Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 11


Deux jours plus tard, nous étions sur place. Garé non loin du Saint James’s, à juste deux rues de l’un de ces deux clubs pour vampires. Jonah revint à la voiture, remontant le chauffage dès qu’il fut assis.

– La vache, il fait pas chaud ce soir. J’ai planqué les paquets, mais… finalement que fait-on ? On y va comme ça où… ?

Je l’observais, il portait son cuir doublé ainsi qu’un col roulé. Et il se plaignait du froid ? Que dire si nous devions y aller en tenue d’Adam ?

– On se changera sur place s’il le faut.

Et puis, je n’aimais pas me métamorphoser si ce n’était pas absolument nécessaire.

Autre particularité des changelins. Il faudra décidément que je songe sérieusement à éditer un guide un de ces quatre… Un aspect, disons plus technique. Si selon certains mythes nous étions associés à des rejetons de fées (ôtez la vision de cette fichue Clochette de vos têtes, par pitié), et donc à quelque chose de magique, j’émettais de légers doutes. Non seulement je n’avais personnellement reçu aucune invitation pour me rendre à Poudlard, mais j’étais certain que si notre métamorphose était réellement « magique », nous n’aurions pas à subir ce genre de désagrément. Surtout en hiver. Un épais pelage était une aubaine diriez-vous, mais de se promener nu, coussinets sur les pavés glacés, je pouvais vous assurer que c’en était à vous rétracter les griffes. Même si vous n’étiez pas un félin.

Non, elle était physique. Nous le ressentions jusqu’au plus profond de nos entrailles, et nous ne rations rien des mouvements de chaque os se disloquant et se remboîtant. Nos organes qui reprenaient place, se modifiaient en taille ou en fonction. Je me demandais d’ailleurs ce que ce devait faire d’être une vache, mais passons. La douleur était immédiate, fulgurante, mais heureusement très brève. Ce qui signifiait que soit, et selon la morphologie de la bête, nous nous retrouvions sous un tas de fringues lors de notre transformation, soit à en déchirer notre chemise. Il fallait un solide budget shoping à force lorsque l’on avait notre taille.

Les « paquets » étaient donc des vêtements de rechange, histoire de ne pas refaire la route complètement à poil si nous devions prendre la tangente en catastrophe. Il nous fallait être prévoyant, sans compter que de tomber sur un flic les fesses à l’air n’était pas des plus discrets. Et puis, il y avait déjà eu cette affaire de lion parcourant les rues quelque temps plus tôt. C’était un de trop. Surtout que personne ne l’avait ni revu ni pu savoir s’il s’agissait d’une femelle changeline ou d’une réelle lionne. Je devais avouer que cela m’intriguait.

Nous arrivâmes donc dans la place. Barre de fer pour lui, batte de cricket pour ma part. Je préférais ce sport au baseball lorsque c’était pour ce genre de sortie nocturne. Si Jonah s’était arrangé pour que l’une des extrémités ait du piquant, mon arme possédait une arête presque tranchante, armée d’une lame parcourant toute la longueur. Du travail artisanal, évidemment. À chacun sa technique. Ici, nous jouions nos vies et ne venions pas pour prendre le thé, mais bel et bien pour récupérer la gamine qu’ils détenaient. Pas la peine de tergiverser.

Inutile aussi de faire profil bas, la moindre inspiration profonde de la part de l’un de ces vampires et nous serions repérés. Autant dire que nous avions fait impression. Il était facile d’en reconnaître un d’un humain. Ces saletés se pourléchaient déjà les babines rien qu’en nous voyant. Ils devaient surtout nous prendre pour un duo de bons gros suicidaires.

– Bonsoirs mesdemoiselles ! entama Jonah, barre sur l’épaule et s’adressant pourtant à une assemblée de mâles. Nous venons pour un retrait de pomme de sang. Alors si l’une d’entre vous pouvait avoir l’amabilité de clôturer notre compte…

Le premier retour de politesse ne se fit pas attendre, il se jeta sur lui et termina avec son arme fichée dans le cœur. Hurlant tant sa douleur que sa rage d’avoir été si rapidement rappelé à l’ordre. On ne plaisantait pas avec les bonnes manières. Mais dix autres étaient déjà debout.

– Oh et puis fuck ! fit-il alors qu’il ôtait veste et pantalon, n’ayant a peine le temps pour ses bottes. Je l’aimais bien ce pull.

Apparut alors Jonah sous sa forme animale, féline, immense, rayée. Shere Khan à côté paraissait plutôt minable. Il se jeta sur trois d’entre eux, arracha la carotide de l’un, ouvrit le poitrail d’un autre. Mordu, griffé, frappé en retour. De mon côté, j’armai ma batte, visant les têtes et les nuques en priorité.

Huit minutes. Dix à terre, l’effet de surprise et surtout le fait qu’ils nous avaient sous-estimés nous avait permis l’avantage, ce ne serait pas tous les jours de même.

La salle de bal était déjà vidée, mais il demeurait des portes donnant vers l’incertain. Les cuisines, les chiottes, le bureau de la direction ? Mon compère en choisi une au hasard et la ruina en quelques coups de patte, je n’eus que le temps de le voir s’y engouffrer telle une bête fauve, c’était le cas de le dire. Deux autres hurlèrent. Jonah grogna, comme un appel, mais un bruit attira mon attention derrière moi. L’une des portes, mais visiblement sécurisée ainsi qu’un miroir faisait toute la largeur du mur. Je me sentais un peu con à me fixer moi-même, mais il me semblait sincèrement avoir vu sa surface frémir. Un autre coup porté depuis l’autre côté m’en assurant.

– Il y a quelqu’un derrière ! fis-je, persuadé que ce devait être une glace sans tain.

– Et moi j’ai trouvé la fille ! revint Jonah, nu, il portait une gamine rousse inconsciente.

Il la posa sur une table le temps de se rhabiller. Les bras de la fille étaient perforés de toute part par les canines de ces monstres. Autant de blessures fraîches saignant encore que de plus anciennes. Je pris son pouls afin de m’assurer qu’elle fut en vie et viable, mais un nouveau coup me sortit de mon auscultation rapide.

Tout d’abord intrigué, j’y répondis en frappant son centre de mon poing. Un second et bien d‘autres. Le miroir se fendit finalement en une vaste toile de verre. Ce devait être à l’épreuve des balles ou que sais-je, mais il était résistant.

– Mais qu’est-ce que tu fous ?

– J’ai entendu quelqu’un !

– Et tu ne pouvais pas passer par la porte ? fit-il, se tournant vers celle-ci et constata qu’elle était blindée. Ah non… tu pouvais pas.

Enfin, le verre se brisa en son centre, me laissant apercevoir l’intérieur. Le dos meurtri de mes mains saignait. Un bureau, un divan, un véritable bordel puisque apparemment l’on s‘était battu ici aussi, mais il n’y avait plus personne alors qu’une seconde porte qu’il me serait impossible à passer elle aussi venait de se refermer devant moi.

Si l’une des autres pommes se trouvait ici, elle venait de nous filer sous le nez.