Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 27


J‘autorisai Hodgson à se coucher dans l’une des salles afin de se reposer un peu. Le bougre était venu à pied jusqu’ici et avait besoin d’un moment pour récupérer. Et puis je ne voulais pas en rester là avec lui. Humain certes, mais il était plongé tout comme moi jusqu’au cou dans ce conflit. Il en savait beaucoup. Lucy commençait en matinée. Nous n’allions pas tarder à nous croiser.

Lorsque je vins le réveiller, il ne dormait toujours pas. Mais au moins, il était plus détendu.

– Je vous dépose ?

J’enfilai ma veste, ayant abandonné ma tenue verdâtre si sexy et comme je l’avais prédit, nous tombions sur Lucy qui venait d’arriver. Un baiser, une caresse sur son bras, un toussotement de la part du flic m’incita à la lui présenter et elle m’informa tout en roulant des yeux, qu’elle devait récupérer les effets personnels d’une victime descendue à l’instant à la morgue. Rien de bien joyeux, insista-t-elle, mais elle prenait toujours tout avec cette légèreté et une telle innocente qu’elle me désarmait à chaque fois.

– J’aimerais te parler avant que tu ne partes, j’en ai que pour quelques minutes.

N’étant ni l’un ni l’autre réfractaire à patienter encore un peu, ce fut donc conclu. Madame Thompson attendait sur l’un des sièges dans le couloir, me fit un signe, sembla attristée que je ne m’occupe d’elle cette fois puisque j’étais sur le point de partir. J’allais échapper à la suite de la vie trépidante de son rejeton. Ce serait pour une autre fois lui dis-je, allant tout de même la saluer. Un type éternua, projeta sa morve dans un mouchoir sale. Une femme somnolait sur une chaise, sa tête prête à tomber à tout moment sur l’épaule de son voisin. Un gars en salopette de travail qui la laisserait sans doute faire sans trop râler, vu sa mine de bon samaritain. Une infirmière me salua par pure politesse avant de presser le pas, un docteur la croisa et se tourna pour mater ses fesses trop serrées dans son uniforme.

Que pourrais-je dire de plus si ce n’est que cette matinée avait tout de banale, classique, menait pourtant à un futur ou rien ne serait plus jamais pareil. Plus jamais. Que je m’étais habitué, tout râleur que je pouvais être à ces journées infernales, à cet univers aseptisé, à cette vie de couple qui allait m’être arrachée d’ici à quelques instants. De la plus violente des façons. Que dire si ce n’était que tout cela était vital à un équilibre bien fragile.

Des cris. Les pas pressés d’un homme de la sécurité filèrent droit vers la source, au fond du couloir. Un interne qui en revenait blême, le torse inondé de sang avant de s’écrouler à ses pieds. La panique soudaine de toute âme qui se trouvait là en cet instant, Madame Thompson se tenait la poitrine au centre de toute cette agitation.

– Putain ! Qu’est-ce qui s’est passé ! cria Richard qui, réflexe oblige, sortit son arme de service et courut vers le corps au sol.

Et moi qui fixais ce couloir, ce même couloir de merde que Lucy venait d’emprunter juste quelques minutes avant. Lucy ! Ce cri, ce premier cri était le sien.

Un mot fut lancé par la victime venue jusqu’à nous, ce qui fit ralentir la sécurité dans leur motivation à se rendre plus loin.

« Vampire »

Seul Hodgson courrait désormais vers la porte au fond du couloir menant à la morgue. Adrénaline, terreur, instinct. Impossible de spécifier avec exactitude ce qui me sortit de cette léthargie de quelques instants qui m’avait glacé sur place. Je me précipitai, bousculant sans ménagement tout ce qui fut à ma portée, le dépassant. Je savais déjà ce que je venais de perdre, mais je le poussais, il n’avait pas à voir ça avant moi. Ce corps au sol, ces cheveux blonds dont une large mèche était collée de son sang. Bouche et yeux ouverts, ses si magnifiques yeux. Vidés à jamais de cette vie qu’un assoiffé était en train de lui voler. Deux autres corps dans la pièce, mais je ne les vis même pas. Mon seul réflexe fut de me jeter sur ce monstre. Ne songeant ni aux risques ni aux conséquences. L’arracher, le démembrer, ne plus lui laisser l’opportunité de profiter une seule seconde de son ignoble festin.

Je le plaquai contre le vaste meuble à tiroirs en métal. Il me repoussa. Mais mon odeur devait l’exciter, il ne put s’empêcher de se jeter sur moi, mordant allègrement dans ma chair. Hodgson derrière moi hurla de m’écarter de lui. J’avais à faire à l’un de ces fils de putes surentraîner.

– Bordel ! Gray !

Il me voyait sous un jour différent, mordu, mais continuant tout de même à lui résister et à me battre. Ils nous visaient de son arme, ne comprenait plus vraiment à qui il avait à faire. Un vampire certes oui, mais également un médecin qui ne semblait pas être aussi humain qu’il en avait l’air au final. Pourtant il hésita.

Il tira finalement sur le vampire. Une balle pouvait leur faire franchement mal, mais en rien les arrêter. Il fut la cible suivante. Et alors que l’assassin courrait vers lui, alors qu’il s’attendait à se retrouver seul face à sa mort, je revins à la charge. Il en resta surpris une seconde, m’ayant estimé plus mort que vif l’instant. Une nouvelle fois, je fus rejeté. Au sol et plus durement encore.

Il y vida son chargeur, pesta contre son inutilité flagrante et fut brutalement repoussé, prenant l’un des murs de plein fouet. Le monstre s’engouffra dans le couloir, se dirigea vers le hall, là où tous se trouvaient encore, faisant souffler un nouveau vent de panique avant de fuir par la porte principale.

Je ne le lâchais pas, Hodgson me suivait de quelques mètres, mais nous étions plus rapides que lui, ne pouvant le distancer pour autant, il n’aurait pu nous rattraper.