Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 54


L’échange devait se faire à minuit. Lugosi devait adorer cette heure particulièrement. À peine sortis du City hall, Richard confisqua mon téléphone, ne me le rendant qu’une heure plus tard lorsque nous étions revenus au manoir.

Je me sentais comme dans l’obligation de bien clarifier les rôles de chacun avant de partir. D’une certaine manière, de déléguer.

– Betty, tu continues à t’occuper de l’approvisionnement et des soucis domestiques, Jonah tu assures la sécurité et la formation des gars, comme d‘hab. Et puis, dans la foulée, trouvez un autre médecin. Évitez Lawrence cela dit.

Cette dernière réplique leur arracha un léger rire vite effacé, excepté pour Jonah qui s’éclipsa. Sa capacité à bouder était phénoménale. Moi qui pensais sincèrement lui taper sur les nerfs depuis toujours, il avait aujourd’hui l’occasion de ne plus me revoir et faisait la gueule.

Mais si les rôles avaient été inversés, j’en aurais fait tout autant.

Je me préparais une l’issue inévitable, mais je faisais tout pour ne pas y penser, m’occupant l’esprit à tout sauf à ça. Cela m’aurait paralysé, conduit à fuir comme un lâche à force peut-être, allez savoir. Jusque-là, j’avais pourtant toujours été du genre à faire face, a m’engueuler avec mes supérieurs, les remettre à leur place si je me sentais dans mon droit et sans crainte des retours, mais là, c’était différent. Aucun professeur ou médecin-chef ne m’aurait arraché les entretailles pour quelques mots de trop ou bien même juste par jeu. Lugosi, si.

– J’ai fait activer une balise GPS sur votre appareil, mis le tout sur muet. Vous serez désormais suivi à la trace tant qu’il sera allumé. Autrement dit, on ne vous perd pas d’une semelle.

– Et risquer de vous jeter dans la gueule du loup ?

J’éteignis le téléphone sous le regard surpris puis dépité de Richard. Lui promettant toutefois de le mettre sous tension si les choses venaient à tourner en notre faveur. Inutile de les faire venir face à Lugosi afin que tous se fassent tuer.

Quatre petites seringues étaient sagement au chaud dans ma poche. Pour un homme d’un poids de 75 kilos, 1,5 ml était suffisant pour être mortel. Pour un vampire, les paris étaient ouverts. Pour moi, c’était certain que cela allait m’achever en moins d’une demi-heure. Deux de strychnine, deux autres de barbituriques. Juste au cas où. C’était là le seul antidote valable d’urgence.

Je rejoignis Jonah dehors, faisant mine d’observer les jardins, comme s’il était à son tour de garde.

– Tu comptes revenir ?

– J’en sais rien. Tu crois qu’il va juste me proposer un thé et m’autoriser à inviter Manon à un p’tit diner ensuite ?

– Ça m’étonnerait, non seulement tu n’en bois jamais, mais en plus, il serait fou de te la confier. Tu es tellement obsédé que tu ruinerais la source dans l’heure.

Je toussotai. Peut-être que c’était ça la raison au final. Outre la vengeance, outre la libération des jeunes. Manon. Il laissa un long moment s’écouler avant de reprendre.

– Sinon on fait quoi si tu ne reviens pas ?

– Tu prends les rênes. Et barrez-vous d’ici. Si le poison n’en vient pas à bout alors, il en reste pas grand-chose.

– C’est ça oui, je prends les rênes…

– Cela me fait une bonne raison pour ne pas crever.

Richard nous rejoignit, proposant de me conduire seul jusqu’au maire. Il n’était pas spécialement causant lui non plus. J’eus droit à une poignée de main avant de monter dans la limousine du maire.