Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 55


Le chemin serait long. Nous quittions Londres, prîmes la route vers le nord jusqu’à atteindre New Barnet puis dépassâmes encore Hadley wood. À partir de là, c’était la rase campagne. Ni Brook ni moi n’ayant la moindre envie de discuter, j’observai juste le paysage défilant derrière la vitre. Je crois qu’il se permit quelques excès de vitesse par moment, mais la voie était dégagée. Nous étions seuls dans la voiture.

Il arriva enfin en vue d’une bâtisse à l’écart de tout. Bizarrement, cela ne m’étonna pas. Je voyais mal Lugosi vivre en pleine ville et s’en aller prendre un déca au Starbucks du coin chaque matin. Je descendis du véhicule, imaginant qu’il allait me suivre, mais non. Lui aussi me lança juste « bonne chance » qui me fit tout l’effet contraire d’un encouragement venu de sa part.

Même pas un comité d’accueil ? Quel sens de l’étiquette ! C’était à revoir.

J’arpentais à grands pas, malgré mon appréhension, la cour de graviers menant au perron, y gravit les quatre marches et ne prit pas la peine de sonner. Nous étions entre amis après tout non ? Ni toiles d’araignées, ni chandeliers gothiques et lumières tamisées. Non, le sol ainsi que les murs étaient clairs, d’une propreté sans faille. Des lustres de cristal aux multiples ampoules éclairant le tout mieux qu’en plein jour. C’était même aveuglant. Par contre, à cet étage, toutes les portes étaient closes, j’en essayai quelques-unes avant de prendre l’escalier de marbre.

Un hall, des portes fermées encore. Toutes sauf une. Entrebâillée.

Une chambre. Très grande, à la fois luxueuse et épurée. Juste le nécessaire, mais des meubles de prix ainsi qu’un écran géant fixé au mur. La cheminée, je ne vous explique même pas. Marbre et dorures. Et sur le lit, un corps allongé que j’aurais pu reconnaître les yeux fermés. C’est-à-dire à l’odeur, Manon.

Foutu réflexe de me précipiter vers elle sans réfléchir, je me retrouvai à heurter deux corps que dont je n’avais pas encore suspecté la présence. Deux femmes, vêtues telles des nymphes, d’une sorte de rideau transparent en somme. L’une blonde, l’autre rousse. Et nul besoin de leur demander de sourire pour me rendre compte qu’il s‘agissait de vampires. Je m’attendais à des gardes, voire même une petite armée et me voilà juste aux prises avec deux femelles. Cela me faisait l’effet d’une farce de minute en minute.

Elles me retirent, les mains posées sur mon torse, s’agglutinant. Ce que j’avais horreur de ce genre de fille. Des pots de colle à canines. Ce fut lorsque l’une d’elles vint à vouloir déboutonner ma chemise que je les repoussai. Non, mais elles étaient sérieuses ? Elles se prenaient pour les succubes de Dracula ? Excepté qu’elles devaient être trois logiquement non ? Et d’ailleurs, où était-il celui-là ?

Je m’approchai de Manon, la distance était interminable et me fit de nouveau stopper. Trop rapide lui aussi pour que j’eusse le temps de l’apercevoir. Mais enfin mon hôte daignait se montrer. Quant à moi, je me retins de me saisir de l’une de mes seringues, je devais peut-être attendre un moment opportun ou, au moins qu’il soit suffisamment proche.

– Bienvenue dans mon humble demeure.

J’adorais ses répliques dignes des vieux classiques. Il tenait une sorte de lanière dans le creux de sa main, enroulée autour de ses doigts. Me prenant de court, il s’invita sur le lit et caressa la chevelure sombre de l’endormie.

– Je suis certain que plus que pour les deux adolescents, tu es ici pour elle n’est-ce pas ? Tu rêves de l’emmener d’ici avec toi.

– Je ne peux rien vous cacher, ironisais-je.

– C’est exact.

Tant je pouvais apprécier le charmant petit accent de Manon, tant le sien me hérissait le poil. Les femelles vampires se tenaient toujours à proximité jusque-là, me forçant à rester sur mes gardes, mais elles le rejoignirent, s’asseyant chacune d’un côté du lit, à même le sol. Lugosi déplia sa paume, laissant glisser ce qu’il y tenait. Comment n’avais-je pas deviné plus tôt ? Il s’agissait d’une laisse. Il l’accrocha autour d’un collier porté par Manon avant de lui mettre quelques petites tapes sans conséquence sur les joues afin de l’éveiller.

Svegliarsi presto. Il tuo cavaliere è qui.

J’avais l’impression qu’il voulait commencer cette entrevue en me foutant bien en rogne, et il n’était pas loin d‘y parvenir.

Elle sortit de son inconscience dans un sursaut suite aux petits coups et ses mains s’agrippèrent immédiatement à son collier tandis qu’elle tentait de se redresser. Elle semblait paniquée.

– Manon, je suis là, ça va bien se passer, tentais-je de la rassurer.

– Bien entendu que cela va bien se passer, tu feras tout pour ça non ?

Là-dessus, il tendit la laisse vers moi, m’incitant à venir la prendre. Que me voulait-il au juste ? Que je l’humilie moi aussi ? Hors de question.

– Tu me prends pour qui espèce de connard ?

– Je pensais que tu avais compris.

– Comprit quoi ?

– Que tu n’avais pas le choix, docteur Gray.