Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 53


Moins d’une heure plus tard, nous débarquâmes à la mairie. La sécurité n’étant pas trop d’avis de nous laisser passer vu les têtes que nous tirions, ils faillirent se prendre un tigre sur la gueule. Heureusement que nous tentions encore de garder un minimum de discrétion vis-à-vis de notre espèce. Trop de rumeurs courraient déjà sur nous, dont certaines sur moi-même bien que « l’incident » eut lieu il y avait des mois de cela.

La carte de police de Richard s’avéra plus convaincante.

– Bonjour Monsieur le Maire.

Il est vrai que nous faisions souvent des apparitions remarquées lorsque nous venions lui rendre visite. Y compris quand lui-même nous proposait une rencontre, il n’était jamais tranquille. Mais là, il était pâle à faire peur. Plus qu’à l’ordinaire en tout cas et immédiatement, froissa sa cravate. Je n’avais nulle envie de sortir ma pince. D’ailleurs, je ne l’avais pas sur moi. Apparemment, il avait beau être à la limite de se faire dessus à chaque fois ou je la lui mis sous le nez ou fit semblant de le faire, cela n’avait pas empêché de nous mentir.

Il y avait des vies en jeu. Mike, Laura, Manon. Je devançai les autres en entrant, m’avançant directement vers lui. J’étais d’ailleurs étonné de ne pas m’être fait arrêter par la police à force de lui mettre les boules comme ça.

– Faites gaffe monsieur le maire, Alex a tué un vampire juste avec sa pince il y a pas longtemps. Tenez, j’ai encore ses dents.

– Je me doutais que vous alliez venir, trembla Brook. Non, ne vous fâchez pas, c’était prévu. Tout cela était prévu. Il voulait récupérer cette fille, simplement la récupérer. Et vous aussi, me fit-il expressément. Il s’est juste trompé, il pensait vraiment que vous seriez avec elle.

– Comment ça moi aussi ?

– Oui, le lion, c’est bien vous n’est-ce pas ? Le chef de meute, le roi comme il vous appelle. Il a promis de relâcher les enfants si vous vous rendez.

– Et vous pensez vraiment qu’on va lui faire confiance ? s’emporta Jonah à ma place.

– C’est un risque à prendre.

– Non, là c’est trop, Alex. Il demande carrément un échange.

– Il l’aura son échange, mais il faut nous assurer que Mike et Laura seront bien libérés.

– Alex !

– OK, mais une fois entre nos mains, on vous récupère, enchaîna Richard, songeur depuis tout à l’heure à force de passer toutes les possibilités en revue. Si la mairie donne son accord, on pourrait même sortir un hélico. J’imagine que ça ne va pas se faire en plein Londres.

– Je ne peux révéler le lieu de son repère qu’au Docteur Gray. Ce sont les ordres.

– Non, mais tu sais ou on va te les mettre tes ordres ! Et profondément. Depuis quand t’es-tu de nouveau allié à ce monstre ?

La cravate de Brook entre ses mains à présent, Jonah s’apprêtait à lui faire savoir où il comptait envoyer quelques-unes de ses dents en prime. Je le saisis par l’épaule, la pressant afin de lui faire comprendre de s’en tenir là.

Accepter cet échange, c’était une chance de sauver les p’tits, mais également signer mon arrêt de mort. Je n’étais pas de taille contre le maître. Surtout s’il s’était encore abreuvé depuis. Loin d’être héroïque, j’avais le trouillomètre à zéro, mon estomac n’allait pas tarder à me lâcher, j’en étais déjà aux sueurs froides, mais il y avait quelques facteurs que mon entêtement légendaire me poussait à prendre en compte.

La mort de mon père, d’après ses semi-aveux, Lugosi n’y était pas étranger. Le vampire que j’avais tué à l’époque devait soit être une erreur soit mis sur ma route. Allez savoir, il aimait les défis, j’avais dû échouer à celui qu’il me lança. Second point, il avait mordu Silas, le poussant à se tuer plutôt que de devenir un vampire à son tour. Je lui devais cela aussi. Quant à Lucy, à force, j’en étais à croire que son agresseur ne devait pas être venu à l’hôpital par hasard ce jour-là.

Depuis quand s’amusait-il d’ailleurs ? Tout ça pour quoi ? Parce que j’étais un lion ? C’était ridicule. Mon père l’était lui aussi, ce qui demeurait assez rare, un coup du sort.

À cet instant, j’aurai préféré être un héros de fantasy, accomplissant son destin que de venger et pouvoir libérer tout le monde quitte à me prendre une fin dramatique dans les gencives. À qui aurais-je manqué ? Vraiment je voulais dire. Voilà un bail que je n’avais plus de famille. Mais là, j’allais juste lui servir de jouet pour un moment. À moins de trouver un moyen de le tuer. Ce qui me semblait peu probable. Vraiment.

À moins que…

– Comment doit se conclure l’échange ?

Richard gardait comme toujours son calme, mais secoua tout de même la tête de dépit, Jonah lui préféra envoyer la pile de dossiers de dessus le bureau par terre, partant bouder ensuite.

– Je dois vous amener, vous seul. À ce moment-là, je pourrais appeler et confier où se trouvent les enfants. Alors, vous acceptez ? C’est de la folie pure, il ne vous laissera jamais repartir, il…

– Avant je voudrais juste un petit service.

– Oui ?

– Avoir accès au laboratoire du Valentine’s, une demi-heure me suffirait.

Ne disait-on pas que lorsque l’on apprenait les bases d’une langue, on commence toujours par les mots usuriers ? En médecine et plus particulièrement en pharmacologie, c’était un peu pareil. On aimait bien perdre son temps sur les toxines et leurs effets pervers. Quand on était jeune et con, cela vous donnait l’impression de détenir des secrets ancestraux, accessibles aux initiés. Tout autant que l’on se renseignait dans la foulée sur leurs possibles antidotes.

L’univers médical était fabuleux pour ça. Il suffisait d’un dosage supérieur et hop, un gentil petit stimulant pouvait devenir la pire des crasses. À cet instant, c’était ma seule arme potable. À vue de nez, il pesait combien ce Lugosi ?