Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 24


Je ramenai Chris, toujours dans les vapes, au manoir. Dépassant les parents de Victoria dans le hall dont le père tenait encore sa fille dans ses bras ainsi que le grand-père. Ils me suivirent. Je le posai sur la table de la salle aménagée en clinique improvisée et m’occupai de lui. Machinalement. Froidement.

Pupilles. Respiration. Cœur. État d’inconscience due à une drogue, elle se dissipera d’ici à quelques heures.

– Ou est Silas ? demanda Jonah, simplement curieux au départ.

Il était accompagné d’un jeune gars dont je n’avais pas encore vu la bobine jusqu’à présent. Je ne répondis pas, passant à la fille. Devant mon mutisme, il se répéta une première fois puis une seconde, exaspéré de ne rien me soutirer. Mais je pensais qu’à cet instant, il avait déjà compris. Il jura, se retint d’envoyer balader de la main tout l’attirail à côté de moi, ça n’aurait pas été très malin de sa part, mais ce fut le mur qui trinqua à la place.

Jonah sortit enfin de la, allant gueuler au-dehors. C’était mieux ainsi, deux boules de nerfs dans cette pièce n’auraient rien arrangé.

– Ça va aller, il faut juste que les effets se dissipent. Vous pouvez rester auprès d’elle si vous voulez.

Dans l’embrasure de la porte, se bousculaient quelques curieux, impatients de connaître les retombées de cette sortie et je ne me sentais pas réellement prêt à leur expliquer. Leur dire quoi de toute manière si ce n’est un mensonge. J’avais dû tuer Silas. Ses dernières volontés.

– Qui es-tu ? fis-je finalement vers le nouveau.

Il avait l’air perdu jusque-là, mais joua très vite au petit caïd dès que je m’adressai à lui. Se redressa, bomba le torse et fronça des sourcils.

– Mike ! C’est l’autre type qui m’a amené ici. Des vampires m’avaient attrapé dans la soirée, j’ai bien cru que c’était les flics sur le coup sinon je me serais défendu.

Une autre victime de ces enlèvements, mais de dernière minute celui-ci. Ils n’avaient d’ailleurs pas eu le temps de l’endormir avant de passer à table. J’appris plus tard qu’en fait, le gamin s’était défendu comme un vrai diable, manquant de peu de gâcher leur petite sauterie. Jonah et son groupe étant arrivés alors qu’il venait d’en tuer un, seul. Une bonne recrue en somme. Sa forme animale était celle d’un chien, mais vous auriez vu le molosse, un bon gros malamute géant de plus de quatre-vingts kilos.

Si durant les jours qui suivirent, Jonah demeurait perplexe sur ce qui était réellement arrivé à Silas, il finit par lâcher l’affaire. Il pouvait se montrer totalement immature par moment, même si je savais depuis longtemps sans rien en dire que c’était sa façon à lui de décompresser, mais il était loin d‘être tout à fait con. Enfin, pas pour tout.

Il avait Mike à la bonne, reportant sans doute le vide de cette disparition sur lui et n’était pas le seul, attirant le regard de la jeune renarde, Laura. Il fallait avouer qu’un gars d’à peine seize ans capable de dépiauter un vampire à lui tout seul sans être entraîné, ça forçait le respect.

Comme l’avait souhaité Rockwell, je m’installai dans son bureau. La vache ! Si un jour l’on m’avait dit que je me tiendrais là, je crois que j’aurais halluciné. Au mur, un portrait des trois compères surplombait un meuble bas ou une antique platine vinyle se faisait tentatrice. Je lançai le disque déjà en place. Ma parole, mon père et lui écoutaient la même daube datant d’avant ma naissance. Je connaissais ça par cœur.

 

« Hide in your shell cos the world is out to bleed you for a ride
What will you gain making your life a little longer ?
Heaven or Hell, was the journey cold that gave your eyes of steel ?
Shelter behind painting your mind and playing joker »

 

Derrière moi, la porte s’ouvrit alors que le disque crachotait. J’avais demandé à Lucy de me rejoindre ici finalement. Encore peu certain de m’y installer définitivement, je comptais garder malgré tout mon appartement pour l’instant. Elle vint se coller contre moi, toute tendre qu’elle pouvait être. Et entraîné par la musique, je me retournai, lui prit les mains, la faisant tourner puis m’accompagner, je dansai avec elle. Nous devions avoir l’air ridicules, mais à cet instant je m’en fichais franchement.

J’avais besoin d‘un retour en arrière, un moment totalement hors du temps et des choses. Innocent. Au moins quelques minutes avant que les choses sérieuses ne reprennent.