Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L'épreuve - 9


Séraphin.

Cela me démangeait, c’était tel une torture ! Non pas les liens, il y avait belle lurette que je m’en étais défait, mais que de voir Alexandre aux prises avec l’un d’eux. Heureusement, le dernier resté debout n’aura fait qu’observer, mais ce n’était pas beaucoup mieux. Il avait pu ainsi déterminer sa technique, sa tendance à employer la ruse, palliant aux techniques qui lui manquaient.

L’un était assommé devant moi, le second étalé dans les herbes se redressa en position assise, laissant son ami se charger du lionceau. Et je le voyais bien, ce compagnon le scrutait, se tenant droit et confiant. Depuis tout à l’heure, il n’aura fait que de le provoquer, lui donner le sobriquet de « gamin » à tout bout de champ et je savais à quel point cela pouvait être blessant d’être qualifié de la sorte à son âge. Alors que l’on a encore tout à prouver.

Ils étaient face à face et se déplaçaient de façon circulaire, ne se quittant pas des yeux. Alexandre mis en garde, mais trop raide à mon goût, il devrait détendre son bras. Il le savait pourtant, mais ce moment n’avait rien d’un entraînement, c’était une mise à l’épreuve très sérieuse qu’il affrontait. Son adversaire adoptait une posture bien plus détendue, et s’il n’était masqué, je jurerais qu’il souriait, s’amusant de voir sa proie dans cet état.

Il me le prouva par ailleurs, avançant prestement un pied dans sa direction, le claquant au sol et entonnant un cri de guerre sur lequel il explosa de rire. Ayant fait sursauter Alexandre qui s‘attendait à tout sauf à cela. Mais c’est empli d‘exaspération que lui aussi cria à son encontre, levant son épée et chargeant.

Non mon fils, la colère est mauvaise conseillère ! Je me levai d’un bond, réflexe idiot de ma part, mais il ne m’avait même pas remarqué, il ne voyait que son ennemi. Celui-ci esquiva d’un simple mouvement d’épaule, faisant plonger mon garçon droit dans un arbre proche. Mais il se retourna et revint à l’assaut.

Ils échangèrent quelques coups, l’homme masqué ayant l’air terriblement à l’aise, comme s’il ne faisait que chasser une mouche du revers de la main. Mais mon petit n’abandonnerait pas, il avait ça dans le sang, il était borné et toujours prêt à aller jusqu’au bout. Défaut ou qualité, nous allions être fixés.

Une seconde fois, l’on esquiva son coup alors que porté dans son élan, il se vautra au sol, se relevant aussitôt. Il faiblissait et sa rage avait décidément pris le dessus sur sa raison. L’on n’en tirerait rien de mieux, je le craignais. Les coups échangés ensuite n’y changeraient rien. Une fois de plus son opposant le repoussa au sol, sur le dos voilà qu’il se retrouvait immobilisé sous son pied posé sur sa poitrine.

– Tu as perdu, gamin. Mais j’avoue, tu t’es bien battu. N’est-ce pas ? fit-il se tournant vers moi.

Ce ne fut qu’à ce moment qu’il me remarqua, debout et bien éveillé. Son regard allant de l’homme le toisant de toute sa hauteur à moi, passant par celui qu’il aura assommé que le troisième larron tentait de réveiller à présent. Je craignais quelque peu sa réaction maintenant qu’il était tout proche d’avoir compris le pot aux roses.

– Mais toujours est-il que tu as remporté la victoire, Porthos.

Tous enlevèrent leurs masques. D’Artagnan aidant Aramis à se redresser. Celui-ci se tenait la mâchoire et le regardait d’un air à la fois étonné et ravi.

– J’avoue ne pas l’avoir vue venir. Qui t’a donc enseigné ce tour avec les jambes ? Ce n’est point moi en tout cas.

Je toussotai et fis mine de n’avoir pas entendu la question, revenant vers lui.

– Tout ceci n’était qu’une farce ! s’exclama-t-il atterré.

Il se libéra du pied qui le maintenait, se releva prestement et s’agita.

– Vous êtes tous impliqués dans cette farce depuis le début ? s’énerva-t-il.

– Pas une farce Alexandre, une mise à l’épreuve. Et qui de mieux que des mousquetaires pour te défier ?

Je m’en approchai, voulant malgré cela le féliciter, car même si l’issue lui avait été fatale, il m’avait tout de même surpris, mais il se déroba.

– Père je… je vous ai cru au plus mal tout ce temps, agonisant même.

– Je l’étais, enfin au début. Porthos n’y étant pas allé de main morte.

– Navré, mais il fallait que cela fasse vrai, rétorqua-t-il, amusé et fier de sa prouesse.

Je pensais que nous l’avions vexé, que ce soit parce que nous nous étions joués de lui ou parce qu’il aura échoué sur son dernier adversaire. Mais, au fond, c’était prévisible. J’avais misé bien haut en faisant venir parmi les plus expérimentés de la garde des mousquetaires. Aramis s’étant laissé prendre, D’Artagnan aura été trop clément contrairement à Porthos qui lui, ayant estimé sans doute qu’il fut suffisamment vaillant pour donner plus de lui-même, ne l’avait pas ménagé. Mais j’étais contraint de l’avouer, il avait échoué.