Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 62


Enfin la bagnole de Richard fut en vue, elle ralentit lorsqu’il s’approcha du lieu que je lui avais indiqué. Je la fis monter à l’arrière, prenant place à côté de mon ami qui se renseigna lui aussi sur notre état et s’inquiéta un peu du mien. Il fallait dire que c’était plus impressionnant qu’autre chose vu ma chemise.

À peine arrivés au manoir, nous devions faire le point et aviser pour la suite des évènements. Je confiai de nouveau Manon à Angela. Si autrefois, j’avais eu un peu peur qu’elle ne lui fasse des avances vu ses penchants et son appétit, ç’aurait été salutaire qu’elle y cède désormais. Même si cela m’aurait rendu assez jaloux, je devais l’admettre. Je n’avais rien à prétendre envers Manon, et certainement pas parce que je l’avais ramenée avec moi, j’en étais conscient, mais c’était encore et toujours plus fort que moi.

Je pensais pourtant que l’on disait « jaloux comme un tigre » et non comme un lion. Mais passons.

Nous ne restions pas à nous tourner les pouces. Après avoir rassemblé des hommes, nous sommes retournés armés à la villa de Lugosi. Mais mis à part les deux cadavres que l’on délesta de leurs têtes par précautions, l’on n’y trouva personne. Toutes les portes furent défoncées, y compris celle de la crypte, mais rien. Il nous avait bien filouté le salopard. Tandis que le soir même, au cas où, nous étions prêt à le recevoir, mais rien ni personne ne vint. Ce qui était logique. À moins de se pointer seul, il devait se reconstituer une armée avant tout. Cela aussi, nous l’avions prévu. Bien que d’assurer la sécurité de tout Londres n’était pas de notre ressort, mais de celui du maire et de la police. Des mesures furent prises, allant des bulletins d’information faits par la presse jusqu’aux couvre-feux. Un beau, mais nécessaire bordel. Évitant ainsi un maximum de victimes ou plutôt de futurs vampires potentiels. Ce qui revenait pratiquement au même.

En attendant, les nuits étaient assez courtes et les rondes intensifiées. Ne nous restait plus qu’à ouvrir l’œil et ne pas baisser notre garde. Durant tout ce temps, Manon se rendait utile comme elle le pouvait, aidant ici et là au manoir. Il fallait cependant éviter d’allumer un téléviseur à proximité d’elle de crainte qu’elle ne s’y fixe un moment. On lui attribuait donc parfois un tour aux écrans de surveillance. Mais quoi que je lui demande, elle s’exécutait immédiatement. C’en était effrayant, car j’avais l’impression qu’elle avait fait un transfert de son maître sur moi, m’obéissant au doigt et à l’œil. Je ne voulais pas de ce genre de relation pourtant, certainement pas. Mais qu’elle se sente libre au contraire.

LADRO !

Ce cri ! Et en italien qui plus est, ce ne pouvait qu’être elle. Incorrigible, je sortis rapidement de mon bureau, n’étant pas situé bien loin des cuisines où elle était censée se trouver depuis le milieu de la matinée. Jonah s’en extrait couvert de farine qu’il fit voleter autour de lui à tapoter et secouer ses vêtements.

– Qu’est-ce que tu fichais encore ?

– Je ne pouvais pas deviner ! lanca-t-il d’abord vers les cuisines.

J’allai donc voir par moi-même. Betty se retenait difficilement de rire et Manon embarrassée en me voyant débouler, rougissante. Je demandai ce qui se passait, mais plutôt que répondre, elle préféra se sauver, s’évertuant à m’éviter tant du regard que de me bousculer en passant et monta à l’étage. Je me reportai sur les deux restants, dont Betty.

– Elle a passé la matinée à tenter de faire une tarte au citron potable et Jonah s’est tout simplement servi.

– Et c’est tout ?

Me voilà donc à gérer une récréation digne d’une école primaire. Magnifique !

– Non, la tarte était pour toi, c’est pour ça qu’elle s’est fâchée.

– Comment ça pour moi ? En quel honneur ?

– Qu’est-ce que j’en sais, tu lui plais bien, je crois, elle voulait te faire plaisir, j’imagine. Je lui ai dit que pour séduire un homme, il fallait passer par son estomac. Et voilà le résultat.

– Vous visez bien trop haut selon moi les filles, se ramena Jonah et son air de vieillard avec ses cheveux blanchit.

J’étais un peu sous le coup de ce que venait de dire Betty. Entre l’envie de prendre ça comme une nouvelle plutôt agréable et la crainte que ce ne soit pas du tout le cas, mais plutôt une assimilation à son maître. De la reconnaissance. Il n’y aurait vraiment pas de quoi en plus.

– Tu devrais peut-être lui parler, proposa mon ami.

– Oui et l’inviter au resto pourquoi pas, juste avant les couvre-feux, ironisais-je.

– Non, mais je ne parlais pas de ça, tu es assez grand pour draguer tout seul. Non, mais vous avez un point commun tous les deux. En plus d’être de la même espèce, je veux dire. Elle déteste sa condition de changelin et refuse de se transformer. Bizarrement, ça me rappelle quelqu’un, il y a longtemps. Et là, c’est bientôt la pleine lune.

Ouais, c’était ce soir...