Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 35


Il fallait que je l’aie aujourd’hui ! Il fallait de je m’en débarrasse et maintenant ! Si le maître parvenait à s’enfuir avec Manon, allez savoir quand nous pourrions remettre la main dessus. Je n’ai jamais été un grand sportif, rappelez-vous j’étais plutôt du genre à préférer dormir dès que l’on m’en laisse le temps. J’étais fin comme un haricot et loin d‘être un géant avec mon mètre septante-huit, mais une qualité que l’on ne pouvait m’ôter était d‘être borné, acharné, et la, plus que tout, vraiment en rogne. Qu’avait-il fait à Manon ? Elle gisait dans l’herbe, inconsciente. Je l’atteignis, mais je ne pouvais m’attarder, osant espérer que Richard me suivait de peu. Son cou saignait de s’être fait sauvagement mordre à l’instant. Elle ne mourra pas, je m’en assurai. Fébrilement. Elle ne deviendra pas non plus une vampire, c’était impossible pour un changelin. Sinon, imaginez le réel monstre que cela engendrerait.

Non, le salopard s’était juste offert un verre de vitamines avant de se jeter sur la camionnette du personnel. Ce que je craignais arriva. Malgré sa puissance et sa ténacité, Mike fut envoyé plusieurs fois contre la tôle du véhicule alors que les humains fuyaient dans toutes les directions.

Je levai ma batte, visant sa nuque, côté contondant vers l’avant. C’était là tout l’avantage de cet objet, passant pour un simple article de sport – pour peu qu’il soit nettoyé entre chaque sortie –, mais capable de décrocher une tête à qui s’en servait assez bien. De toutes mes forces, je frappais, mais ses réflexes étaient bel et bien les plus aiguisés de tous. Il se saisit de celle-ci et la stoppa en plein vol. J’eus beau tenter de l’en dégager, de poursuivre mon mouvement vers sa sale gueule, rien n’y fit.

Il me fixait droit dans les yeux, un rictus se dessinait au coin de sa bouche laissant voir ses canines rouges de sang.

– Humains et bêtes s’alliant ensemble. Comme tout cela me paraissait pourtant improbable. Les uns sont faibles, malléables, ambitieux. Les autres, solitaires, primitifs, pacifiques. Quoi que, pas tous on dirait. Comme les temps ont bien changé, acheva-t-il tout en soupirant, il prit ensuite un air faussement ennuyé. Puisque vous avez gâché ma petite fête, il ne me reste plus qu’à partir.

Il était sérieux là ?

– Fait un pas, un seul et tu repartiras sans ta tête. De toute façon, c’est ainsi que cela va se terminer.

– Ah ? Et qui m‘en empêchera ? Toi peut-être ? Fils de John Gray…

Je demeurai un instant sous le choc, il avait prononcé le nom de mon père, cette ordure s’était permis de… je me lançais de nouveau. Mais il avait dû voir dans mon regard qu’il m’avait décontenancé. Il insista donc, esquivant sans mal le moindre de mes coups.

– Vous avez ce même point commun que de vous acharner pour du vent. Il n’a pas été difficile à tuer.

Il était allé trop loin ! Qu’essayait-il de faire là ? De m’enrager plus encore ? De m’avouer qu’il était le vampire ayant tué mon père ? Silas ne m’avait jamais fait cet aveu, mais au fond j’aurais compris, je n’étais pas prêt à affronter ça à l’époque. L’étais-je seulement à cette heure ?

J’entendis des grognements derrière moi. Ou étaient-ce les miens d’oser souiller sa mémoire. Non c’était Jonah et Richard qui nous avaient rejoints. Mike se plaignait, toujours au sol, gémissant comme un chiot, je m’inquiétais sur son état.

– Richard, n’oubliez pas notre accord !

Celui d’emmener Manon au plus loin. Je fis barrage. Le tigre me secondant, nous nous jetions une nouvelle fois sur lui. Il esquiva. Il était pas possible ce mec ! Trop rapide et bien plus fort que je ne l’aurais cru. Il préféra sans doute blesser le plus gros de nous deux, me jugeant à raison de n’être qu’un moucheron. Il tenait Jonah à bras le corps, comme cela m’était déjà arrivé lors de la pleine lune près du lac, lui brisant des côtes. J’eus beau le frapper à la tête, mes coups ne faisaient que de le faire saigner, abondamment, mais en aucun cas, lâcher prise.

Mon ami gisant au sol tentait de se redresser, mais la douleur devait être telle qu’il n’y arrivait plus. Désormais, ne restait que moi et Richard. Je me retrouvais très vite à terre, ses mains griffues autour du cou, mon arme lâchée sous le coup de la surprise quelque part dans l’herbe. Il était si rapide que je n’avais pas même pu anticiper son geste. À peine un coup d’œil vers le blessé que j’étais à sa merci. Comment allions-nous nous en débarrasser bordel ! Comment vaincre un monstre pareil ?

Au moins Richard était parti, il emmenait Manon, inconsciente dans ses bras. Je m’agrippais donc au vampire, le retardant tant que possible, mais ma gorge se rétrécissait au fur et à mesure qu’il la serrait. Bientôt, soit je serai privé d’oxygène, mourant asphyxié soit il m’arrachera la tête comme je rêvais moi-même de le faire...

Je n’entendis plus que quelques bruits alentour. Un moteur se mit en marche puis l’air me revint subitement lorsqu’il me lâcha enfin. Je le happai, crachant quelques râles douloureux, tâchai de me redresser, à demi achevé. Lugosi s’était jeté sur la voiture emmenant la lionne, en démit presque la portière et tira Richard dehors. Le lança sur le béton du parking dans un bruit d’os brisés. L’homme hurla sur le coup.

Cette fois, ce fut la goutte, je me transformai et me jetai sur eux. Il fallait l’empêcher de fuir, nous le tenions enfin ! D’un coup de pied, un seul et simple coup de pied projeté haut et vers l’avant, le maître m’envoya pourtant au sol. Moi, une bête de plus de cent kilos ! J’allais m’écraser contre l’arrière d’un 4x4 de luxe garé à côté. Une odeur d’essence m’indiquant que je devais avoir percé quelque chose, vu le choc, c’était tout à fait possible. Tout devint flou, je m’effondrai.