Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 56


Lugosi se releva, me proposant sa place en somme et je m’approchai donc, vu qu’il le souhaitait. Mais plutôt que de la ridiculiser tout comme lui et la tenir en laisse telle une chienne, je lui ôtais rapidement le collier, l’envoyant au plus loin à travers la pièce ensuite. Pourtant cela sembla l’amuser.

Manon eut cet air reconnaissant un instant, avant de reporter son attention sur son maître, toujours aussi effrayée par lui ou ce qu’il pouvait avoir dans l’idée de faire.

– Manon. Venire qui, fit-il accompagnant son geste à la parole.

Je ne comprenais rien à cette langue, mis à part un ou deux mots de temps à autre, mais ce n’était pas nécessaire pour capter qu’il la commandait au doigt et à l’œil. Les succubes ne faisaient pas mieux, sur un simple mouvement de sa part elles virent de nouveau me coller.

– Mais dégagez les sangsues !

Une fois de plus, je les repoussai. Nulle envie de me faire tripoter ou même mordre, nous n’avions pas été présentés !

Lasciare ! entonna Manon dans leur direction avant de se rétracter, craintive.

Décidément si tout le monde parlait italien ici, je n’avais pas fini de ne rien comprendre. Mais cela signifiait qu’ils les avaient amenées avec lui. Et vu cette force un peu hors-norme, elles devaient aussi boire régulièrement à la source. Une poigne contre laquelle, sur le coup, je ne pus faire grand-chose, me retrouvant poussé en position allongée au travers du lit. Et de nouveau, elles me prirent pour leur doudou. Je leur échappai avec peine, me relevant d’un bond avant qu’elles ne récidivent. Mais moins sympa cette fois puisque l’une me tint par le cou. Geste que Lugosi imita, se saisissant de Manon de cette même façon, sa bouche proche de son oreille. Il lui susurrait je ne sais quoi tout en me fixant intensément. Ce ne devait pas être anodin puisqu’il parvint à la faire pleurer.

– Mais bordel, vous allez arrêter ce petit jeu ? Que voulez-vous de moi qu’on en finisse ?

Esperimento… Mmm… expérimenter quelque chose.

– Quoi ? Expérimenter quoi ?

Là-dessus, les femelles se mirent à baragouiner quelque chose, énervées et parlant si vite que c’en était assourdissant. D’un geste, il les mit au silence.

Solo poche gocce, fit-il tout en m’indiquant et soupirant ensuite, comme contrarié de perdre du temps.

Toute question fut dès lors inutile puisqu’elles revinrent à l’assaut, toutes dents dehors afin de me mordre. Cette fois terminé de me montrer galant. L’une prit mon coude en pleine face, la seconde, mon poing.

– Soyez coopératif docteur, sinon c’est elle qui en pâtira.

Ce qu’il comptait faire, je n’en savais rien. Juste qu’il ne la tuerait pas, c’était certain, mais quant à la torturer, qui l’en aurait empêché ? Je me retrouvais devant ce dilemme. Au fond, je me doutais un peu que je n’allais pas passer un bon quart d’heure ici. Je pouvais me vanter de m’être rarement fait mordre, du moins pour être bu. Les morsures au cours de combats, je ne les comptais plus et jamais je ne me serai délibérément porté volontaire pour devenir une pomme de sang. Mais pour elle, pour lui éviter de souffrir plus encore, j’acceptai. Je remontai hargneusement ma manche et tendis l’un de mes bras. Celle à proximité me lâchant, se jeta dessus, m’arrachant une vive grimace au moment où la douleur me parcourut du poignet jusqu’au cœur.

La seconde déchira le tissu de son côté et ne se gêna point pour s’abreuver. Amplifiant la souffrance et pire encore m’affaiblissant.

Fermarsi fermarsi ! supplia Manon après quelques instants.

Un geste du maître et elles se reculèrent, on pouvait dire que je lui étais reconnaissant à mon tour.

Perfetto ! Portami.

Les garces, combien en avaient-elles bu ? Je commençais à subir quelques symptômes pas très rassurants et l’envie de me laisser aller, mais elles me tirent debout malgré moi, me traînant lorsque l’ordre fut donné. Qu’est-ce que ça voulait dire son charabia ? J’eus à peine la volonté de réagir alors que lui aussi prit sa collation dans le cou de Manon. Celle-ci ferma douloureusement les yeux, serrant la mâchoire afin de ne pas crier. Il ne s’attarda pas par contre.

– Maintenant, bois sinon tu vas mourir.

Hein ? Il était malade ?