Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 14


Si l’on m’avait considéré comme hyperactif durant mon enfance, taciturne lors l’adolescence, l’on pouvait me juger comme étant flegmatique à présent. Du moins dès que je pouvais souffler suffisamment longtemps, rien ni personne ne possédait la puissance nécessaire pour me tirer de mon lit ou hors de mon divan. Excepté peut-être ma guitare qui parfois me démangeait un peu.

Certains feraient des balades en forêt, d’autres du yoga. Moi, pour me ressourcer, je dormais ! L’on pouvait comparer cela avec l’animal que j’étais au fond. Celui qui ne foutait rien de ses journées, laissait ses femelles chasser à sa place et se faisait surnommer le roi.

Et puis, de toute manière, je n’avais pas de femelle. En fait, je n’en avais plus.

Mon appartement n’était pas très grand, mais il aurait été suffisant pour nous deux. Et je me surprenais à perdre mes yeux du côté de la cuisine ouverte, là où elle aurait pu se tenir à cet instant. Elle adorait nous préparer des petits plats. Margareth. Maggie.

Cela remontait à si loin que je pouvais être honoré de posséder le titre de célibataire endurci. Ou était-ce que j’avais eu trop de mal à me remettre de son départ. En même temps, il fallait croire que je faisais fuir les femmes que j’aimais. Du coup j’évitais de m’attacher, ou coupant court de suite sans mensonges cette fois, sans promesses. Tout d’abord ma mère lorsque vint ma première transformation. En second, Maggie.

J’avais vingt-deux ans, elle deux de moins et était interne comme moi. Je l’avais déjà croisée dans les couloirs du Valentine’s et il m’avait fallu du temps pour me décider à l’inviter à boire un verre. Elle était humaine, cartésienne et moi, comme un con, je lui avais tout caché de ma véritable nature. Parce que j’étais juste un putain de froussard. Peur de ce que j’étais, peur de la perdre. J’imaginais que ce devait être fréquent chez les changelins amoureux d’une humaine, mais que d’avoir vu ma mère fuir devant la vérité ne devait pas m’avoir mis de plomb dans la cervelle.

Nous emménagions plus tard un studio de Westminster. Et durant trois ans ce fut…

Je me sentais vivant avec elle, presque normal. J’oubliais que je n‘étais pas humain. Je n’étais jamais parvenu à l’accepter, j’étais une véritable plaie pour mon père des années durant. A tel point que je voyais ça comme une malédiction, un fardeau. Elle avait réussi à canaliser mes plus bas instincts, ceux qui m’échappaient encore et que je devais dissimuler. Et tout ça, sans se douter de rien. Douce, câline, sociable, humaine. J’étais brutal, froid, solitaire, animal avant elle.

Trois ans à lui cacher l’existence de la bête.

Et puis… et puis, lorsqu’elle l’avait appris. Envolée. J’ai tout repris dans la gueule, puissance dix.

Il me fallait une cigarette, mais j’étais à peine levé – quelle prouesse – à chercher ou j’avais bien fourré mon paquet en rentrant que l’on sonna à l’interphone.

– Docteur Gray ? C’est Lucy Miller !

Non, mais elle était sérieuse ? Où avait-elle eu mon adresse ?

– Et vous voulez quoi ?

– J’ai votre article ! annonça-t-elle joyeusement.

Je la fis entrer, lui indiquant d’un mouvement de la main par où se diriger. Comme si elle avait le choix. Trois pièces. La principale, la chambre et la salle de bain. Donc, à moins de piquer un somme ou de vouloir aller se brosser les dents, c’était tout droit.

– Vous auriez pu attendre demain. Mais bon... merci.

Elle ne m’apportait pas juste le journal déjà consulté, mais deux autres avec elle. Quel sens du dévouement, je n’en demandais pas tant. Je dépliai tout ça sur la table. Elle m’interpella, ravie et étonnée à la fois.

– C’est la première fois.

– Que vous venez ? J’espère bien sinon c’est de la violation de domicile en plus de harcèlement.

– Non. Que vous me dites « merci ».

Et quel sens subtil de l’ironie également. Gentiment, innocemment, mais sûrement. Elle réussit à me mettre mal à l’aise.

– Vous voulez un café ? Vous pouvez vous servir. Je n’ai que ça, je ne bois jamais de thé.

– Oh sacrilège pour un anglais pur souche, s’indigna-t-elle avec humour tout en s’approchant du percolateur et se servant.

– Je ne suis pas anglais, je suis né près de Cardiff au Pays de Galles.

– Ah bon ! J’ignorais.

– C’est vrai que vous me « surveillez ».

J’espérais découvrir un indice via ces journaux, n’importe quoi qui aurait pu me mettre sur la voie de ce « maître » vampire. Bien que je ne fus qu’au stade des suppositions. Mais la lionne avait été aperçue non loin du club ou nous étions descendus Jonah et moi. Donc, mis à part confirmer qu’il pouvait y avoir un rapport, cela ne m’avançait pas vraiment.