Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 58


Lugosi devait être passé maître dans l’art du suspens. Nous ne l’avions plus revu du reste de la nuit. Ni ses deux folles d’ailleurs et c’était tant mieux. J’imaginais que ce serait plus rapidement expédié et qu’à l’aube, c’en serait fini de l’un ou de l’autre.

Au lieu de cela, je m’étais assoupi sur le tapis entourant le lit de Manon. Assis, le dos contre la tranche du matelas tandis qu’elle s’était endormie sur le bord. Si proche qu’en tournant simplement la tête, je pouvais voir son visage.

Je tâchai de me lever et me dirigeai vers la salle de bain. Je n’allais pas prendre le risque d’une douche, pas fou non plus, mais une petite vidange s’imposait. Et c’est au moment de m’exécuter que je remarquai que les morsures faites cette nuit avaient pratiquement disparu. Il n’en restait que de claires cicatrices comme si tout cela datait de plusieurs jours. Les changelins avaient la capacité de se régénérer assez vite, mais là, j’étais bluffé.

Le sang de Manon !

Ses effets étaient-ils puissants à ce point ? Lorsque je revins vers elle, je la réveillai le moins brusquement possible, bien qu’empressé.

– Je dois voir quelque chose.

Elle frotta ses yeux embrumés et me laissa faire, étonnée. Son cou ne portait plus que deux traces. Ses bras amplement mordus lorsque je l’avais trouvée près du lac, tout avait disparu. Quant à sa cuisse, à cette allure d’ici à ce soir, l’on pourrait me traiter de menteur d’affirmer à quel point elle fut déchirée.

– Ta faculté de régénération est phénoménale. C’est comme ça depuis toujours ?

Elle me fit oui de la tête. Rougissant et baissant son vêtement. Dans la foulée, j’étais tout de même là à lui mater et palper la cuisse.

– Sais-tu au moins comment ça se fait ?

– Nous ne devons être que quelques-uns à pouvoir. Le maître a déjà enlevé plusieurs changelins pour en trouver d’autres, pour ses hommes.

Je lui expliquai brièvement nos théories concernant la pureté de son sang et il apparut clairement qu’elle n’en savait rien. En même temps, il était assez cocasse d’imaginer qu’il lui aurait suffi d’un moment d’abandon avec elle-même pour tout foutre en l’air. Mais l’ambiance ici ne devait pas être très propice pour ce qui était du plaisir solitaire sous la couette.

– Au moins, personne n’a abusé de toi, ton sang pur te protège.

– L’une des femmes a essayé, il y a longtemps, nous étions encore à Venice.

– Laquelle de ces deux harpies ?

– Aucune, une troisième.

Comme quoi, il devait bien y en avoir trois. Lugosi avait lu ses classiques c’était bien.

– Et qu’est-il arrivé ? Il l’a punie pour ça ?

Elle sembla embarrassée par ma question, mais y répondit, fuyant le lit par la même occasion tout en se dirigeant vers la salle de bain.

– Il l’a attaché pour l’affaiblir, cela a duré des semaines. Sans sang ni nourriture. Puis il… il m’a obligée à la tuer.

Et à la voir, cela avait dû être une sacrée épreuve.

Les bruits d’eau m’informèrent sur ses activités et à peine sortie elle me proposa de l’imiter à mon grand étonnement. J’en étais alors à vérifier les issues qui, forcément, étaient non seulement verrouillées, mais sécurisées. Mieux que chez nous d’ailleurs.

– Je ne tiens pas à tomber avec un vampire sous la douche.

– Il ne viendra pas avant ce soir. Ses femmes porteront à manger à midi comme chaque jour je suppose, mais pour ce qui est du maître, on le voit rarement le jour.

Tiens… et il allait nous laisser seuls ou presque toute une journée ? Sincèrement, il n’avait pas peur que je ruine sa source ? Où son but était de me « punir » moi aussi et de la même façon si jamais j’avais le culot de la toucher. Je commençais à cerner ce qui animait son côté « joueur ». Une sorte de plaisir sadique n’hésitant pas à jouer à « quitte ou double » pour l’assouvir.