Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 47


Trente juillet. Aujourd’hui, je ne bougerai pas de mon lit. Mis à part pour bouffer. Je préférais être au calme, grattant un peu ma guitare bien qu’en vérité, je ne connaissais que quelques morceaux pas trop compliqués.

Avec ma chance, Jonah se rappellerait la date et je ne tenais pas à affronter le moindre « bon anniversaire ». Encore moins la moindre remarque. Je comptais sincèrement aller me saouler dans un coin du parc, mais histoire qu’il n’y ait pas d’histoires justement, il n’y avait aucune trace d’alcool dans tout le manoir. Mis à part dans les bouteilles de sirop pour la toux, mais je n’étais pas encore tombé si bas.

De toute manière, ce n’était pas comme si j’avais des responsabilités et devais montrer l’exemple auprès des jeunots… Ah ! En fait, si.

Je resongeais à la nouvelle annoncée par Lawrence et sa copine. Et quoi qu’il en soit, s’il était un point pour lequel je ne ressemblerais jamais à mon père, ce serait de l’être moi-même un jour. Et s’il avait encore été là, il me retournerait certainement une claque bien sentie derrière le crâne. Comme à chaque fois où je disais des conneries. Au moins, ça avait le mérite de me remettre les idées en place parfois. Cela mis à part, il était très doux. Le souci n’étant pas forcément les enfants en fait. Je crois que je pourrai être suffisamment patient. Au contraire, plus ils avaient du caractère, plus ils m’intéressaient. Non, le problème viendrait plutôt de trouver la mère, une femme qui me supporterait. Bon sang, c’était à croire que cela me travaillait ! Mais c’était la faute de cet abruti de Jonah aussi ! À vouloir me mettre en tête que cela me ferait du bien de trouver une femelle, oublier ces moments moches, me calmer un peu. Tu parles !

Et voilà ! J’en étais encore à ressasser des débilités juste parce que je prenais de l’âge, à croire que cela me rendait nostalgique et me donnait l’envie de faire mon check-up personnel. Histoire de déprimer.

Finalement, il me semblait surtout devenir le type le plus indécis de la planète à cet instant et que plutôt de que procrastiner, je souhaitai subitement que quelque chose arrive, n’importe quoi afin de me sortir de mes idées noires. Mais rien de fâcheux de préférence. Et comme si le destin m’avait entendu, une alarme se mit en marche.

Je déboulai donc dans le hall, là où l’on avait installé le système de surveillance. Quelqu’un avait aperçu des mouvements suspects dans le parc.

– On peut envoyer quelqu’un de plus ? Qui est de garde en ce moment ?

– Justin et Andrew. Tenez, les voilà sur le moniteur numéro 3. Mais ils sont à l’autre bout du parc.

– On se fait une petite sortie ? suggéra Jonah, venant à l’instant de nous rejoindre.

– Je ne fais pas partie des gardes. Envoie l’équipe suivante. A quelle heure devait-elle prendre son tour ?

– C’est à dire que… commença-t-il d’un air embarrassé. Personne n’est libre pour le moment. Allez quoi ! Fais pas ta chochotte. Si cela se trouve, c’est juste un couple qui s’envoie en l’air dans un buisson.

Faire ma chochotte ! Et pourquoi comme par hasard aujourd’hui, tout le monde était… Oh putain, s’il avait fait ça, j’allais le trucider !

– Mouais.

Cela m’apprendra de souhaiter qu’il se passe un truc. En plus, il me saoula pour que ce soit moi qui m’y colle, me transformant je voulais dire. Il savait pourtant que je n’employais ma forme animale que lorsque c’était nécessaire. Mais l’idée de lui mordiller le tibia à notre retour m’effleura et finalement, j’acceptai.

Nous longions la partie ouest du parc extérieur, situé donc en dehors de la fortification. À cet endroit, il n’y avait malheureusement rien qui puisse empêcher quiconque d’entrer. Il arrivait parfois que des curieux ou même des campeurs s’y aventurent. Mais étant sur une propriété privée, il suffisait de les menacer de porter plainte pour en être débarrassé. Et sur le coup, j’imaginais sincèrement que ce ne serait rien de plus que cela.

– Il y a du mouvement par là-bas.

En effet, quelques feuilles bougèrent, mais il en fut de même pour les arbres alentour. Et à moins d’une attaque aérienne, je voyais mal pourquoi m’en inquiéter. Si ce n’était la tête de mon ami. Concentré comme s’il se retrouvait devant une interro de math à peine révisée. Depuis tout à l’heure, je sentais arriver le coup fourré, la farce de potache. Surtout un jour comme celui-ci, c’était bien son genre. Alors ses rôdeurs dans les jardins, j’avais franchement du mal à y croire.

J’humai l’air malgré tout. Le vent soufflait souvent de l’est. Non seulement me venaient les effluves en provenance du lac qui, sans aller jusqu’à me rappeler celle des embruns, portait tout de même son lot d’humidité. Mais cette fois, il y avait autre chose.

Une odeur particulière. Attirante même. Je grognai afin de faire part de ma découverte, grattant le sol dans cette direction, mais Jonah s’entêtait vers ce qu’il avait pressenti. Il me commanda de le suivre avant de s’éloigner. De plus en plus obsédant, ce qui me parvenait me faisait l’effet d’une bonne dose de phéromones femelles accompagné d’une émanation de sang.

J’eus beau rugir vers Jonah, il m’avait bel et bien planté là ce con ! Je me dirigeai alors vers le lac. L’instinct, surtout sous ma forme animale, était de toute façon le plus fort. L’emportant parfois sur la raison. Je longeai la berge, reniflant dans l’air, persuadé d’approcher du but. Et lorsque je la vis enfin, j’eus comme un mouvement de recul, entraîné par l’effet de surprise. Elle était là, devant moi à quelques mètres à peine. La lionne.