Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Docteur Gray

Chapitre 59


La vie de Manon devait vraiment être d’un chiant... Entre passer des heures monotones devant la télévision, son seul loisir et les lubies du maître ou de ses femelles, il y avait de quoi se flinguer. Et quand bien même l’aurait-elle voulu, rien n’aurait pu le lui permettre. Je comprenais pourquoi ce style épuré. Tout ici était étudié pour l’en empêcher, y compris le câblage électrique dissimulé dans les murs. Mis à part se retenir de respirer ou se noyer sous sa douche, je ne voyais pas comment elle aurait pu.

Elle s’était installée à côté de moi, assise sur le rebord du lit, alluma la télé sans faire péter le son et zappa en silence. Sans aller jusqu’à dire que je préférais les filles muettes, elle n’était pas du tout prise de tête en tout cas. Au contraire, elle me donnait l’impression d’être quelqu’un possédant une extrême patience. Et quitte à être coincés la a attendre la fin, je pris finalement la télécommande de ses mains afin d’éteindre. Sans animosité. Même si ce genre d’âneries ne m’intéressaient absolument pas d’habitude, je voulais juste attitrer son attention. À force de n’avoir vécu qu’avec cet appareil pour seule compagnie, elle s‘y plongeait fascinée comme un papillon le serait pour une ampoule.

Non seulement elle me laissa faire, mais de frôler sa main fit de nouveau rougir ses joues. J’hésitai à me sentir flatté de lui faire cet effet et plutôt que de nous embourber là-dessus, je lui posai quelques questions afin d’en connaître davantage sur elle.

Lugosi l’avait enlevée à ses parents lors d’un voyage à Venise alors qu’elle n’était âgée que de treize ans, elle en avait aujourd’hui vingt-cinq. Je vous laisse le soin de calculer combien de temps elle avait dû se farcir ce type. Sa gêne venait peut-être de là après tout, n’ayant pas l’habitude de rester en tête à tête avec autre chose qu’un sadique ou d’autres assoiffés. Elle devait également avoir gardé quelques réflexes d’adolescente de n’avoir pas connu de vie tout à fait normale.

En gros, du calme avec tes pulsions Alex. Mais cela ne faisait qu’attiser mon instinct protecteur envers elle.

La visite que nous attendions arriva avant l’heure sous les traits de la blondasse vampire. Apparemment, le coup dans la gueule de cette nuit ne l’avait pas calmée, car immédiatement, elle vint vers moi et me tint par le cou tout me collant de près. Elle fixa Manon, puis lui déballa quelques mots sirupeux en italien avant de vouloir me mordre. J’étais crispé de sentir son souffle sur ma gorge, mais maintenu trop fermement pour faire le con tandis qu’une impression assez malsaine qu’elle la provoquait du regard me prit.

– Que dit-elle encore ?

Elle n’osa me répondre et je compris qu’au final, la blondinette savait plus ou moins parler anglais, et ce, avec le même accent énervant que son maître.

– Tu lui plais, elle n’aime pas que je m’approche trop de toi. Elle ne te plaît pas à toi ?

– Vous n’en avez pas assez de ces conneries ?

Elle se mit à rire. Décidément, j’adorais ces conversations hautement instructives avec ces vampires et commençai à m’agacer de nouveau de me retrouver entravé pour son bon plaisir. Je n’attendais qu’une chose, un maigre instant ou sa prise faiblirait, mais au lieu de cela, elle serra un peu plus. M’étouffant lentement. À croire que son but était bel et bien de pousser délibérément l’un d’entre nous à se rebeller. Et malgré l’apparente patience de Manon, ce fut elle qui craqua la première lorsqu’elle finit par planter l’un de ses crocs dans mon épaule après avoir déchiré le col de ma chemise. Je devais avouer que ce fut une surprise, elle n’avait rien d’une guerrière enragée, mais elle lui sauta littéralement dessus.

Rapidement repoussée et envoyée littéralement dans le mur, c’était à mon tour de réagir, elle m’avait enfin lâché. Contre un vampire de cette force et à mains nues, je ne risquais pas de faire de dégâts, moins encore la tuer. L’inverse par contre était plus certain.

Ce que j’aurais donné pour au moins avoir ma batte à cet instant.

À la place, j’utilisai mes mains jointes en un poing afin de la frapper à l’arrière de la tête et d’envoyer mon genou vers son nez dans la foulée. Il n’y avait pas à dire, les entraînements avaient du bon. Mais je ne faisais que gagner du temps et la mettre réellement en rogne. De nouveau, je fus pris à la gorge, repoussé et jeté sur le lit jusqu’à me retrouver sous elle. L’air me manqua vite. Était-elle folle de tenter de me tuer aussi rapidement ? Je pensais que son maître voulait s’amuser un peu plus longtemps et je le lui aurais bien signifié si j’avais pu afin de sauver ma peau pour quelques heures encore. Je retenais ses poignets, les griffant au passage. Je devais me transformer, maintenant !

Son visage se crispa soudainement et l’air me revint aussitôt. En furie, tâchant d’atteindre l’arrière de son épaule, mue d’une intense panique dont je ne saisissais pas la raison, elle finit par s’écrouler au sol. Hurlant telle une possédée. Ses mouvements se firent plus lents, douloureux. Et je me tournais alors vers Manon, la voyant seringue vide en main et terrifiée par ce qu’elle venait de faire.

Elle avait gâché l’une de nos deux chances de nous débarrasser de Lugosi, mais m’avait sans doute sauvé la mise. Comment lui en vouloir ?