Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 61


Des cultures à perte de vue et le tout à découvert. Nous courrions sur le rebord de la route. Ma main crispée à la sienne comme si je craignais que l’on me l’enlève de nouveau. Quelques voitures nous croisaient, mais aucune ne s’arrêta malgré mes signes. En même temps, un gars à la chemise déchirée, blessé accompagné d’une meuf au regard perdu portant une petite robe de grand couturier – elle ne possédait que ce genre de trucs – en pleine campagne, bizarrement, cela ne devait inspirer personne. Et je voyais mal commander à Manon de faire de l’auto-stop d’un air aguicheur pour nous y aider. Ne me lâchant pas, elle me suivait tant bien que mal. Jusqu’à la sentir ralentir de fatigue alors que mon bras se faisait tirer vers l’arrière.

– Nous devons continuer Manon, encore un peu.

Depuis le début, elle me faisait confiance, aveuglément, mais moi-même je ne pouvais toujours pas jurer que nous allions nous en sortir. J’observai autour de moi et apercevant un petit bosquet d’arbres, je le lui indiquai. Lui promettant que nous y serions à l’abri le temps que l’on vienne nous chercher, et au pire, moins en vue.

– Le maître ne se réveillera pas avant ce soir. Mais ses femmes… elles sont vraiment mortes ?

– Disons que oui. Le poison les a paralysés, mais, à terme, ce sera mortel. Mais Manon, mets-toi en tête que ce n’est plus ton maître. À partir de maintenant, tu n’es plus à lui.

– Mais s’il me retrouve…

– Tu l’as dit, il ne se réveillera pas avant ce soir, nous avons le temps de voir venir et… de régler ça.

Quelle idée géniale germait en moi ! Je n’avais pas trop le choix au fond. Pourrir la source, définitivement afin qu’il lui fiche la paix, mais surtout qu’il ne puisse plus s’abreuver et se fortifier. C’était notre dernière alternative. L’affaiblir. Mais elle deviendrait alors aussi peu importante à ses yeux que n’importe quel changelin et de ce fait tout aussi en danger. Quitte ou double. Il fallait vraiment qu’on l’arrête sinon ce serait sans fin. Avec l’enryamine de synthèse et malgré ses effets secondaires, il produirait plus de soldats, mènerait donc plus d’humains à la mort, s’amuserait de nouveau à nous chasser. Il fallait que cela cesse. Et jusque-là, la seule faille que je lui avais trouvée, c’était elle.

Arrivé à l’ombre des arbres, j’appelai Richard. Il avait l’air soulagé et m’affirma qu’il était en route depuis qu’il avait reçu le signal.

– Vous avez notre position ? Oui je pense que nous sommes sur Slagg hill. Dissimulé par quelques arbres. Blessé, mais ça ira. Manon va bien, elle est fatiguée et un peu sous le choc. Vous avez récupéré Mike et Laura ? OK. Bien.

Au moins Lugosi ne s’était pas foutu de nous sur ce coup-là. De toute manière les p’tits ne lui auraient plus apporté ce qu’il voulait, depuis leurs premiers enlèvements ils n’étaient plus vierges. Et si je comptais bien malgré que je ne surveillais pas les émois sexuels de tout un chacun, il ne devait rester que Henry bien que Manon demeurait en haut de liste avec un sang pur de huit ans de plus que lui. Il faudrait vraiment qu’on lui trouve une copine. Enfin, un copain plutôt.

Le dos contre un tronc, je songeai à tout cela après avoir raccroché. Manon s’approchant, les yeux rivés sur mes morsures, elle me tendit son poignet.

– Non, pas de ça. Plus jamais. Ça va aller, ce n’est pas la première fois et elle n’a pas eu le temps de trop m’en retirer. Grâce à toi d’ailleurs. Merci.

Je devais avouer ne pas être en super forme, mais j’avais connu pire et surtout, je ne voulais rien montrer devant elle. Par fierté oui, c’était certain, mais aussi parce qu’elle était déjà assez fragilisée par tout ça. Inutile d’envenimer les choses. Je tendis mon bras le plus valide vers elle, l’invitant à se rapprocher. Bon sang, ce que je souhaitais la sentir contre moi, pour bien des raisons, dont celle-ci, la réconforter ! Elle ne se fit pas prier longtemps bien qu’intimidée, elle demeura calée contre mon épaule. Et si je la sentis trembler durant les premiers instants, elle se calma peu à peu.