Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La cavale - 10


Séraphin.

Cette odeur de brûlé, ce tisonnier tenu par cet homme et mon fils au sol, prêt à s’évanouir, le bras marqué. Je respirai tel un taureau prêt à encorner, éprouvant certainement ce qu’une telle bête pouvait ressentir lorsque venait le besoin de tuer.

– Angèle, ferme les yeux, fis-je le plus calmement possible, comme si désormais rien ne pouvait de toute manière arrêter mon bras, mais je ne souhaitais pas qu’elle assiste à cela.

La pointe de mon fleuret se pressa sur le corps de cet homme qui avait tenté de tuer la chair de ma chair. S’en écarta un instant, lui laissant peut-être un maigre espoir, l’espoir peut-être de s’en sortir, de recommencer sans doute ? Jamais de la vie ! Je pointais plus fermement, laissant la lame glisser dans sa masse, l’embrochant tel un poulet.

– Plus jamais tu ne toucheras à un enfant, plus jamais.

Je rengainai, laissant le corps sur place et pris la petite contre moi ainsi que mon fils, mon Alexandre, le serrant contre mon cœur. M’assurant que cette brûlure fut sa seule blessure. Ses mains étaient sales et écorchées, mais rien de plus. Je le hissai contre mon épaule et prit la main d’Angèle, oubliant son nom, cette enfant était plus innocente de tout cela qu’une colombe. Je les emmenai au-dehors, les hissai tous deux sur mon cheval. Alexandre devant, elle s’agrippant derrière moi.

Et même s’ils étaient enfin avec moi, sains et saufs, cette rage ne me quittait pas.

Alexandre était évanoui, la douleur sans doute. La fatigue et toutes ces émotions vécues. Je les ramenais tous deux chez moi, fit appeler un médecin, demandai à Simone que l’on nourrisse la petite et fit les cent pas dans le couloir, attendant le verdict et surtout tachant de faire redescendre la pression supportée ces dernières heures. Annabelle étant à son chevet tout ce temps, je préférais qu’elle ne me voie pas dans cet état.

– Comment va Alexandre ? demanda Angèle qui osa finalement venir vers moi, j’avais dû l’effrayer tout autant que celui qui l’avait retenue.

– Il aura une marque de brûlure, mais le docteur dit qu’il va bien, il doit dormir et manger.

– Ce n’est pas sa faute monsieur, c’est moi qui ne voulais pas quitter Paris et lui, il…

Elle se mit à sangloter et je ne pus que m’agenouiller, la prendre dans mes bras, la consoler.

– Je sais, c’est fini maintenant. Tout va bien.

– Il va être puni ?

– Non. Vous l’avez été suffisamment.

– Il a voulu me protéger. Tout ce temps, il m’a protégée. Alexandre est le garçon le plus courageux que je connaisse.

Et quelque part, malgré tout cela, cela me rendit fier. Fier et soulagé, il s’en était sorti lui aussi, le sang des Monllieu coulait dans ses veines. Ou plutôt le sang d’un illustre nom inconnu quel qu’il fût, le mien.

Je ramenai Angèle jusqu’à chez elle, m’entretint un moment avec sa mère avant de rentrer, las chez moi. Annabelle était au chevet de notre fils, Simone m’avertissant dès mon retour qu’il était réveillé et avait pu dîner.

Je montai le voir, et m’assis sur le rebord de son lit. Je n’osai pas lui avouer bien qu’il savait déjà. À peine avais-je tourné les talons qu’Angèle fut poussée dans le carrosse usé qui les avaient amenées à Paris à l’automne dernier, elle et sa mère.

Alexandre avait toujours été un petit garçon courageux, j’en étais persuadé. Et rare furent les fois où je l’avais vu pleurer depuis qu’il fut en âge de trotter tout seul. Même lorsqu’il revenait, battu par les autres gamins, lorsqu’il se blessait ou tombait suite à une maladresse d’enfant. Les larmes pouvaient lui monter aux yeux, mais jamais il ne s’était laissé emporter à ce point. Me maudissant presque dans ses mots, comme tenant de me blesser lorsque qu’il s’aperçu que je revenais sans elle.

– Vous auriez pu la garder avec nous, avec moi ! Quel mal son père vous a-t-il fait pour que vous la haïssiez tant elle aussi ? Angèle est mon amie ! Mon amie ! Vous pourriez adopter dix enfants avec votre fortune ! Pourquoi ne pas la laisser vivre avec nous !

Mais il se calma subitement avec cette réponse qui ne faisait que rapporter sans mentir ce dont sa mère et moi nous avions parlé avant son départ.

– Je l’ai proposé à sa mère Alexandre. Devenir ma pupille et m’occuper d’elle. La garder avec nous, avec toi.

– Et qu’a-t-elle dit ?

– Elle m’a juste craché au visage en guise de réponse.