Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La cavale - 4


Séraphin.

La garde avait fouillé chaque recoin de la place du marché, frappé à toutes les portes alentours, interrogé nombre de badauds. Rien. La seule indication retirée de tout cela fut que deux enfants, une fillette blonde en robe suivie d’un gamin brun portant une cape bleu nuit s’étaient enfuis vers les quartiers pauvres.

S’y rendre seul n’était pas une bonne idée, la nuit tombant, s’il m’arrivait malheur alors que j’y cherchais mon fils, comment espérer qu’il retrouve un jour le chemin de la maison ? J’avais fait appel aux meilleurs afin de poursuivre et comme lorsqu’il s‘agit d’une affaire incluant une créature innocente risquant un sort cruel, ils répondirent oui. Surtout que l’un d‘eux n’était autre que son parrain. Aramis.

Porthos promit de se charger d’enquêter à la Cour des Miracles, lui seul pouvant s’y rendre et en sortir indemne. Athos et D’Artagnan se déplaçant au sud tandis qu’Aramis et moi-même nous nous engagions au nord de ces quartiers.

Derrière cela, j’avais fait envoyer toutes mes relations disponibles et à mes frais. Bien que l’on aurait pu me reprocher d’en user pour une affaire personnelle, rien ne comptait plus que de le retrouver. Les retrouver.

Nous avancions jusqu’à un lieu qui, hélas, ne m’était pas inconnu. Il est vrai que mis à part pour quelques missions par le passé, je n’avais plus vraiment foulé ces rues. Et éviter plus encore de me retrouver devant cette façade. Celle d’une maison de joie peu recommandable et pourtant.

– Charmant endroit bien que j’en connaisse de mieux tenus. J’espère que vous n’imaginiez pas les retrouver ici, s’inquiéta Aramis.

– Non, mais j’espère que le souvenir des heures que j’ai passées ici me seront utile même s’il y a de cela fort longtemps.

– Plait-il ?

– N’allez rien imaginer, je ne suis pas en train de vous confier que j’y ai dépensé mon or. C’est là que je suis né et grandi. Il ne doit rester personne de cette époque, mais j’espère que de leur partager ce souvenir les confortera dans l’idée de nous aider.

– Je comprends, eut-il pour toute réponse, demeurant énigmatique.

Sans être sûr que de leur annoncer que j’avais poussé mes premiers cris dans l’une des chambres de l’étage, ma bourse étant un meilleur choix pour cela, je lui racontai donc brièvement puisque le mousquetaire sembla curieux. En attendant que l’on nous mène à la tenancière des lieux. Sans doute me pensait-il être né dans des draps de soie. Eh bien non. Ils étaient de coton et sans doute d’une propreté douteuse. Ma mère travaillait là, je ne me souviens pas très bien d‘elle, de ses traits. Elle disparut de ma vie très vite. Quant à mon père de sang, un client quelconque certainement, impossible à dire.

En fait, je me souvenais de plusieurs mères qui, tour à tour, s’occupèrent de moi durant mes toutes jeunes années. Jusqu’au moment où l’endroit fut fermé pour un temps et que je me retrouvais seul dans les rues à l’âge d’Alexandre aujourd’hui. Crevant de faim et volant dès que l’occasion se présentait. Il m’arrivait également de mendier lorsqu’il m’était impossible de faire mieux. De là, j’atterris chez Joras le gras, dont le seul revenu reposait sur le commerce d’enfants. Je voyais arriver et repartir des gamins aussi mal fichus que moi. Je m’y étais fait un ami, plus fragile que les autres, sans doute pour cela que je me suis mis à le défendre. Il était très souvent « invité » si je puis dire, à rejoindre ce porc qui nous retenait dans son lit. Et d’y être passé moi-même avant lui me donnait une bonne idée de ce qui s’y passait. Cette boule au ventre qui me tenait me faisant craindre que plus qu’une nuit fraîche, Alexandre ou même la petite Angèle n’aient à connaître ce genre d’attention.

Puis, le comte de Monllieu débarqua une nuit, il sembla choisir mon ami qui lui, ne savait que trop bien par habitude que ceux repartant au bras d’un homme fortuné ne finissaient pas ailleurs que dans sa chambre également. Il se rebella, je pris sa défense une fois de plus, me faisant ainsi remarquer du comte et fut adopté à sa place.

– Et ce gamin, votre ami, qu’est-il devenu ?

– J’ai supplié mon père adoptif de le sortir de là. Son but n’était pas former deux garçons, il le racheta d’après ce qu’il me dit et le confia en apprentissage auprès d’un artisan. Mais sans doute trop affecté par ce qu’il avait subi, il se donna la mort l’année suivante. Voyez que selon la force de caractère des uns et des autres, l’on peut s’en sortir différent, mais fortifié ou au contraire, fragilisé jusqu’à ne plus supporter de vivre avec ce souvenir. Il faut que nous les retrouvions.

Finalement la mère maquerelle nous rejoignit, elle m’affirma n’avoir aucune information sur des enfants ou bien même une seule que l’on ait retrouvée dans la journée d’hier. Mais par contre, elle avait quelques noms à donner, de gens qui selon elle, furent bien capables de profiter de cette situation. Et d’ici à deux heures également, nous saurions si un autre endroit du même genre était en train de les abriter.

La nuit s’acheva et rien de concluant ne fut trouvé. Ne restait que la liste de noms. Alexandre ne se serait pas fié facilement à un inconnu, mais parmi ceux-ci figurait celui d’une femme.