Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Notaire et escroc notoire - 3


Séraphin.

Nous nous retrouvâmes bel et bien attachés dans une cave, avec la promesse faite par l’hôte des lieux qu’il s’occupera de nous sans faute une fois son rendez-vous terminé. Pourquoi pas. Il avait l’air si confiant de nous retrouver sagement là à son retour. Moi-même ayant plus d’un tour dans mon sac, ou dans le cas présent, dans ma botte, je soupçonnais Athos d’avoir lui aussi de la ressource. Je ne m’en inquiétais pas outre mesure.

À vrai dire, ce qui me tracassait réellement à cet instant fut le sort réservé à la pauvre Amandine, espérant qu’ils l’aient juste enfermée dans sa chambre, attendant l’heure. Et même si je tentais d‘afficher un visage confiant, son sort eut la fâcheuse tendance à me faire monter en pression. Je l’avais mêlée à tout cela et voici qu’elle se retrouvait prise en faute. Et si un mousquetaire aguerri tel qu’Athos ou un espion habitué comme moi-même pouvions résister à quelques maltraitances, imaginer qu’ils en viennent à lui faire du mal me déplaisait fortement.

– Avant de reporter notre attention sur ce cher de Fontenay, j’aimerais voir ce qu’il en est de la demoiselle.

– En espérant qu’il ne lui soit rien arrivé de fâcheux. L’utiliser semblait être une bonne idée, je présume, mais vous lui faites courir des risques inutiles.

– Croyez-moi que ce n’était pas dans mes projets. Et je mettrai tout en œuvre si nécessaire pour qu’elle n’en souffre pas. J’ai déjà eu bien assez d’une victime au cours d’une affaire similaire il y a bien longtemps.

– Et qu’est-elle devenue ?

– Elle fut privée de liberté tout comme son escroc d’époux.

– Vous voulez dire que vous vous étiez acoquiné de la femme même de votre cible la menant tout droit vers la prison ? De mieux en mieux ! fit-il semblant contrarié et fâché de cette échéance, mais jamais tant que je le fus moi-même, je pouvais le parier.

– Vers le couvent mousquetaire, pas la prison.

En attendant, avant de pouvoir atteindre la lame dissimulée, il me fallait me contorsionner. Heureusement, je n’étais pas trop étranger aux exercices de ce style. Même si j’avais rarement l’occasion de les mettre en pratique dans une cave.

– Qu’avez-vous donc à gesticuler comme cela ? me demanda finalement le mousquetaire. Une envie pressante ?

– Je tente juste… de me libérer ! fis-je finalement, tout en exhibant fièrement une main libre.

– Vous voulez dire… comme ceci ? poursuivit-il en m’indiquant que lui-même s‘est déjà à demi détaché, m’arrachant un sourire en biais, à peine étonné.

Une main de libre et ce fut la fuite assurée quelques minutes plus tard. Juste le temps de nous débarrasser de ce qui restait de nos liens. Nous voici revenus au rez-de-chaussée, l’un des hommes de notre notaire patientant dans le couloir. Gardant apparemment tant la porte menant à notre geôle improvisée qu’à la chambrette d’Amandine. L’imbécile prit le temps de nous tourner le dos l’espace d’une seconde alors qu’il faisait les cent pas. Ce fut suffisant pour qu’il soit neutralisé d’un coup admirablement porté par mon partenaire.

Je pris alors quelques instants afin de me renseigner sur l’état de la bonne. Sa porte était verrouillée et c’est donc sur le corps de son garde que j’en retrouvai la clé. La pauvrette était sur son lit, attristée, mais retrouva subitement l’espoir en nous voyant. D’un doigt sur la bouche, je lui dictai de se taire et lui glissai la lame qui m’avait permis de me libérer dans la main, lui chuchotant de n’avoir aucun remord à s’en servir si jamais les choses tournaient mal pour nous et de fuir. J’imagine que pour la rassurer mieux encore, un baiser demeurait indispensable, ce qui ne manqua pas de me faire doucement interpeller. Il est vrai, nous avions encore à faire.

La demeure était vaste et l’étage desservit par un large escalier de marbre et de chêne accolé au mur. Au pied de celui-ci, deux autres des hommes de main, ce qui en faisait trois de repérés. Par quelques signes, nous nous mîmes d’accord. Arrivant par leurs arrières et longeant ledit escalier, je me hissai par la rambarde, priant pour qu’elle ne grince pas, mais la qualité de ce bois fut mon alliée. Et alors que je frappai, peu élégamment il est vrai, l’homme de gauche dans le dos, Athos se chargea au même moment de celui de droite. Ce qui fit que la moitié des gardes étaient désormais neutralisés. Non pas pour des heures, mais ils nous laissaient le temps de monter.

À parier qu’il en serait un voire deux au-devant du bureau du notaire, le reste avec lui.

Effectivement, ce fut discrètement et le regard au ras de la marche la plus haute que nous apercevions les bottes de l’un des hommes. Il semblait être le seul posté devant la porte. C’était ici qu’en plus d’être rapides, il nous fallait être malins. Et attirer le garde sans qu’il ne provoque le moindre couinement ni le moindre son attirant à lui le reste de la troupe.

Nous nous regardons d’un air convenu, Athos et moi, avant que mon compère ne s’élance, allant régler le compte du garde en question. Ni une ni deux, le voilà muet et immobile, dissimulé dans une chambre adjacente à celle où se déroulait la transaction.

– Il nous en reste deux, sans doute sont-ils tout à côté, fis-je à voix basse. Mais encore faut-il y pénétrer de façon à les surprendre, sinon c’est arme aux poings que nous serons accueillis.

– Misons sur l’effet de surprise justement.

– Sans savoir où ils se situent dans la pièce ? Bien qu’il soit logique qu’ils gardent la porte uniquement, mais…

Et la me vint une idée que l’on aurait pu aisément cacheter de « folle » et qui m’arracha un sourire amusé, car elle me rappelait une précédente mission, me tournant vers Athos, qui lui, du me prendre véritablement pour un fou à voir son expression.

– Cher ami, est-ce que vous savez voler ?