Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La cavale - 5


Alexandre.

Ils avaient couché Angèle sur un tas de paille à même le sol. Afin qu’elle ne prenne pas froid et moi non plus, je l’avais recouverte de ma cape et me glissai derrière elle. Au moins, tant qu’elle dormait, elle n’avait pas peur. Mais moi, j’avais peur pour deux. Et j’avais faim.

Il faisait trop noir pour bien voir, il n’y avait qu’une toute petite fenêtre ornée de barreaux menant vers le ras du sol. Elle était trop haute pour moi, j’avais essayé de grimper et je m’y étais écorché les mains.

Au matin, je pus enfin remarquer qu’il n’y avait qu’un tabouret bancal et une chaîne au sol. Sûrement pour attacher des gens ou même des bêtes, vu la paille. J’espérais qu’il n’y ait pas de puces ! La porte s’ouvrit et une main posa une sorte d’écuelle avec des morceaux de pain et un pichet d’eau au sol. J’essayai de réveiller Angèle, j’avais un peu peur qu’elle en se remette à pleurer.

– On nous a apporté à manger, tu as faim ?

Elle essuya ses jolis yeux encore rougis et me fit signe que oui, mais lorsque je lui apportai, elle fit la grimace et voulut pas y toucher. Et je devais bien avouer que moi non plus. Le pain était tout sale. Même l’eau resta dans son pichet, vu ce que l’on nous avait servi la dernière fois.

Angèle ne pleurait plus, mais elle restait muette, je tentai de la faire parler pour la faire sortir de sa torpeur, lui demander comment était-ce chez son oncle, mais cela n’aida pas à la réconforter. Ce n’était pas vraiment d’y vivre qui lui déplaisait, mais l’homme lui-même. Il était assez orgueilleux et très autoritaire. Même les adultes n’osaient rien lui refuser. D’après elle, les de Valle était l’une des plus anciennes familles nobles de leur région et même si leur fortune s’était dissoute à force de procès pour sauver son père, mais pas uniquement, il se comportait toujours comme le plus grand seigneur du coin. Elle le qualifiait également de dangereux.

Elle eut à peine terminé que les deux hommes nous ayant amenés ici entrèrent, refermant derrière eux. Le plus âgé m’attrapa tandis que le second sorti un couteau, faisant hurler Angèle de peur. Quant à moi, je ne me sentais plus bien fier.

– Ne le tuez pas ! Ne le tuez pas ! supplia-t-elle.

Plutôt que de la rassurer, et moi par la même occasion, ils rient puis virent à faire sauter un bouton de ma veste avant de me repousser sur la paille.

– On veut juste quelque chose à envoyer à vos parents, histoire qu’ils sachent qu’on vous a bien.

– Et qu’est-ce que vous allez faire de nous !

Mon amie s’était réfugiée près de moi, tremblante d’avoir cru qu’ils allaient m’embrocher.

– On va juste demander une rançon puis vous serez libre de vous envoler. Votre père est riche non ?

– Non, fit Angèle qui n’était pas au courant que je la fis passer pour ma sœur.

Mais je masquai rapidement sa réponse par un « oui » plus convaincu. Ajoutant qu’il ne serait pas content s’ils nous faisaient le moindre mal. Ce qui n’eut pas l’effet voulu. Au contraire, celui au couteau s’approcha d’Angèle, tirant sur ses cheveux dorés.

– Laisse-toi faire Angèle, ils veulent juste une mèche.

Elle ferma les yeux très fort comme si de lui couper quelques cheveux allait être des plus douloureux, me serrant entre ses bras fins. À force, j’en oubliais ma gène d’être aussi proche d’une fille.

– On les emmènera ailleurs ce soir. Parait que la garde et même les mousquetaires les cherchent. Ça devient trop risqué de les garder ici. Et si ça se gâte trop, couic les oisillons ! acheva t-il d’un mouvement de couteau à sa gorge.

Finalement, ils quittèrent la pièce, je respirai de soulagement qu’ils n’aient pas voulu nous faire du mal cette fois encore. J’avais confiance en mon père, il allait sûrement payer la somme demandée. J’espérais juste qu’il le ferait aussi pour elle. Il allait être véritablement fâché. Fâché que l’on se soit revus malgré son interdiction, fâché de la peine que devait avoir maman à cette heure à cause de moi. Maman, ce que je voulais être dans la chaleur de ses bras plutôt qu’ici. Puis je songeais à mon amie, est-ce que sa mère allait s’inquiéter autant ? Est-ce qu’elle aussi la prenait contre son cœur pour la cajoler ? J’avais l’impression qu’elle ne l’aimait pas beaucoup au contraire et que cela ne devait pas lui arriver souvent. Mais ici, je n’étais pas le petit garçon que l’on console, ici c’était moi qui devais consoler.