Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 64


Le hall et la salle d’entraînement située derrière mon bureau-chambre devaient être les lieux les plus fréquentés ce soir. Hormis les jardins peut-être. Du moins, j’espérais que tous suivent bien la consigne de ne pas franchir le mur. Il était presque l’heure où la lune serait pleine, l’on vint frapper.

Manon apparu, dans sa petite robe d’été sans doute prêtée par Angela et demeura le dos collé à la porte jusqu’à ce que je lui demande de s’approcher. Comme toujours, elle n’avait pas vraiment l’air sure d’elle, chose qui commençait à m’intriguer parce que je ne me souvenais pas l’avoir vue si intimidée en présence d’autres personnes. À croire que je lui faisais peur. Pourtant, comparé au temps où j’exerçais, c’était rien !

– Ce soir, nous prendrons forme ici. J’imagine que tu ne dois pas avoir bien l’habitude de la nudité de groupe. Ensuite nous irons dehors, nous aurons plus de place. Je voudrais que tu laisses libre court à ton instinct. Ce n’est que comme cela que tu pourras te sentir bien dans ta peau, tu comprends.

– Mais… si mon instinct me dicte de… non rien, se rétracta-t-elle.

– Tu peux tout me dire, je suis médecin pas psy, mais je pourrais peut être t’aider puisque nous sommes semblables.

– Alors, comment faire si mon instinct me pousse à faire quelque chose qui ne me ressemble pas ?

Elle m’expliqua ensuite que ses craintes étaient surtout de perdre tout contrôle ou de se laisser aller justement. Au fond, c’était normal de l’appréhender.

– Tes instincts te dictent comment réagir de façon basique. Te nourrir, te reposer, te défendre ou même t’accoupler. Par exemple, si tu dois chasser, tu sauras ainsi à quel moment attaquer et la façon de faire, c’est pratiquement inné. Mais tu gardes toujours une part de ta conscience humaine lorsque tu es transformée. Tu le sais ça non ? À moins de vouloir volontairement la mettre de côté, elle ne te quittera pas. Ce soir, j’aimerais juste que tu te sentes bien en tant que lionne. Pas question de se faire mal donc pas de morsures et tu rétracteras tes griffes au besoin. OK ? Mais retiens bien que ton instinct animal en toute circonstance te dira « quand » et « comment » tandis que ton esprit humain te fera comprendre « pourquoi ».

J’avais l’impression bizarre d‘entendre mon propre père parler à ma place. Comme si la boucle se refermait. Que ce qu’il avait tenté de m’inculquer toutes ces années ou je m’étais renfrogné face à ma véritable nature, parfois sans vraiment de succès m’était enfin rentré dans le crâne. Qu’aujourd’hui, je puisse prendre le relai. Comme quoi, il n’était jamais trop tard pour ouvrir les yeux.

Elle hocha simplement de la tête comme toujours et je ne pouvais m’empêcher de l’observer. J’inspirai plus profondément que je ne l’aurais fait naturellement, captant son odeur. Mon regard se glissa jusqu’à la lisière de sa robe portée au ras des genoux puis remonter vers sa poitrine, son visage ensuite. À la trouver franchement bien mignonne habillée comme ça tout en me rappelant combien elle fut attirante sans. Et à force, j’en ressentais plus que des palpitations. Du désir. J’expirai, tentant de m’ôter ça de la tête.

Bon sang ! Jonah, sors de mon corps ! Mais qu’est-ce qui m’arrivait tout à coup ? Une attraction plus forte que jamais – c’était peu dire – et moi qui lui proposais de l’accompagner, c’était dans ce genre de moment que l’on se dit qu’on aurait p’tet du suivre des cours de zen attitude.

Je lui tournai le dos, la laissant se dévêtir sans la gêner et faisant de même de mon côté. Rêvant d’une douche froide. L’appel lunaire se faisait plus intense, la douleur fut flagrante et furtive alors que je troquai ma peau contre une fourrure flanquée d’une large crinière. Je revins vers elle, splendide lionne beige clair. Elle était posée sur le séant et se redressa. À force de ne se transformer que rarement, elle ne devait pas être encore totalement accoutumée à ce passage d’un corps à l’autre.

Un grognement l’incitant à me suivre, un coup de papatte dans la porte et nous voilà au sein d‘une ménagerie pas possible. Comme si un petit malin s’était amusé à ouvrir toutes les cages d’un zoo. Une renarde déboula gracieusement des escaliers tandis que de lourds pas au-dessus de nos têtes indiquaient que Lawrence marchait à l’étage. Laura rejoignit le molosse Mike et sortirent dans les jardins ainsi que plusieurs autres. Une chatte blanche à la démarche prétentieuse passa devant nous, allant ensuite taquiner un autre type de félin, à rayures celui-là, lequel la poursuivit par jeu jusque dans la salle tout à côté. Une chèvre se plaignit après qu’ils eurent fait tomber quelques plats. De vrais gosses. Quelques heures d’insouciance et de retour aux sources.

J’emmenai Manon un peu à l’écart de tout ce remue-ménage et lui fit face, la provoquant d’un léger coup de ma patte dans l’une des siennes. Il fallait qu’elle s’extériorise une bonne fois pour toutes. Si elle avait été une brebis, je ne dis pas, mais un lion, elle devait me sortir ses tripes. Là, maintenant. D’un rugissement qui fit tourner quelques becs et museaux en tout genre dans notre direction, je l’incitai à faire de même. Finalement, jouant le tout pour le tout, je la bousculai un peu, la poussant de la tête. Une fois, deux fois, puis la retournai au sol. Cela ressemblait à une provocation et c’en était bien une. Bien que je retenais ma force afin de ni la blesser ni l’effrayer pour de bon.

Sur le dos, l’une de mes pattes la maintenant sans vraiment trop l’entraver, de nouveau, je lui rugis dessus. Elle m’observait avec de grands yeux ronds et arriva la chose la plus improbable qui soit. Plutôt que de me faire engueuler comme je le souhaitais, je reçus un coup de langue en retour. J’en demeurai perplexe, mais pas indifférent. Puis un second et bien d‘autres. Au niveau de mes babines pour commencer puis ce fut le visage entier. Telle une mère faisant la toilette de son petit. Je secouai la tête. Il ne fallait pas. Pas dans l’état où je me trouvais déjà. Je n’avais jamais eu aucune tendance zoophile et ce n’était pas aujourd’hui que ça allait se faire. Mais je devais avouer que mes pulsions prenaient peu à peu le dessus.

Je penchai la tête, la frottant à la sienne, contre son poitrail et lui rendit quelques lèchouilles. Presque malgré moi, emporté par mes émotions. L’envie de la mordre me prit. Non pas comme un vampire afin de la faire saigner, mais comme le faisaient les mâles lorsque le moment est venu. C’était la nature qui voulait ça, cet instinct justement que je commençais gentiment à maudire et tout cela devenait vraiment trop glauque à mon goût. Difficilement contrôlable.

Avant de ne plus être capable de me retenir suffisamment, je m’écartai, lui tournant le dos, il était peut-être temps de redevenir humain et de tâcher d’oublier ça. Mais quel étrange comportement sur le moment. Bien qu’après tout, c’était bien moi qui lui avais conseillé de se laisser aller. Ce que je n’avais pas saisi, et là je passais franchement pour un con, c’était la nature de son état. Elle n’avait pas osé me le dire tout à l’heure. Ce qui était compréhensible. C’était pourtant logique, mais, même si cela semblait étonnant, je n’avais jamais eu de relation avec une changeline. À force de ne côtoyer que des humains et donc des femmes, je n’eus pas trop d’opportunités avec nos femelles. Enfin mis à part Angela, mais elle était trop volage. Et croiser ses ex au manoir à longueur de temps ne me disait rien.

Pour ce qui était de l’état de Manon, c’était simple à comprendre au fond. Ce terme pourrait paraître franchement déplacé pour une femme, mais pour l’une des nôtres, il était tout à fait approprié, elle était en période de chaleur. Ceci expliquant cela.

Alors ? Céder ? Pas sous cette forme, non. Cela ne faisait pas partie de mes vices. Pourtant elle revint, se pressant et frottant contre moi tel un gros chat en demande d’attention. Et finalement, je la laissai faire, réprimant mes envies. La laissant se poser contre moi. J’eus encore droit à quelques douceurs auxquelles je n’osai plus répondre sous les yeux de quelques curieux passant par là. Mais aucun ne commenta, quelque soit sa forme de communication ou resta à nous observer trop longtemps.

Je pariai qu’avant même que nous soyons rentrés, cela aura déjà fait le tour du manoir.