Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 3


Alors d’où venaient ces monstres ? Si cela se savait, il y aurait déjà beaucoup plus de chance de s’en débarrasser. Bien que désormais, vu leur prolifération, ça devenait de plus en plus difficile puisque, logiquement, ils pouvaient se multiplier d’une simple morsure. Je n’étais pas tout à fait au courant de tout ce qui les concernait, mais j’avais pu, par moi-même ou via d’autres qui comme moi les pourchassaient, constater deux ou trois petites choses.

Bon déjà, le fait qu’ils ne se montraient pas le jour semblait vrai. En tout cas, ils se tenaient à carreau. Il m’était de toute manière impossible, sous ma forme humaine, de les repérer à l’odeur à moins qu’ils ne baignent dans l’odeur du sang de leur victime ou que je puisse les ausculter un peu. Ce n’était qu’une supposition. Valable, mais juste une supposition.

Ensuite, ces conneries sur les croix et autres babioles, on oublie. L’ail et les miroirs aussi. Bien que je n’avais jamais tenté de me balader avec un chapelet de bulbes autour de cou. Rien que pour l’odeur, non merci.

Notre certitude, c’était qu’au début, il n’y avait eu qu’un seul vampire. Peut-être deux, car l’on rapportait qu’il était accompagné d’une femme. Débarqués à Londres de je ne sais où et pour je ne sais quelle raison. Mais que les bougres s’étaient sûrement fait chier très vite, augmentant la population des assoiffés. Lesquels avaient fait de même et ainsi de suite. Là aussi, je supposais, car il était également probable que tous ne furent créés que par ces premiers gugusses. Et j’avouais que cela m’arrangerait vachement bien. Car si ce que l’on disait était vrai, il suffirait de tuer ces premiers énergumènes et hop ! Terminé. Ou du moins, il n’y aurait plus de nouveaux vampires.

Pour ce qui était de les tuer justement, deux solutions possibles. Même sans être médecin c’était assez évident d’ailleurs. Détruire l’un des deux centres vitaux les plus importants du corps. Du moins, chez eux cela se situait du côté du cœur et du cerveau. En gros, le pieu pouvait marcher. Si l’on arrivait à approcher sans se faire tuer et que l’on savait viser juste. La décapitation, voilà une solution sure !

 

♠ - ♥ - ♠

 

Une clope. Il me fallait une clope. Oui, je savais que ces saloperies auraient ma peau un jour. Mais je devais avouer que je préférerais ça à autre chose. Comme une paire de canines dans le cou où me faire arracher les entrailles par exemple. Cette matinée n’avait été qu’une suite de malades en tout genre. Tant au premier qu’au second degré. Entre les dépressifs pétant des câbles depuis que l’on avait diffusé des images floues d’une attaque en plein cœur de Londres – voilà qu’ils attaquaient en ville à présent, ça devenait critique – et les agressions faites au cours de la nuit. Dans ce cas, de réels humains ayant pris d’autres réels humains pour des vampires et les quelques cas plus classiques, les urgences devenaient un sacré bordel. C’est fou ce que les gens peuvent être cons lorsqu’ils ont peur, Et là, j’avais ma dose.

Je profitai d’une pause que je n’avais pu obtenir depuis le début de mon service. Mon ventre criait famine, mais je préférais encore profiter d’une cigarette salvatrice pour mes nerfs. Et puis il y avait eu la nouvelle. C’est clair que l’on avait tous débuté un jour et fait des bourdes, mais elle… elle les collectionnait vraiment. L’adresse d’une baleine échouée. La subtilité et l’anticipation d’une limace amorphe. Aucun sang-froid. Quelle idée de vouloir être assistante médicale lorsque l’on avait deux mains gauches et aucune maîtrise de soi ! Elle n’était ni méchante ni vilaine, encore heureux ! Mais sérieusement, oublier la moitié des trucs alors que l’on nageait déjà en pleine folie. Bref.

Elle sortit juste après moi. À peine avais-je tiré une fois sur ma cigarette. J’espérais que ce n’était pas moi qu’elle cherchait parce que j’allais prendre mon quart d’heure cette fois. Les plus gros cas avaient été traités en priorité et je n’étais pas le seul en garde.

Et merde ! Si, c’était bien vers moi qu’elle s’avançait.

– Salut ! lança-t-elle d’un sourire qui se voulait décontracté mais qui ressemblait plus à une grimace embarrassée.

Je ne lui adressai qu’un regard et encore, il passa plus à côté d’elle, vers l’entrée, préférant fixer ensuite mes pieds, le dos contre le mur froid de l’immeuble. Ce qui me revigorait un peu. À vrai dire, je n’avais pas du tout envie de sympathiser. Mais à la voir doucement gesticuler d’un pied sur l’autre devant moi plutôt que de regagner la fournaise du hall d’entrée, j’imaginais qu’elle ne tournerait pas les talons facilement. Elle avait sûrement un truc à me dire.

De ma bouche s’échappait de la fumée tandis que la sienne émit une légère vapeur due à la condensation. Elle croisa les bras, refermant sur elle un gilet porté par-dessus son uniforme et trop fin pour être suffisamment chaud en ce mois de novembre avant de se lancer.

– Je m’appelle Lucy Miller.

– Je sais lire, fis-je en référence au badge qu’elle portait.

– J’ai commencé aux urgences cette semaine et…

– Oui, ça aussi j’avais remarqué, la coupai-je tout en soufflant de côté alors que j’évitais tout de même de l’empoisonner directement.

Mon regard se porta à bien des endroits exceptés sur elle, histoire qu’elle me lâche rapidement. Mais je devais être dans un jour de guigne pour ne pas changer.

– Vous, c’est Gray. Docteur Gray, répéta-t-elle comme pour que je lui confirme. Comme le type dans ce bouquin, vous savez ?

Je jetai ma clope au sol d’une pichenette, expulsant pratiquement tout de ce qu’elle m’avait apporté de fumée dans un élan de contrariété. De toute manière, j’avais fini et elle ne me laisserait pas en griller une seconde.

– Gray avec un « a ». Rien à voir avec ce guignol à la cravache, nous n’avons pas les mêmes instruments de torture.

Et là-dessus, je m’attendais à ce qu’elle tourne enfin les talons, offusquée d’avoir touché à cette icône so sexy de ces dames. Mais au contraire, elle insista et vint même à sourire. Elle trouvait ça drôle manifestement. La prochaine fois je m’abstiendrais de tout commentaire.

– L’on raconte partout que vous êtes une vraie terreur. Mais depuis que je suis la, je vous observe, vous êtes surtout très sérieux. Vous devriez vous détendre un peu. Au fond, vous n’avez pas l’air si terrible que ça, vous avez même l’air très jeune caché sous cette barbe. Cela vous fait combien en fait ?

Je la fixai droit dans les yeux. Grave erreur. J’aurais dû m’en douter. Maggie m’avait plusieurs fois confié que c’était mon plus gros point faible. Que l’on pouvait y lire comme dans un livre. Mieux ! Ils parlaient à ma place, même pas la peine de se fatiguer. Surpris tout d’abord, non pas qu’elle m’ait fait la remarque sur mon âge, je le savais. À vingt-neuf ans, sans cette barbe, j’en faisais à peine quoi ? Vingt-deux. Ce qui m’avait déjà valu des situations plutôt cocasses lorsqu’un patient réclamait un « vrai » médecin plutôt qu’un interne en me voyant débarquer. D’être pris pour un amateur juste à cause de ma tronche de gamin avait le don de me mettre d’agréable humeur, vous vous doutez bien.

Mais là, ce fut surtout trois petits mots anodins qui virent à me foutre le stress. « Je vous observe ». Le mode parano s’était enclenché. Je faillis la chopper par le bras et lui sommer de me dire ce qu’elle observait au juste chez moi. Mais ç’aurait été me griller totalement, lui assurer qu’effectivement il y avait quelque chose de pas « normal » alors qu’au fond, ce ne devait être que de la curiosité mal placée.

Et durant ces deux petites secondes où elle me fit ressentir le genre de frayeur dont je me passerais bien, allez savoir ce qu’elle aurait imaginé. Qu’elle avait touché juste sans doute. Si elle pouvait m’oublier et surtout éviter de me surveiller. Si elle tenait à sa peau, c’était peut-être mieux.

En tout cas, elle souriait d’un air victorieux, à tel point que je me retenais de lui retourner de quoi rentrer fissa et de ne plus m’adresser la parole à vie. Mais sauvé par le gong, ou plutôt par la sirène, l’ambulance de la caserne arrivait à toute allure vers nous, se garant devant l’entrée. Autant reprendre le boulot et en rester là.