Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Un futur mousquetaire - 2


Séraphin.

Il est vrai que j’avais fort peu l’occasion de jouer la comédie depuis bien des années et ce n’était pas pour me moquer de lui, mais je n’allais pas tarder à m’assurer si oui ou non, j’en étais encore capable.

Alexandre entra, il se voulait détendu, mais d’autres signes distinctifs me prouvaient tout le contraire. Et puis, je n’avais pas été espion une bonne partie de ma vie sans en tirer quelques avantages. À savoir que je me doutais très bien de la raison de sa venue. De ce fait, j’avais pu retourner ma réponse de bien des façons avant de le voir enfin venir me l’annoncer. Il en avait mis du temps, étais-je si effrayant ?

– Tu voulais me voir ?

– Oui père. Pour vous parler de projets et d’avenir.

– Si tôt ? m’amusais-je à le taquiner. Mais assieds-toi, je t’écoute.

– Je préfère amplement rester debout pour ce qui va suivre. Et… hem…

– Viens-en aux faits, l’encourageais-je. Si cela doit si difficilement être dit, autant que ton agonie s’achève prestement.

– Père, je suis pleinement décidé et j’ai parfaitement réfléchi à tout cela. Je souhaite rentrer au service de la garde des mousquetaires.

Je tâchai de rester de marbre, le laissant quelques instants dans le doute de la réponse. La était toute la subtilité pour ce qui allait suivre et plus encore.

– Non.

– Non ? s’en fit-il d’un air choqué.

– Hors de question, si tu préfères ces termes. Tu es un Monllieu. Tu hériteras de la terre de ton grand-père d’ici à quelques années, ton oncle Raphael endetté jusqu’au cou tend à revendre chacune de ses parcelles que je tends à mon tour de racheter de façon discrète. Et qui plus est, tu es jeune et surtout en parfaite santé et je tiens à ce que tu le demeures.

– Pensez-vous que je n’en sois pas capable ?

– Non, je ne pense pas que tu n’en sois pas capable Alexandre, je t’ai entraîné moi-même. Mais c’est pur folie. Crois-tu qu’il n’y ait qu’une vie d’aventures derrière tout cela ? Tu déchanterais bien vite. Il y a le danger, le risque de te voir revenir blessé, estropié ou bien pire encore. Et ta mère n’y survivrait pas.

– Mère est au courant ! s’empressa-t-il d’ajouter à son plaidoyer. Et elle me soutient de tout son cœur.

Cela, par contre, je ne l’avais point vu venir. Ma douce Belle me ferait donc quelques cachotteries ? Même après tant d’années ? Il s’agissait de son fils à elle aussi, je lui pardonnai, mais de ce fait, une partie de ma tirade tombait à l’eau. Je ne pouvais plus invoquer le souci de sa mère. Et par ailleurs…

– Ma tendre et douce épouse ne serait-elle pas à nous espionner par le plus grand des hasards ? émis-je tout en haussant la voix afin qu’elle m’entende bien. Je vous en prie, joignez-vous à nous Annabelle.

Et effectivement, elle ouvrit la porte et apparu, Simone derrière elle s’empressant de rejoindre la cuisine.

– Ainsi donc, je suis trahi dans ma propre maison. Vous êtes tous deux ligués contre moi. Très bien.

Bien que mes mots se firent sérieux, je ne pouvais m’empêcher de sourire intérieurement de cette mise en scène. Mais cela n’en demeurait pas moins un sujet grave. Il était exact que je craignais pour mon fils. Combien de mousquetaires finissaient assassinés lors de missions ? Et depuis le jour où je me doutai qu’il s’était mis à s’intéresser à cela, je n’avais cesse d’y songer. J’aurais préféré qu’il se rétracte, cela ne ferait pas de lui un lâche pour autant. Moi-même si j’avais pu choisir de vivre sereinement plutôt que de risquer ma vie et me fourvoyer dans de vilaines réputations. Mais justement, ce choix était le sien et l’en empêcher risquait de le faire se morfondre. Mais je n’avais pas joué toutes mes cartes cela dit.

– J’imagine que tu dois encore en parler au Capitaine.

– Cela a été fait père, il ne voit aucun inconvénient à ce que je passe par toutes les étapes nécessaires. Aramis sera mon mentor ainsi que ses compagnons d’armes qui me conseilleront. Je pourrai les accompagner afin de me forger sur le terrain et…

– Et si je comprends bien, j’étais encore le seul qui ne fut pas mis dans la confidence. Mais nous en reparlerons. Que tu sois mis à l’épreuve, très bien. Formé ? Splendide ! Mais il te faudra passer par moi également et si tu échoues, ce sera un non définitif.

Je le vis avaler sa salive avec beaucoup de difficultés, mais il acquiesça et prit ensuite congé. Sans doute pour l’annoncer à la moitié de Paris qui fut mis au courant bien avant moi. Je profitai alors pour tendre la main vers ma femme, l’invitant à s’approcher de moi. Arrivée à ma hauteur, mes mains se glissèrent de façon naturelle sur ses hanches et je me plongeai dans les yeux de ma petite traîtresse adorée.

– Donc, si je comprends bien, tu étais au courant et tu ne m’en avais rien dit.

– Il valait mieux qu’Alexandre le fasse de lui-même, mais… je me trompe ou tu l’étais toi aussi ? Rien ne t’échappe et moins encore lorsque cela le concerne. Vous êtes identiques tous deux, vous avez besoin d’action, de sensations fortes pour vous sentir vivant.

– Ma foi, c‘est fort juste et d’ailleurs… fis-je tout en approchant dangereusement mes lèvres de son cou et prêt à la hisser sur mon bureau.  À propos de sensations...