contre ma tempe et de ses gémissements plaintifs avant de me laisser aller.