Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Chapitre 63


Je n’étais pas du genre à me débiner devant une discussion sérieuse. Mais là, je n’étais pas tout à fait certain d‘être bien placé pour lui certifier que de se changer en animal malgré elle était une chose merveilleuse. Moi-même je m’y étais fait que par la force des choses. L’exploitant lorsque cela s’avérait nécessaire. Et à bien y repenser, sans aller jusqu’à faire péter mon ego, avec le temps je me sentais un peu mieux dans ma peau à ce niveau-là.

Ce soir, ce serait la grosse folie, des bestioles partout et, en général, ils organisaient une fête pour l’occasion. Il paraitrait que dans un lointain passé, ces jours-la étaient considérés comme spéciaux, un prétexte pour se rassembler pour les moins solitaires, de faire connaissance et de festoyer. Soit. Si ça leur faisait plaisir et tant qu’il restait du monde à la sécurité. Au moins, cela ne finissait pas en orgie. Du moins pas officiellement, ce qui se devait avoir lieu dans l’intimité ensuite n’était pas mes affaires.

J’avais encore des trucs à régler, me disant que j’irai la voir avant l’heure fatidique, histoire que cela se passe bien. Peut-être avait-elle connu des moments pénibles lors de ces nuits-là en compagnie de son maître et de ses succubes pour y être réfractaire.

La salle d’entraînement était de nouveau encombrée de tréteaux pliants sous les bols de nourriture. Des fruits, des légumes – il en fallait pour tous les goûts – ainsi que quelques pièces de poulets rôtis. Ah... pas de tarte par contre. Était-ce vrai qu’elle l’avait faite pour moi uniquement ? Et pourquoi au citron au juste ? Je n’aimais pas spécialement ça. En fait, je n’en savais trop rien. J’allai à la cuisine tâchant de la retrouver, mais aucune trace. Merci Jonah ?

Non, elle se trouvait devant ma porte au contraire. Dans les mains de celle qui l’avait préparée et qui patientait. Elle frappa de nouveau, ne m’ayant pas remarqué. J’arrivai, lui ouvrit et la laissai entrer.

– Betty m’a dit que c’était à cause de cette tarte le remue-ménage de tout à l’heure. On peut goûter ?

L’intention était bonne, mais elle était franchement trop acide. J’hésitai à reposer la part à peine entamée, mais elle m’observa avec tant d’intensité que je n’avais pas envie de la froisser donc... Heu… attendez… je ne voulais pas la froisser ? Mais il se passait quoi là ? Depuis quand est-ce que ça allait me défriser de choquer quelqu’un ? Son sourire désarmant, remplaçant la question fatidique de savoir si c’était à mon goût ou pas m’acheva purement et simplement. Après tout, le retour n’était pas mal, une fois la grimace passée, j’en ressentais comme l’envie d’en goûter de nouveau. C’était bien là l’effet pervers du citron. Difficile à avaler sur le coup, mais tentant de s’y réessayer malgré tout.

Me considérait-elle comme un citron ? Difficile à vivre, mais néanmoins… Alex, tu t‘emballes. Du calme ! Un citron ? N’importe quoi.

– C’est la pleine lune cette nuit, tu l’as sûrement ressenti et même remarqué. Que comptes-tu faire ?

– Comme il te plaira.

C’était bien ce que je craignais, le « comme il me plaira » était de trop.

– Pas comme il me plaît à moi, mais à toi, à toi seule. Tu peux participer ou non à la petite fête. Tu es libre de choisir par toi-même, j’ai l’impression que tu ne le conçois pas encore.

– Alors je préfère être seule… enfin, je voudrais bien aller à la fête aussi.

Ses yeux me lançaient comme des appels au secours, comme si elle souhaitait que je décide à sa place. L’on n’avançait pas quoi.

– Bon… sinon Jonah m’a rapporté que tu avais un problème vis-à-vis de ta nature animale. On peut en parler si tu veux.

– Non... enfin. Je ne me transforme que lorsque je n’ai pas le choix. Sauf les fois où j’ai tenté de m’enfuir.

– Et avant cela, tes parents ne t’ont rien enseigné ?

– Juste comment y faire face et reprendre ma forme. Ils pensaient qu’il valait mieux vivre comme des humains. Nous ne connaissions pas d’autres changelins en France. La plupart vivent ici, dans les îles britanniques. C’est d’ailleurs pour cela que le m… que Lugosi voulait s’implanter ici.

Oui, en gros, il a dû se dire que nous n’étions qu’une bande de péquenauds dispersés et donc fragiles, juste bons à servir de pomme de sang. Et au fond, il n’avait pas eu tort. C’était à peu près ça avant que le trio composé de Silas Rockwell, John Gray mon père et du vieux docteur Gabriel O’Brien ne s’en étaient mêlés. Nous rassemblant pour notre sécurité. Et pour preuve, la plupart de ceux qui préférèrent s’y soustraire n’étaient plus là pour en parler.

– Écoutes, tu reviendras ici tout à l’heure, avant la pleine lune. On va tenter de rattraper un peu tout ça.

Je me retrouvai donc avec une tarte au citron et une nouvelle fonction, celle de guide en acceptation de soi. Décidément, les choses prenaient un drôle de tournant.