Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 39


Je parcourrais pour la centième fois et sans vraiment m’attarder sur les mots, la lettre de licenciement du Valentine’s. Il m’arrivait d’être tenté de faire jouer de mes « relations » auprès du maire afin d’y être réintégré, mais à quoi bon. Si le docteur Gray version humain y était déjà mal vu, que dire à présent ? Mon implication vis-à-vis des meurtres qui avaient eu lieu lors de ma dernière apparition là-bas demeurait floue pour tout le monde et les rumeurs les plus folles courraient sur mon compte depuis. Entre me traiter de tueur ou de créature capable de se changer en bête. Bien que les deux furent justes au fond. C’était bien ça le souci.

Les médias préférèrent la version médecin fou ayant tué des membres du personnel à l’aveugle. Y compris sa femme.

Une fois de plus, je fis une boulette de la lettre et la balançai en direction de la poubelle et la ratai. J’irai la récupérer plus tard comme d’habitude, la défroisser et la jeter sur un coin du bureau. L’oubliant quelques jours ou quelques semaines.

Mes yeux se portèrent sur les cadres photo disséminés sur le mobilier. Celles de Silas, je n’y avais pas encore touché. Un peu comme si j’hésitais toujours à réellement m’approprier les lieux. Le fou m’avait fait héritier de tout. Le manoir, ses biens, le groupe de changelins, cette guerre. En les observant, j’étais bien heureux de n’avoir jamais songé à en faire avec Lucy et d’avoir brûlé celles de Maggie et moi après son départ. Au moins, je ne me retrouvais pas, comme avec cette fichue lettre, à ressasser ces moments passés. Ma mémoire se faisait suffisamment mon ennemie pour ça, pas la peine d’en rajouter.

Mis à part ça, hé bien Londres était redevenue plus calme comme c’était le cas avant la venue de Lugosi. Enfin, à une exception près, un groupuscule vampire récalcitrant.

Les élections eurent lieu et Colin Brook, soutenu comme son prédécesseur dans sa nouvelle campagne de « Solidarité inter-espèces » fut réélu. Au moins, il était de notre côté, c’était déjà ça. Les changelins étaient passés du stade de légende à probabilité, mais aucune preuve encore de notre existence auprès du grand public. D’où le nom donné à ce mouvement quelque peu anticipatif car Brook nous suppliait presque pour que nous nous dévoilions au grand jour. Ça, ça me plaisait moins par contre.

 

♠ - ♥ - ♠

 

Les pavés étaient glissants suite à la grosse averse survenue dans la soirée. Génial ! Nous étions trempés jusqu’à l’os. Jonah sentait le chien… pardon… le tigre mouillé à des kilomètres. Parfait pour se faire repérer. Mike ainsi que l’un de ses potes étaient de la partie, tentant de rabattre le petit groupe de vampires vers nous. Le maire n’allait pas sauter de joie de savoir que nous étions encore une fois sortis chasser, mais en même temps, nous l’avions prévenu.

Si Brook ne savait toujours pas pourquoi Manon et d’autres changelins en particuliers suscitaient autant d’intérêt, d’autres devaient avoir très bien saisi l’utilité. À moins de vouloir comprendre eux aussi et pour cela, ils s’étaient de nouveau attaqués à l’un de nos jeunes afin d’y goûter et de se faire leur propre idée. Grave erreur.

Avec leurs conneries, le pauvre gamin était sous perfusion depuis hier. Il avait failli y passer. Jason faisait partie de la bande de Mike. Avant de nous rejoindre, celui-ci était à la tête d‘un petit groupe de jeunes changelins et d’humains vivant à la débrouille. Comme quoi, nous n’étions pas un secret pour tout le monde.

Bref, cette fois, nous allions montrer une bonne fois pour toutes que nous n’étions plus des proies mais des chasseurs, il fallait que cela cesse.

Nous étions à quatre contre quatre. Ces vampires commençait tout doucement à faire parler d’eux. Et pas qu’en bien. Pas tout à fait des soldats puisqu’ils n’avaient jamais bénéficié du sang de Manon, mais bien plus costauds que de simples lambda. En un sens, c’était assez inquiétant car même sans le maître, ils continuaient à gagner en puissance et tenter d’asseoir leur supériorité en haut de la chaîne alimentaire.

Jonah grogna et je devais avouer que moi aussi je commençais à trouver le temps long. Ils auraient dû être là depuis plusieurs minutes. Je jetai ma cigarette entamée et nous prenions la route à revers, direction les entrepôts, nous étions dans les Docklands.

Les deux parties n’avaient pas vraiment choisi l’endroit le plus discret pour en venir aux mains. Sauf que là, nos petits loups étaient en mauvaise posture. Enfin, je voulais dire notre molosse et son pote qui était, effectivement un loup.

D’un coup de batte, je remis les idées en place de l’un des gars tandis que Jonah s’occupait d’un second. Cette fois, c’était plus équitable. Ils étaient vraiment peu communs. Tous rasés, sourcils y compris et j’imaginais déjà mon ami se demander s’il en était de même partout. Le coup ne fit que l’arrêter dans ses mouvements une demi-seconde, se jetant sur moi ensuite, canines dehors. Là, vraiment, blafard avec la tête lisse comme un œuf et la bouche bavant du sang, il faisait peur à voir.

Un second dans le nez, de préférence du bas vers le haut histoire de lui défoncer la cloison nasale et espérer quelques dommages au cerveau. Rien de tel pour calmer un vampire. Coup de pied au sternum. Il s’étala au sol, sur le dos, me laissant le loisir de presser son crâne contre le béton, le pied sur le front. Une tête roula non loin de la sienne, l’espace d’un instant, il me sembla presque qu’elle hurlait encore après avoir été décapitée. Un truc de fou ! Non pas que je souhaitais tester la chose avec ma proie, mais il fallait bien en finir. Le côté le plus contondant vers l’avant, je le frappai à la trachée, m’acharnant autant de fois que nécessaire.

Enfin ! Comme je le disais, il était coriace. Et l’un des jeunots mal en point.