Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 28


Le vampire se dirigea vers un parc. Pensant peut-être nous y semer, à moins que ce ne soit simplement dû au hasard de sa course. Terrifiant et faisant fuir instantanément de sa route tous ceux qui nous croisaient. Depuis quelques minutes déjà, je n’étais plus moi. J’étais un chasseur, acharné sur sa proie et nul ne pourrait m’en détourner. La vision de Lucy morte était sans doute le dernier relent humain qui me restait. Mis à part mon apparence, mais ce fut dans un craquement d’os, le déchirement brutal de mes habits que ce détail fut réglé.

J’étais fou, absolument fou de l’avoir fait ainsi en plein jour et peut-être à la vue de témoins. Bien qu’en fait, le vampire s’était chargé d’en faire déguerpir pas mal. Mais il en eut un que j’avais pratiquement oublié, convaincu qu’il n’avait pu nous suivre si longtemps. Et lui demeura figé devant ce qu’il venait de voir. Son arme pointait tantôt vers l’assoiffé tantôt vers moi, le lion. Le « truc », le monstre capable de prendre la forme d’une bête. Il en avait un juste sous les yeux.

Clic clic !

Son chargeur était vide. Il n’avait plus d’autre choix que d’en être spectateur pour l’instant. Il aurait peut-être du fuir, appeler des renforts, faire quelque chose, n’importe quoi d‘autre que de simplement nous fixer et attendre l’échéance finale. Ou était-il au bout de ses forces ? Pas évident de suivre un vampire et un changelin à la course.

Je risquais ma vie face à ce vampire entraîné. Mais il avait été affaibli par les balles, par la poursuite et j’achevais sa misérable non-vie, lui arrachant d’abord les entrailles du ventre d’un coup de patte avant de faire de même avec sa tête.

La vengeance ne rend pas les êtres qu’on nous aura pris, mais il avait fait sa dernière victime. Je revins vers Hodgson, boitillant presque, sa tête entre mes crocs et la déposai à ses pieds. Alors qu’il chargeait nerveusement son arme, tremblant et failli même la lâcher dans l’herbe humide. S’il voulait m’abattre qu’il le fasse. En cet instant la seule certitude qu’il me restait mis à part la douleur de mon corps et de mon cœur fut que j’avais tout perdu.

Il me mit en joue et je restai là à le regarder, attendant ma dernière seconde. Il était près de six heures du matin, dans un parc public de Londres. Nous avions fait près de cinq cents mètres à la course à travers les rues aux trousses d’un vampire venant de faire quatre victimes au Valentine’s hospital. Et ce avec toute la discrétion que cela pouvait apporter à une telle heure. Autrement dit, des dizaines de témoignages feraient la une. À moins que la presse n’étouffe encore l’affaire. Dès qu’il s‘agissait de vampire, depuis que le maire en était devenu partisan, c’était à croire qu’il ne se passait plus rien à leur sujet.

Richard Hodgson devait faire son choix. Abattre le lion et recevoir tous les honneurs ensuite de la main même du maire ou bien…

Ou bien ranger son arme, lentement, il tâcha de me parler et se demandait sans doute s’il me restait quoi que ce soit d’humain pour le comprendre. Des sirènes de police hurlaient dans les environs, le sortirent de ses réflexions.

– Venez… bordel, je parle à un lion… c’était pas des conneries, je parle à un lion....

Il m’incita à le suivre jusqu’au kiosque. Celui-ci disposait d’une pièce de rangement par dessous. Il tira sur le cadenas de la porte quiy menait puis la défonça.

– Planquez-vous ici, je… je récupère vos affaires, ce qu’il en reste et je reviens vous chercher… bordel… j’y crois pas.

À vrai dire, moi non plus. J’avais encore du mal à tout assimiler. J’allais plutôt dans un coin de cette réserve à outils, reprenant ma forme humaine, mais pas tout à fait mon esprit. Restant prostré.

Il revint bien plus tard. La police ayant bouclé la zone. Il ne put s’y incruster que parce qu’il était flic lui-même et impliqué. Il m’apporta d’autres vêtements. Les siens ? Ce ne fut qu’à la fin de l’après-midi que je pus sortir.

Le sweat à capuche. Quelle magnifique invention lorsque l’on voudrait dissimuler une face maculée de sang séché ou bien même des larmes que l’on ne pouvait contrôler. Bien que j’aurais préféré pleurer. Chialer un bon coup, comme un gamin, hurler ou n’importe quoi d’autre que d’être dans cet état. Complètement clos, des images de Lucy et de nos quelques moments ensemble tournaient en boucle dans mon esprit.

Hodgson parvint à m’habiller, je crois que je l’y avais aidé, je ne savais plus. Tout ce que j’étais capable de dire fut « Manoir Rockwell » lorsqu’il demanda ou je pouvais bien être amené en sûreté. Je ne pensais plus à rien sur le coup, pas même au choc qu’il allait se prendre en pleine face en y pénétrant.