Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 19


Je tâtai la place à côté de moi, cherchant le corps de Lucy censé s’y trouver endormi. Les draps étaient encore chauds, mais abandonnés de toute présence. Je soulevai péniblement une paupière et remarquai que l’affichage digital de son réveil m’indiquait qu’il ne fut que trois heures du matin. Où était-elle allée ?

– Lucy ?

– Oui ?

Elle était pourtant dans la pièce, assise les genoux contre sa poitrine sur un gros coffre recouvert d’un coussin. Immobile, silencieuse. Depuis combien de temps ?

– Qu’est-ce que tu fous ? Viens te coucher, on se lève dans juste deux heures.

Mais au lieu de me rendormir, je tâchai de mieux ouvrir les yeux, les frottai et en vint à lui demander si quelque chose n’allait pas. Elle m’offrit un sourire, à la fois songeur, tendre et terni d’inquiétude. Je craignais parfois, plus que tout, qu’elle ne fasse simplement semblant de m’avoir accepté, qu’au contraire elle me considère monstrueux.

– Non ça va.

– Tu fais une de ces têtes pourtant.

Elle sourit de plus belle, me rassurant.

– Non c’est... c’est juste que... En fait je te regardais dormir et je me sens heureuse tout bêtement.

– Heureuse d’avoir un mec râleur et flémard dans ton lit, remarque chacun ses goûts, plaisantai-je. Moi ça m’arrange plutôt bien.

– Non, parce que tu es la, tout simplement. Et parce que je t’aime.

Comment être mis K.O. en un coup. C’était à la fois rassurant et effrayant de l’entendre dire cela avec tant de naturel et d’assurance. J’aimais être avec elle, j’aimais sa patience et sa tendresse. J’avais même accepté ses maladresses qui ne m’exaspéraient pratiquement plus à force. Elle m’aimait, disait-elle et j’aurais voulu lui répondre que moi aussi. Mais ce n’était pas le cas.

Étais-je ignoble ? Ou simplement que d’avoir retrouvé un peu de sérénité auprès d’elle me suffisait amplement ? Elle ne semblait pas pour autant attendre ce retour de ma part et parut plutôt embrassée au final de l’avoir avoué.

– Viens là.

Je tapotai la place à côté de moi et l’accueillis entre mes bras, me tenant contre son dos. Le menton posé sur son épaule.

– Tu ne m’as jamais dit, au fait… pourquoi tu t’intéressais tant à moi ? Jusqu’à être constamment dans mes pattes au boulot. Si j’ai à faire à une psychopathe, j’aimerais autant le savoir.

– Apparemment, tu ne te rappelles pas de moi…

Je fronçai les sourcils. Nous nous connaissions avant cela ? Il était vrai que je n’en avais pas le moindre souvenir pour le coup.

– C’était il y a quatre ans… mes parents avaient eu un grave accident de voiture et avaient été amenés en urgence. Tu étais encore interne non ?

Je confirmais d’un simplement grognement.

– Mon père était dans un piteux état, mais stabilisé tandis que ma mère… lorsque je suis arrivée en catastrophe, un médecin ainsi qu’un étudiant se disputaient violemment. L’un voulait abandonner, l’autre continuant pourtant à tout faire pour la sauver. Je me souviens, il te menaçait de tout ce dont il était capable. De te faire renvoyer, de t’empêcher même de poursuivre ton cursus où que tu ailles, mais toi tu t’acharnais malgré tout. Finalement son cœur s’est remis à battre. J’en ai pleuré de joie.

À présent oui, cela me disait quelque chose. J’avais souvent eu des prises de bec avec le corps médical et mes supérieurs, c’était devenu une habitude. Mais si je me souvenais de ce jour, je n’avais pas fait attention à elle. En même temps, je l’aurais à peine regardée. Je ne devais pas être à prendre avec des pincettes, Maggie venait tout juste de quitter Londres et moi par la même occasion.

– Je suis revenue plusieurs fois ensuite, t’observais de loin et n’osais pas t’aborder. Pourtant je voulais te remercier de tout mon cœur. Ce jour-là tu n’as pas juste sauvé ma mère, je suis tombée am…

Je la fis taire d’un baiser. L’entendre une seconde fois m’aurait achevé. Ainsi c’était pour cette raison qu’elle me suivait partout ? Tout ça parce que j’avais fait mon boulot ?

J’appris ensuite qu’elle entreprit des études médicales et apparemment, même si elle en fut pas première de sa promo, elle parvint tant bien que mal à obtenir son diplôme. Je comprenais mieux pourquoi elle fut si tête en l’air, ce n’était pas vraiment sa vocation en fait. Et je ne l’imaginais pas aussi persévérante. Ni aussi effrayante au fond. Durant quatre ans, elle n’a songé qu’à cela ? Intégrer le Valentine’s Hospital... pour me revoir ! Certains auraient crié à la folie. D’autres seraient peut-être flattés dans leur ego. Je penchais finalement à me situer entre les deux.