Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 67


Nous nous étions rendus au City center cet après-midi avec Manon. La foule étant censée nous noyer dans l’anonymat et j’en profitai pour lui redonner goût à ces petites choses que l’on faisait habituellement lorsque l’on était libre d’aller ou l’on souhaitait et qui lui avaient fait défaut des années durant. Une pizza, une glace en cours de route, du shopping en perspective. Sa main collée à la mienne, elle se tourna vers moi, m’adressant un sourire légèrement inquiet que je rassurai aussitôt avant de stopper net devant la vitrine d’un magasin de fringues d’une galerie marchande. Il lui fallait une garde-robe après tout, elle n’allait pas piocher éternellement dans les robes parfois trop courtes d’Angela à vie. Et ma nouvelle condition de petit-ami officiel et sérieux aurait été une excuse toute trouvée pour lui faire quelques cadeaux.

– Je ne pourrai pas t’offrir de Gucci je te préviens, c’est sur mon compte personnel tout ça.

– C’est pas grave. Je ne peux plus les voir en peinture ces robes. Je voudrais un jeans, des t-shirts et des chaussettes jusqu’aux genoux !

– Madame, monsieur, pièces d’identité, je vous prie, nous pressa un flic arrêtant net son enthousiasme.

Quelques visages étonnés nous scrutèrent tout en continuant leur route. Lui fournir nos papiers se révélant à peu près infaisable puisque Manon n’en possédait pas, du moins pas encore tandis que mon identité, sans doute reportée depuis des mois par leurs services m’aurait valu de jolis bracelets aux poignets.

Ce qui suivit avait un goût de coup monté de toutes pièces. Le maire en personne apparu, précédé de quelques journalistes locaux, caméra sur l’épaule. Tout ce beau petit monde n’étant la que pour l’inauguration d’un nouveau jardin d’enfants dans cette même rue au départ. Vraiment le jour était parfaitement choisi pour une sortie de couple en ville.

– Agent, arrêtez cet homme immédiatement ! C’est un meurtrier, celui du Valentine’s hospital il y a quelques mois ! Ne le reconnaissez-vous pas ? Et arrêtez cette femme également.

Le cameraman n’en ratait pas une miette tandis que la journaliste l’accompagnant se faisait une joie de commenter l’arrestation en direct. Elle y ajouta du piquant dans ses propos tout en dramatisant les faits. Finalement, les passants stoppèrent leurs achats, s’agglutinèrent, ce qui gonfla le nombre des spectateurs.

– Vous êtes un lâche, un vulgaire lâche Brook. Décidément, vous ne valez pas une seule goutte du sang que l’on aura versé pour vous, crachais-je alors hargneusement au visage du maire.

D’entendre que l’on ramenait cette histoire une nouvelle fois à mon désavantage me souleva le cœur. Comme si j’étais, moi, le responsable de la mort des trois membres du personnel ainsi que de Lucy. Je n’avais fait que les venger, mais ça, la presse ne l’avait jamais évoqué de cette manière.

Je poussai légèrement Manon afin qu’elle s’écarte de tout cela, mais un autre agent sorti de nulle part la retint. L’air effrayé et me braquant de ses grands yeux gris, elle n’osa me laisser à mon sort. Je commençai à la connaître. Il y avait la trois flics et même sans me transformer, ma force de changelin me suffirait à les battre. Je m’attaquai au plus proche, Manon se dérobant à celui s‘avançant vers elle, l’occupant sur l’instant.

Mais Brooks se saisit de l’arme du troisième, la pointant dans ma direction. Le coup partit avant que je ne puisse m’en rendre compte. Je tombai lourdement sur le pavé, Manon hurlant mon nom, son cri fut rapidement atténué par la panique de la foule ainsi que la distance qui nous sépara lorsqu’on l’emmena loin de moi. Ne restait qu’un corps au sol, le mien, de nombreuses bousculades et un maire satisfait de sa bravoure, tout cela devant les caméras.

Rideau.