Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 44


Nous avions saucissonné et enchaîné « Bidule » dans un abri de jardin. Histoire de ne pas le garder dans les murs du manoir, mais il était de toute manière trop près des familles vivant ici à mon goût. Nous avions tenté de sympathiser et lui demander son nom, mais devant son refus d’obtempérer, il fut baptisé « Bidule ». Pour une fois qu’on ne se montrait pas directement agressif envers un vampire.

Je me penchai vers lui, à bonne distance malgré tout, mais souhaitant le fixer dans les yeux afin qu’il comprenne que je ne plaisantais pas. Les siens semblaient troublés par la folie, injectés de sang, exorbités. Autant dire que ce serait peine perdue.

– Nous voulons savoir où se trouve votre laboratoire ainsi que votre quartier général. Je me doute que tu ne nous diras rien, mais saches qu’en tant que médecin, je pourrais très bien te faire mal, très mal, et parvenir à te garder en vie très longtemps.

Pour toute réponse, il tenta de me mordre. Heureusement qu’il fut bien harnaché, je n’eus que le temps de me reculer. Jonah lui envoya un coup dans la mâchoire, le calmant assez vite. Constat rapide, l’intimidation ne marchait pas.

– Il va finir par crever de faim et sera un peu plus coopératif. N’est-ce pas Bidule ? le taquina Jonah.

Mais malgré ce sens de l’humour qui le caractérisait, il ne souriait pas du tout. De toute manière, quoi qu’il vienne à avouer, il ne partirait pas d’ici. Non seulement, nous ne gardions pas les vampires assassins en vie, mais encore moins s’ils connaissaient le lieu où tous les changelins vivants à Londres se planquaient.

Je laissais donc mon ami le questionner un moment, mais rien n’y fit. Ce qui n’était guère étonnant. Il revint vers moi, découragé, je me tenais alors contre le mur au fond du cabanon.

– Sérieux, je te le laisse. Mais il ne dira rien, c‘est sûr, me murmura-t-il tout en soupirant. Pour le faire parler, il faudrait limite qu’on le torture. Et ça…

– Ca je m’en charge.

Cette fois, je n’allais pas plaisanter ni faire semblant comme pour le maire. La seule once de pitié qu’il me restait envers les vampires était de savoir qu’au fond, ils avaient été humains et pas forcément consentants de voir leur nature changer de la sorte. Mais si ceux que nous appelions les « pacifistes », gardés sous la protection de Brook pouvait bénéficier de cette pitié, des types comme celui-là n’avait aucune chance.

Vous connaissiez sans doute cette histoire du Docteur Jeckyll et de Mister Hyde. S’il fallait à ce bon docteur une potion afin de libérer ses côtés les plus sombres, pour moi il me suffisait de raviver ma mémoire. De me souvenir de ces gens sauvagement assassinés, de mon père, de Lucy.

Le premier, le tout premier. Je l’ai traqué durant près de deux semaines. Sans vraiment savoir comment m’y prendre afin de le détruire. Mon aversion à me transformer ne m’y aidant guère. Mais il avait tué ce qui me restait de famille et j’avais eu besoin de cette vengeance. Tel l’instinct de survie, une envie irrépressible de tuer. Que tant que ce ne serait pas fait, je n’aurais pu trouver le repos. Rassurez-vous, je ne l’ai pas trouvé ensuite non plus. Pourtant, j’ai continué cette lutte qui semblait vaine.

Mais les solitaires et surtout, les chasseurs comme nous tombaient tôt ou tard. La seule solution vint naturellement, il fallait nous rassembler, nous unir. Cela, mon père, Silas ainsi que O’Brien l’avait compris dès le départ.

Je demandai à Jonah de quitter le cabanon, il ne se fit pas prier.

 

♠ - ♥ - ♠

 

Je revins au manoir, me dirigeant tout d’abord vers la cuisine, suivi de près par deux ou trois curieux. J’imaginais leur grimace dans mon dos lorsqu’ils remarquèrent que c’était ma pince que je passais sous un jet d’eau afin d’en laver le sang. Je jetai ensuite deux canines sanglantes un peu trop longues pour être humaines dans le fond de l’évier.

– Il a dit quelque chose ?

Je leur répétai ses mots à peu de choses près. « Le maître. Le maître est à nos portes, nous sommes les gardiens du maître. Boire le sang du maître accorde la puissance et la vie éternelle. »

– Voilà ce qu’il a dit. En gros, c’est bien Lugosi qui nous les a laissés en cadeau avant de rejoindre l’Italie. À la fois pour nous pourrir un peu la vie et préparer son retour. Tenons-nous prêts à ça. Quant au sang… sans doute qu’étant le seul à pouvoir transformer les humains en vampire, il a dû leur laisser des réserves. Je ne voyais que ça comme possibilité.

– Il est mort ? se renseigna un autre.

– Il l’était déjà.

Sur ce, j’avais besoin d‘une clope.