Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Docteur Gray

Chapitre 17


Je me retrouvais là ou moi-même je travaillais de temps à autre, mais les rôles étaient inversés. Allongé sur la table d’opération du manoir, le véto suturait ma plaie à l’épaule, mon flanc bandé et solidement serré, m’empêchait de respirer profondément. Du moins, si l’idée de m’y essayer m’effleurait encore l’esprit, chaque mouvement m’arrachant une douleur à vous en faire hurler.

Et comme j’avais déjà une bonne estimation de mon état, ma première question fut tout bêtement de m’inquiéter pour Lucy.

– Angela s’occupe d’elle. Elle va bien. Enfin, elle est état de choc, mais entière.

– Angela ? Vous êtes malades ? Elle ne va en faire qu’une bouchée.

Je ne reconnaissais pas ma propre voix, lasse, épuisée, basse.

– Au moins ça la détendra, répondit Jonah, planqué comme toujours hors de vue afin de faire une apparition remarquée. Elle était hystérique. Remarque, entre un lion qui lui saute pratiquement dessus, suivi par un ours puis un tigre… Je ne compte pas nos chers amis au sang froid, il y a de quoi péter une durite. Je me doutais qu’il y avait un truc entre vous, mais de là à l’amener faire une sortie romantique justement aujourd’hui.

– Parce que tu crois que j’ai fait exprès ? Elle m’a suivi. Et l’ours c’était qui ?

– Moi Docteur Gray, salut ! répondit timidement l’intéresser qui s’avança tout en me faisant un signe.

Ils étaient combien dans cette salle au juste ? Je reconnus la voix de Lawrence Stormby, le gros nounours de cette chère Lydia. Apparemment, elle lui avait fait passer le mot et il était tombé à pic.

Je su plus tard qu’effectivement, il était venu afin d’apprendre à gérer ses transformations. Sa copine était au courant et le prenait moyennement bien pour le moment. Mais, au moins, elle n’avait pas disparu du jour au lendemain. Quant à Lucy Miller, à partir de maintenant, soit elle allait me fuir soit elle ferait de ma vie un enfer. Et je n’étais pas pressé de connaître son choix.

Je fus coincé deux jours entiers à la clinique du manoir Rockwell avant de pouvoir me relever de nouveau. Heureusement, l’on cicatrisait plutôt vite, nous les changelins, mais certaines parties de mon corps restaient encore tout de même assez douloureuses.

J’avais vu défiler pratiquement un par un tous ceux que j’y connaissais. Et même deux ou trois m’étant inconnus. Fichtre que j’avais hâte que ça se termine. Et toujours pas de Lucy. Jonah m’avait pourtant assuré qu’elle n’avait pas quitté les lieux, ayant averti l’hôpital d’un accident que nous aurions eu en commun. Son comportement me laissait perplexe tout de même. Voilà qu’en fait, elle me couvrait.

Je la retrouvai dans la bibliothèque, Angela devait vraiment l’avoir adoptée puisqu’elle était de nouveau avec elle. Ou serait-ce l’inverse vu qu’elle reposait sur ses cuisses sous sa forme animale, celle d‘un chat. Ou alors elles étaient en couple, je ne savais pas. Angela était totalement bisexuelle et plutôt portée sur les nouvelles expérimentations, cela se pouvait.

J’allai m’asseoir en douceur dans le fauteuil qui lui faisait face, prenant garde de ne pas amplifier la douleur. Lucy paraissait calme et feuilletait un vieux bouquin avec attention. Elle ne rendit compte de ma présence que lorsque je fus installé.

– Alexander ! s’étonna-t-elle de me voir, vivant ou même humain désormais. Je… je n’ai pas osé venir vous ennuyer, je pensais que vous deviez m’en vouloir beaucoup. Vous allez mieux ?

– C’est peu dire. Mais oui, je m’en remets. Et vous ? Je m’attendais à vous voir hystérique, filant droit à la police.

– J’y ai pensé sur le coup, mais… il y avait Lawrence et votre ami. Vous avez failli me rendre folle tous. J’ai toujours du mal à bien comprendre comment tout ça est possible, mais je l’ai vu de mes yeux. C’est juste incroyable.

– Et secret, par pitié. N’allez pas tout raconter, il y a même des enfants parmi nous, ils ne seraient plus en sécurité nulle part.

– Oui, Angela m’a raconté.

Lucy caressait la croupe de cette chatte blanche de façon innocente alors que celle-ci ronronnait tant qu’elle pouvait, s’étirant langoureusement, elle se frotta contre son ventre.

– Je peux revenir plus tard si je vous dérange, fis-je à demi moqueur, mais sans rien en montrer.

La chatte se releva donc, s’étira une dernière fois et sauta sur le tapis épais et reprit sa forme humaine. Pas gênée pour un sou, nue devant nous, elle nous fit un petit signe de la main tout en quittant les lieux d’un pas nonchalant. Ça, c’était Angela.

– Merci, lançai-je finalement.

– Ça fait deux fois ! souria-t-elle. Merci pour quoi ?

Elle demeura scotchée un instant, n’étant pas habituée à me voir sourire à mon tour et pourtant même si ce ne devait plus m’être arrivé depuis un moment, je me sentais comme soulagé. Il y en avait peut-être une quelque part, et toute maladroite ou incompétente qu’elle était, qui n’avait pas fui en apprenant ce que j’étais.

– Merci d’être restée.