Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 51


Nous avions barricadé les issues secondaires, les fenêtres du rez-de-chaussée étant déjà toutes pourvues de barreaux pour des raisons de sécurité, quitte à faire genre prison. Une idée de Silas à la base. Lumières allumées afin que ne règne aucun coin d‘ombre. Qu’importait la facture qui viendra ensuite, pas question d’être pris au dépourvu. Nous aurions bien été tentés de laisser la musique par contre, histoire de mettre de l’ambiance, mais soit. Nous n’allions pas non plus leur servir les boissons avec nous en guise d’amuse-gueule non plus.

Un comité d’accueil se tenait de chaque côté de la porte principale, un autre à chaque issue même si celles-ci furent condamnées. Richard et son groupe d’intervention spécial anti-vampires – il aimait assez qu’on le surnomme comme ça – était arrivé entre temps. Comptant des membres de forces de l’ordre ainsi que des militaires. Tous humains, tous armés.

Je prévoyais d’ailleurs de lui remettre ma batte, mais il s’était ramené avec une sorte de katana, le genre de truc un poil plus tranchant. Après tout, pourquoi pas.

Peu avant minuit, nous entendîmes quelques bruits de moteur aux abords du mur d’enceinte. Des claquements de portières et Jonah qui déconnait encore à vouloir chronométrer le temps qu’il leur serait nécessaire pour venir à bout de cet obstacle sous le regard dépité de Lawrence, qui fut tout de même notre principal chef de chantier.

Selon Manon, ils étaient au courant de l’emplacement de notre repère depuis longtemps. Mais Bon Dieu pourquoi ne venir en force que maintenant ? Non, pas pour uniquement la récupérer, l’assaut était manifestement prévu avant qu’elle ne s’échappe. Le maître aimait jouer ? Mais jouer à quoi ? À stresser femmes et enfants des mois durant ? À son propos justement, nous nous étions mis d’accord. En aucun cas nous ne devions le prendre à un contre un. Au minimum trois. Et encore, je ne pensais pas que ce serait suffisant. C’était un peu ce que j’appelais voir sa mort venir. Celle-ci finit par arracher le portail.

Note pour plus tard. Si nous survivons, songer à le faire remplacer par quelque chose de plus efficace. Un truc électrifié par exemple, qu’on rigole un peu la prochaine fois.

Des coups brutaux dans la porte eurent raison des nerfs de certains d’entre nous, sursautant en chœur ou se mettant à grogner. Cette nuit, nous allions marcher à l’adrénaline et à l’instinct.

– Quelqu’un pour leur ouvrir ? Le buffet va être froid, fit Jonah déjà en train de se déshabiller avant de prendre sa forme animale.

La plupart l’imitèrent, mais ce ne fut que lorsqu’une partie du chambranle de porte vola en éclat que les autres se décidèrent. Moi y compris. Et pourtant elle était blindée. Encore heureux !

 

♠ - ♥ - ♠

 

Tenir le plus longtemps possible m’avait conseillé Manon. Nul besoin, il nous fallait surtout éviter leurs prises mortelles. Pour le reste, nous étions aptes à les tuer, cela prendrait le temps qu’il faudrait, mais c’était tout à fait jouable. Par contre, je m’attendais à tout moment voir surgir le maître. Traverser la pièce comme s’il se rendait jusqu’au bol de punch. Le punch amélioré coulant dans les veines de la jeune femme. Mais elle n’était plus là. Et il n’apparaissait toujours pas. J’espérais qu’il n’ait pas deviné nos intentions de l’éloigner. Si tel était le cas, nous avions mené les plus jeunes à leur mort. Mais ça, nous ne le saurions pas avant l’aube.

Ils déboulèrent par salve et tel que les épiques combats du passé, sans prendre le temps d’y réfléchir ou de leur laisser une quelconque opportunité, nous nous jetions sur eux. Des membres et des têtes volèrent, le parquet devint rapidement rouge de sang. Cris, grognements, destruction massive de tout ce qui se trouvait à portée.

Je m’acharnai sur l’un des crânes d’œufs lorsque des griffes s’enfoncèrent dans mes flancs, me tirant vers l’arrière et emportant un peu de ma chair. Mais rien d’aussi violent que lorsque que Lawrence s’empara de ce trouble-fête m’ayant attaqué dans le dos. Le bon gros nounours nous emmenant tous deux dans son élan avant de lui arracher la tête, la tenant dans sa gueule une patte posée sur son torse afin de le maintenir au sol. Je me relevai et secouai ma crinière, les côtes en feu et le souffle coupé par la douleur avant de me saisir de la proie que j’avais dû laisser. Toujours terminer ce que l’on a commencé. Une fois blessé, cela pouvait devenir de véritables teignes. Mais il parait que les bêtes sauvages aussi.

Du coin de l’œil, je remarquai une tête en train de rouler au sol, la lame ensanglantée de Richard me renvoyait un éclat de lumière rougissante. Nous comptions également deux loups dans les rangs, ceux-ci agissaient de concert, s’attaquant ensemble au même vampire. L’un le tira par la jambe afin de le freiner, l’autre lui sauta à la gorge.

Bon sang ce que je ne voudrais pas être de ceux chargés de nettoyer tout ce bordel demain !

Les changelins dont la forme animale ne permettait pas de se battre s’étaient équipés d’armes parfois assez surprenantes, gardant leur allure d’homme. Cela allait du couteau de boucher trouvé dans la cuisine à la pelle dégottée dans l’abri de jardin. Mais le mot d’ordre fut que les plus faibles agissent toujours en groupe. C’était dans de telles situations, extrêmes, que des siècles de traditions pouvaient voler en éclats. Que les gens de notre espèce, autrefois pacifistes et voués à la solitude ou, tout au plus à former de petits groupes familiaux, furent finalement capable de s’adapter les uns aux autres. Cela faisait d’ailleurs des mois que nous faisions un gros bras d’honneur à ces traditions. Et moi le premier, sans m’en être totalement rendu compte. Par la force des choses. Pourrais-je dès lors me retrouver seul comme je le fus avant tout cela et encore le supporter ?

À l’aube, une partie termina de courser les rares survivants à canines, les achevant dans les jardins. Écroulé sur le parquet, je grondai puis hurlai sous la douleur une fois redevenu homme. J’observai le plafond, vidé. Combien en avais-je eu ? Dix ? Vingt ? Les chiffres semblaient inutiles après tout. Autour de moi, d’autres s’étaient affalés ou simplement assis au côté d’un cadavre. J’en entendis qui revenaient des étages, ayant du y poursuivre des assoiffés. Sans doute pensaient-ils que nous y avions caché les autres.

Et toujours pas de maître en vue.

Jouait-il avec nos nerfs ? Allait-il apparaître comme je le craignais, maintenant que nous étions épuisés, blessés. C’était pourtant le moment idéal. Bien que si son but était de décimer les changelins jusqu’au dernier, où irait-il s’abreuver ensuite ? Il aimait jouer en effet.