Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 37


Bon sang ! Trois semaines à courir partout, envoyer les éclaireurs, les espions, les fouineurs en tout genre. Du rat à l’hirondelle en passant par la moufette. Non, je plaisantais, nous n’avions pas moufette. Encore heureux ! Et cet abruti de maire nous dit seulement maintenant que Lugosi avait quitté Londres. Il fallait que l’on révise sérieusement nos axes de communications.

À l’aube suivant l’attaque avortée, un avion privé s’envola l’aéroport de Heathrow, destination celui de Marco Polo près de Venise. Oui, en Italie ! Il l’avait ramenée avec lui en Italie ! À plus de mille kilomètres ! Comment le retrouver à présent ? Comment la retrouver ?

Devions-nous, au contraire, nous estimer heureux ? Était-il parti définitivement ? Les vampires ne seraient bientôt qu’un mauvais souvenir ? Du moins à Londres. Trop de questions et un vent de doute concernant l’utilité de quitter ou non le manoir soufflaient déjà. Mais jusqu’à présent très peu décidèrent de repartir. À moins que cette vie en communauté leur plaise désormais, ils n’étaient pas encore confiants quant à l’avenir.

Quant à moi, je faisais régulièrement les cent pas dans le bureau, grillant cigarette sur cigarette. J’y avais fait installer mon lit. Non seulement c’était plus pratique, mais cela libérait une chambre. Et non, ce n’était pas pour me la couler douce. Même si c’était tentant. De toute manière, j’étais devenu une vraie boule de nerf malgré le calme revenu. Car je n’avais su tenir une promesse que je m’étais faite, libérer Manon de l’emprise du maître. De là à décider de prendre l’avion moi aussi, il n’y avait qu’un pas, mais je n’étais pas de taille à l’affronter, vraiment. Cette frustration qui me prenait constamment était terrible.

Comme si cela pouvait provoquer un miracle, je me rendais souvent aux entraînements. Vu qu’il n’y avait plus de risques, il y avait également moins de monde. Seuls nos groupes d’intervention spéciale anti-vampires y faisaient encore des apparitions. Au moins, cela m’occupait l’esprit et les mains, en référence à mon envie de fumer.

Jonah était ravi, lui qui adorait se foutre de ma gueule. C’était d‘ailleurs pour cela que j’évitais toujours de me battre contre lui, même amicalement. Il avait cette manie de ne pas garder son apparence féline jusqu’au bout. L’enfoiré usant de sa forme volante lorsque les choses se corsaient. Et forcément, un lion, ça ne vole pas.

Note pour plus tard, dénicher un lance-pierre… ou une arbalète !

Un vestiaire improvisé avait été mis en place dès l’entrée de la salle de sport. En fait, une simple table ainsi qu’un portemanteau au mur. Rien d‘affolant. Les appareils, autrefois disséminés sur toute la surface, savamment glissés sur les côtés. Histoire que l’on puisse toujours les utiliser tout en gagnant de la superficie.

Allez ! À poil ! C’est qu’il valait mieux ne pas être pudique lorsque l’on était changelin. Personnellement, cela ne m’avait jamais gêné comme pour la plupart des mecs. Nos femelles un peu plus bien qu’il y eut des exceptions, Angela par exemple. Mais plus que des tendances naturistes, elle était surtout chaude comme une cocotte-minute la plupart du temps. Pourtant, je ne l’avais jamais touchée. Ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Elle avait bien essayé de me tenter, mais sincèrement, avais-je la tête à ça ? Je me remettais encore mal de la mort de Lucy qui, sans moi, serait toujours à commettre des maladresses au Valentine’s. Un trou béant dans le creux de l’estomac qui ne daignait pas se refermer. On appelait ça de la culpabilité.

Mais il n’y avait pas que cela. Il y avait Manon. Cet intérêt indélibéré que je lui portais, cette attirance incontrôlable, ce besoin de la sentir en sécurité. Et pourtant, je n’avais rien pu faire. Était-ce parce qu’il s‘agissait d‘une lionne, comme moi. Cette attraction était-elle due à notre nature animale uniquement ? Comme le mâle attiré par sa femelle ?

Rhaaa ! Jonah ne me laissa pas le temps de m’interroger de toute manière, se jetant à ma gorge. Il n’était pas question de nous blesser, mais bien d’aiguiser nos réflexes et notre sens de l’anticipation. Retourné comme une crêpe, ses pattes avant enfoncées dans mes aisselles, il me maintenait au sol. Cet abruti faisait tout de même cinquante kilos de plus que moi. Je ne pouvais décidément pas rester dans cette posture. Question de fierté.

Je lui labourai le ventre, sans les griffes, le repoussai et constatai que cela n’eut aucun effet. Finalement par pure stratégie, je lâchai prise. Ah le con ! Ce genre de truc marchait avec lui ! Il desserra sa mâchoire et je pus le projeter grâce aux muscles de mes cuisses, le faisant passer par-dessus ma tête.

Richard entra dans la salle. Non pas pour nous y rejoindre, mais pour nous rappeler à l’ordre. Nous devions voir le maire ce soir. Si les changelins possédaient une remarquable faculté de guérison, les côtes de Jonah s’étant tranquillement ressoudées en une semaine, Richard était encore plâtré pour trois de plus.

– Parfois je me dis que j’aimerais être comme vous, ce doit être jouissif de pouvoir ainsi se changer en animal, non ?

Je repris mon apparence d’homme, allant vers mes vêtements.

– On échange de peau quand vous voulez.

– Pourquoi ? Vous avez un souci avec ça ?

– Oooh… oui… Simba déteste ça, répondit Jonah à ma place. Pour lui c’est une tare, une malédiction. Mais c’est surtout parce qu’il ne sait pas gérer sa forme animale hein ? me piqua-t-il, plaisantant, même s’il avait raison pour le début.

Je lui fis part de mon avis d’un bras d’honneur claquant sans me retourner avant de reboutonner mon pantalon. Richard n’insista pas sur le sujet.