Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 66


Lorsque je me réveillai, Manon était allongée tout contre moi la tête au creux de mon bras. Les festivités avaient cessé depuis un moment. Je me sentais à la fois détendu – fait à marquer au calendrier, j’imagine –, sexuellement comblé et complètement vidé. Normal. Je glissai ma main jusqu’à sa croupe, mais la seule réaction que j’en eus fut un léger mouvement ainsi qu’un repositionnement en règle. Plus de tentative de viol sur ma personne en vue, c‘était plutôt bon signe. Ses chaleurs avaient cessé.

Plus qu’une cigarette, mon corps réclamait un peu de nourriture et je me glissai hors de notre couche, tâchant de ne pas l’éveiller et l’allumant en route. A cette heure, je ne croiserai plus grand monde et j’espérai qu’il restait encore de quoi manger. Je trouvai des assiettes en carton et dressai un double assortiment de tout ce qui me passa sous la main. Des bruits de pas, annonçant un affamé tout comme moi et forcément, ce fut Jonah. Le jean à peine boutonné et le haut du corps nu, il se ficha de moi qui n’avais pris le temps de n’enfiler que le minimum.

– Bien, apparemment, vous avez « discuté » à ce que je vois, se moqua-t-il en rigolant.

– Toi aussi. Et qui est l’heureuse élue ?

– Angela, répondit-il comme si cela tenait de l’évidence.

Et en y réfléchissant, c’était tout à fait logique. Et peut-être même depuis un bout de temps.

 

♠ - ♥ - ♠

 

Quelques semaines de répit. C’était tout ce qu’il nous avait laissé. Bien que cette attente devait être éprouvante pour Lugosi. Mais ce n’était pas moi qui allais le plaindre ! Nous nous doutions qu’il voudrait non seulement asseoir de nouveau son autorité sur Londres, reprendre ses petites affaires la ou il les avaient laissées, se venger d’avoir tuer ses femelles, récupérer Manon. Ou alors se doutait-il qu’elle ne lui serait plus utile. Que forcément que ce soit par nécessité ou par désir comme ce fût le cas, l’un d‘entre nous en viendrait à tarir sa source.

Manon. Je craignais pour sa vie, à tel point que l’idée de la fourrer dans un avion pour la France, la rendre à ses parents par exemple m’avait plus d‘une fois traversé l’esprit. Mais je n’arrivais pas à me convaincre de m’en tenir éloigné.

Depuis sa libération, la police avait du pain sur la planche. Des disparitions avaient été reportées, sans doute de futurs vampires au crâne chauve dopés à l’enryamine de synthèse d’ici peu. La nouvelle armée était en marche. Avec les mesures récentes prises par le maire, il devait avoir plus de mal de « recruter » cela dit. Nous apprenions qu’entre-temps, il s’était simplement servi ailleurs. Les premiers meurtres il y avait près de deux ans de cela avaient eu lieu dans la périphérie de la capitale avant de s’en rapprocher de plus en plus lorsque Lugosi fut certain de tenir la presse ainsi que les autorités entre ses mains. Il repartait donc de zéro.

Pas nous.

Vu l’effet convaincant de la strychnine, nous avions prévu quelques seringues d’avance. Mais notre force était d’en connaître plus sur lui qu’au début. Il était balèze oui, mais grâce au sang pur de Manon, sinon il ne devait pas valoir plus qu’un soldat, voire même un lambda si sa diète devait durer quelques mois. Je tenais devant moi la liste des informations récupérées, nous l’avions dressée lors d’une réunion en son honneur. Manon y participant afin de nous raconter tout ce qu’elle savait sur lui. Le reste de sa puissance résidait dans ses alliances. Or, ici, même le maire lui tournait le dos désormais. Il allait sans doute le sentir passer tôt ou tard si nous ne parvenions pas à le tuer, mais il avait enfin réussi à gagner mon respect.

Lugosi savait également se faire très discret dans de telles circonstances. Et jusqu’au jour fatidique, l’on n’eut de lui que des rumeurs et des faits divers relatant les disparitions. La police tournait bien souvent sur les docklands, repaire présumé des vampires chauves, surveillait le City hall afin de protéger le maire et nous ne baissions pas notre garde.

Le portail avait été électrifié ainsi que le haut du mur. Cette fois, le moindre passant aurait compris que le manoir n’était pas juste la résidence d’un quelconque riche du coin, mais une petite forteresse. Mais les curieux se faisaient rares ces temps-ci.

Notre plan d’action à l’heure actuelle était simple en théorie. Retrouver Lugosi et lui faire une petite piqûre calmante. Pour cela, il fallait l’approcher, le faire sortir de son trou, l’attirer dans un piège. Et lorsque l’un des membres de notre conseil lança l’idée de se servir de Manon pour cela, j’eus du mal à contenir mon envie de lui casser quelques dents.

Elle n’était ni apte à se défendre ni même à lui résister physiquement. Or de question que la vie d’un changelin soit en jeu, surtout pas elle. Pourtant, malgré mon refus, elle avait accepté. Ça me rendait fou. Je ne voulais en aucun cas la perdre comme j’avais déjà perdu tous mes proches. Et comme si tout devait s’achever coûte que coûte au plus vite, le lendemain, Brook nous contacta. Lugosi, pensant qu’il fut encore totalement de son côté, réclamait son aide afin d‘accéder à son ancien laboratoire en toute quiétude. Genre fermer les yeux sur la surveillance de l’endroit.

Était-il en rupture d’enryamine ? C’était pratiquement certain.