Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 22


Depuis la mort du Doc, Silas Rockwell se tenait de plus en plus à l’écart de tout. Plus que d’être distant, il devenait pratiquement invisible. Lui qui coordonnait la moindre chose, s’assurait que le plus petit détail soit à sa place. Était-ce la perte de son ami qui le mettait dans cet état ? Remarquez, je le comprenais.

Mais, en attendant, il fallait que les choses bougent et nous nous retrouvions avec Jonah à gérer une partie de tout cela à sa place. Un comble moi qui ne souhaitait ni rejoindre ce groupe ni… ni rien du tout ! Je voulais juste vivre tranquillement à la base. Et me voilà en train d‘organiser la résistance. Le monde à l’envers. L’on aurait dit mon père. Sauf que des deux, c’était Jonah qui fut le plus amène à prendre sa place. Quant à moi, l’on me pressait de plus en plus de remplacer le vieux vétérinaire. Tout groupe a besoin de meneurs. Soit ! Mais je me serais vraiment bien passé qu’on m’inclue dans le lot.

Deux clubs dans le centre-ville avait dit Silas. Eh bien il n’y avait plus qu’à les trouver. Plus facile à dire qu’à faire. Mais nous disposions cela dit d’un petit arsenal d’espions en tout genre sous forme de chats et autres oiseaux en réserve. De quoi envoyer quelques troupes, discrètement ou presque afin de voleter ou passer de toit en toit tout en surveillant chaque fenêtre, cour intérieure ou tout ce qui aurait pu nous mettre sur la voie. L’assaut fut lancé, Jonah la buse en tête des opérations sur le terrain.

Avec tout cela, je dus réorganiser mes gardes. Les journées devenaient longues et épuisantes tant physiquement que moralement.

Après plusieurs jours de recherches, nous avions quelques indices. L’un pratiquement sur, tandis que l’autre le fut moins, mais nous envoyions alors quelques volatiles afin de suivre et d’écouter les énergumènes allants et venants sur les zones présumées. En tête, bien entendu, les parents de Victoria, dont la mère fut elle-même une hirondelle. Heureusement qu’en cette saison, ce devait être logique d’en apercevoir quelques-unes revenues plus précocement des pays chauds.

J’allai en informer l’hôte des lieux. Il demeurait dans sa chambre, rideaux tirés, ne voyant plus que Jonah ou moi-même ainsi que Betty venant lui apporter ses repas.

– Du nouveau ? demanda-t-il dès que je fus entré.

– Oui, deux adresses. L’une sur Kennington road et l’autre, ça va vous plaire, sur Highgate. Pas loin du cimetière. Ne manque que la troisième. Ce qui est emmerdant puisque l’on comptait envoyer les trois unités au même moment et…

– Carfax, me coupa-t-il.

Sa voix était usée, comme au bout du rouleau tandis que ses traits tirés trahissaient une lourde fatigue. Ce n’était pas juste une fracture qui pouvait causer une telle faiblesse. À la rigueur notre deuil, mais non, il y avait autre chose. Sa fatigue était plus que physique.

– Silas ? Vous allez bien ?

– Carfax, du côté de Covent garden. Je n’ai rien dit l’autre jour, je craignais que vous ne vous lanciez sans moi, je… je suis désolé.

– Vous êtes sur ? Pourquoi n’avoir rien dit et… enfin qu’est-ce qui se passe ?

– Alex, je voudrais que tu m’auscultes. Maintenant.

– Bien, on va descendre.

– Non. Ici. Et surtout, ne dis rien de ce que tu découvriras. Ni à Jonah ni à personne.

Il m’inquiétait de plus en plus. Son air grave, pessimiste, mais néanmoins tout à fait lucide. Je pris son pouls en premier lieu. Il était très faible mais la sensation de sa peau sous mes doigts, froide comme celle d’un cadavre me fit l’effet d’une guillotine tombant sur la réalité. Tranchante.

– Bon Dieu Silas ! Non !

Sans attendre, je tirai sur le col de sa chemise, le secouant plus que je n’aurais voulu dans la foulée et tombai sur les marques si évidentes à la base du cou. J’en restai prostré un instant. Pourquoi n’avoir rien dit ? Il demeurait ici, enfermé dans le noir depuis des jours, évitant en fait d’être tenté de s’alimenter. Jusqu’à quand comptait-il tenir le coup ? Jusqu’à quand comptait-il nous cacher ça !

J’allai m’asseoir, me frottant nerveusement la bouche ainsi que ma barbe, sous le choc.

– Qui… qui vous a mordu ? Lequel ?

– Lugosi di Agostino. Autrement dit, celui que vous surnommez tous le « maître ». Il semble être le seul capable de transformer les humains en vampires. Au moins, nous voilà fixés.

Il tentait presque de dédramatiser les choses, mais sa voix se refit aussi lasse et triste que précédemment. Il était affamé, affaibli, déprimé.

– Et vous comptiez nous l’annoncer quand ? Je... je peux savoir ? Je peux également savoir ce que nous sommes censés faire à présent ?

– C’est évident. Je ne pourrais vivre ainsi, c’est plus fort que moi. Tu t’en doutes certainement.

Je m’emportai malgré moi. Me rendant compte que j’allais perdre le dernier de mes repères, de mes icônes. De ceux qui auront fait de moi ce que je suis. Mon père, O’Brien et maintenant Rockwell. Mis à part Jonah, de cette partie de ma vie, il ne me resterait bientôt plus rien.

– Vous en avez d’autres des surprises de ce genre ? crachais-je subitement, mes émotions se scindant tant en une sourde colère envers ce di Agostino qu’en chagrin.

– J’aurais surtout une requête.