Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 57


Il me prenait pour quoi ? Une saleté de vampire ? En quoi boire du sang m’aurait sauvé d’un malaise ? Il me fallait une transfusion, une arrivée directe ou quand bien même du repos si ce n’était pas trop grave.

– Vous êtes complètement fou !

Mais ce ne devait pas être le seul apparemment puisque cette fois ce fut Manon qui s’en mêla. Le cou en sang elle vint vers moi, glissant ses bras sous mes aisselles. Les femelles me relâchant enfin, je m’écroulai presque. La pauvre me retint avec peine et nous terminâmes tous deux par tomber lourdement à genoux au sol. Pourtant elle s’évertuait à placer ma bouche sur la morsure faite par son maître.

– Fait le, je t’en prie, ne le contrarie pas.

La vache, cette odeur. Ce n’était pas juste son précieux fluide, c’était elle toute entière. Capable d’éveiller des instincts primaires. Si j’avais été moins affaibli du moins, là je ne pouvais que ressentir. Mais malgré que je fus carnivore, avide de viande que pouvait être ma seconde nature, boire son sang n’était pas envisageable. Pourtant je fis semblant de le faire, son goût m’emplissant la bouche. C’était autre chose que le leur, nauséabond et infect. Même sans être amateur, je commençais à comprendre cet intérêt, la laissant au final m’abreuver de quelques gorgées.

Les trois vampires quittèrent la pièce, nous laissant tous deux finalement. C’était à n’y rien comprendre. Et je m’écartai, prenant mon pouls. Déformation professionnelle certes, mais nécessaire afin de me rassurer sur mon état.

– Qu’est-ce qu’il me veut au juste ce malade ?

– Il va… « jouer » avec toi puis… il te tuera. C’est déjà arrivé, avec un autre changelin lion.

Un lion tout comme moi. Ces mots restèrent en suspens. J’aurais dû lui planter une seringue lorsque j’en avais eu l’occasion.

– C’était John Gray ?

– Oui.

– Mon père… je pensais avoir tué celui qui avait fait ça.

– Tu n’as tué que celui qui a ramené son corps.

J’enrageais autant que mon corps pouvait le supporter, retenant mes larmes par pure fierté imbécile. Celles-ci me brouillant la vue alors que je fixai les marques sanglantes à mes bras. Ne restait que la douleur lancinante des plaies et celle, plus récente, de mon cœur. Elle se releva et se précipita je ne sais où. Vers une salle de bain attenante certainement et revint avec des serviettes humides ainsi qu’une boite de premiers secours.

Avec beaucoup de douceur, elle nettoya mes morsures.

– C’est le monde à l’envers, c’est toi qui me soignes. Ça va aller, je m’en occupe.

J’essayai de me rapprocher d’elle et fut pris d’un vertige qui me coupa dans mon élan de vouloir prendre la relève. J’inspirai profondément afin de me reprendre, les yeux fermés lorsque je sentis sa main se poser sur ma joue. Je devais avouer que de toutes les attentions auxquelles j’avais eu droit depuis mon arrivée, celle-ci était la bienvenue. Pour rien au monde je n’aurai souhaité qu’elle ne l’ôte et que ce moment soit trop bref. J’en vins à mettre ma paume par-dessus, la maintenant en place.

Plongé dans son regard gris bleu, moins effrayé que tout à l’heure à présent, j’aurais voulu me montrer convaincant. Lui assurer que, comme je l’avais dit dès mon arrivée, ça allait bien se passer. Mais au fond, rien n’était sûr. Mes yeux, trop expressifs selon certains parlaient pour moi, a elle d‘en déduire ce qu’elle souhaitait, mais elle ne les quitta pas.

Au bout d’un moment, je la lâchai à contrecœur, fouillant ma poche et sortant une seringue, après avoir vérifié qu’il s‘agissait bien du poison et non d’un antidote, je la lui remis.

– Cache la, c’est peut-être notre seule chance de nous en sortir.

Elle obtempéra de la tête et fila la dissimuler sous son oreiller. Il était vrai qu’avec cette tenue, comment la mettre hors de vue sans poche ni… en fait sans rien d’autre qu’un voile trop fin pour être pudique. Je passai tout près d’un autre malaise. Ce n’était franchement pas le moment de voir mon sang restant affluer en un endroit unique. Vraiment pas. Mais c’était plus fort que moi, cette fille me faisait un effet fou. C’en avait toujours été ainsi.