Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 65


Nous restâmes dans cette position un long moment. Le soir tombait, tandis que fichée au milieu d’une myriade d’étoiles, la lune nous fixait comme satisfaite de la tournure des événements. Selon certains changelins parmi les plus âgés que j’avais pu côtoyer dans ma vie, à une époque lointaine – médiévale même – ou nous faisions figure de réalité auprès des hommes, une ère où ils ne nous craignaient pas vraiment, mais nous fichaient une paix royale tant que c’était réciproque, l’on nous surnommait « les enfants de la lune ». Rien à voir avec les loups-garous qui, au final existaient peut-être qui sait. Nous en avions quelques-uns, mais rien en matière de meute ou d’alpha. En comparaison, l’alpha ici était un lion et ce soir, il venait de trouver sa femelle.

Enfin... c’était Manon qui avait fini par me faire fléchir. Voilà qui ferait plaisir aux changelines féministes. Mais je m’en fichais, j’étais peut-être d’un tempérament têtu, froid et jaloux, mais pas macho.

Bien que pour le côté froid, l’on pouvait présentement le rayer de la liste. Au fond, je n’avais jamais été froid qu’en apparence. Telle une omelette norvégienne inversée. Bouillonnant à l’intérieur, glacé à l’extérieur. À chacun sa façon d’appréhender la vie, ses démons et de tenir le coup lorsque tout semblait partir en cacahuète autour de vous.

Je l’entourai de mes pattes, signe de possession, mais également d’un besoin de la garder contre moi. Avec elle, mes frustrations de l’avoir perdue plus d’une fois, de n’être que trop faible face au maître et exténué de tout ce cirque s’envolaient. J’arrivai même à ne plus songer à ces vampires, ces responsabilités interminables, ces chasses, ces morts. Je ne ressentais à cet instant, que ce cœur qui battait en moi, me faisant sentir vivant, tactile, fou de son odeur et de son contact.

Elle me gratifiait de sa tendresse à sa façon. De petits coups de tête, de sa langue râpeuse sur mon poil, mes moustaches, mon cou. Tentant de temps à autre un mouvement moins sage, après tout son état d’excitation ne l’avait pas quittée et je me retrouvais à empêcher l’irréparable en la tenant ainsi entre mes pattes. Mais tout aussi frustrant ce devait être, cela n’avait absolument rien de désagréable. C’était nouveau, inédit tant pour elle que pour moi, un échange, une tendresse animale. Brute, sensuelle et pourtant douce à la fois.

Les jardins avaient été désertés. La fête battant son plein à l’intérieur, il nous parvenait quelques bribes de musique. Rien de contemporain, du folk irlandais et autres chants à coup de cornemuse, bodhrán ou flûte. Je l’invitai à rentrer, elle aurait sans doute envie de s’y joindre elle aussi, une autre première fois à expérimenter dans sa nouvelle vie.

Je la menai jusqu’à ma chambre afin de nous revêtir, et rapidement redevenu humain, j’enfilai mon boxer tout en m’avançant concernant une douche froide probable avant de rejoindre la suite. Je pensais sincèrement qu’elle devait faire de même, se rhabiller en hâte dans mon dos, mais elle m’appela. Ce que j’aimais entendre mon nom dans sa bouche, prononcé de son adorable accent mi-français mi-italien. Confiant, je me retournai et de nouveau me retrouvai pris de court. Humaine, mais toujours nue, assise sur le rebord de mon lit, elle tendit sa main vers moi.

Inutile de m’expliquer ce qu’elle souhaitait, je m’avançai, répondant à son invitation. Manon posa ma paume contre sa joue, l’y pressant doucement avant de me tirer lentement avec elle tout en s’allongeant sur le dos. Je suivis son mouvement. Elle était l’astre lunaire, j’étais la vague prise dans son attraction magnétique. Las de la combattre.

Encore peu confiant, je déposai d’abord un baiser au creux de ses seins, sa réponse se fit immédiate, se cambrant et respirant plus intensément. Je plongeai sur elle, contenant tout geste trop brusque, goûtant moi aussi à la source. Celle de ses lèvres. Glissant le long de sa peau, m’attardant la ou son corps me suppliait, soupirant de le faire, m’abreuvant ensuite à celle entre ses cuisses. Rien que le plaisir engendré de cette manière pouvait suffire à corrompre son si précieux sang, l’arrachant définitivement à l’esclavage, mais je ne m’arrêtai pas là. Revenant au creux si sensible de son cou, ce furent ses jambes qui m’emprisonnèrent. À croire que son instinct la guidait très bien au final, et je ne me fis plus prier pour me fondre en elle.