Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 11


Ce n’était vraiment ni le jour ni le lieu pour faire ce genre de farce. Je me mis à tambouriner, criant que l’on nous ouvre, que cela n’avait rien de drôle, mais cela n’eut aucun effet comme me le fit remarquer Thomas afin de me faire cesser.

La lumière revint, mais au lieu des éclairages classiques, ce sont ceux dédiés à l’animation qui se mirent en place, immédiatement suivie des effets sonores accompagnant habituellement la visite. Cris, gémissements, plaintes. Non sincèrement, je n’allais pas me plaire ici. Je n’ai jamais aimé apprécié les romans d’horreur ni les films de ce genre et pour cause. Voir ou entendre des histoires où l’on côtoie la mort ne m’amusait en rien. Pourtant devant Thomas, je tentais de dissimuler cette angoisse qui me prit au ventre. Comme toujours, celui-ci semblait calme, raisonné, complètement imperméable à tout cela.

– Il est rare de ne trouver qu’une seule issue dans un lieu public comme celui-ci, il doit forcément y avoir des issues de sécurité quelque part. Et puis, à moins que le gardien ne nous ait oubliés, il finira par revenir. Sinon…

– Sinon ?

– Sinon une petite nuit au musée des horreurs, quoi de mieux pour passer Halloween. Non ?

J’aurais presque envie de lui crier « non » ! Hors de question ! Mais fierté mal placée, je n’en fis rien et pinçai les lèvres. Malgré la semi-obscurité, il continua sur sa lancée et je le suivis, ne souhaitant surtout pas me retrouver seule. J’en étais presque à vouloir reprendre son bras comme tout à l’heure. Comme si cela allait changer quelque chose de garder un contact plus étroit.

Une autre pièce sombre ou un écran géant s’alluma dès notre arrivée, me surprit de plus belle. Ce qui accrut d’un cran mon anxiété pourtant pas mal remontée déjà. Timing parfait, thème génial. Le grand incendie de 1666. J’avais les nerfs à fleur de peau, mais ne faisant que le suivre dans un troisième décor, il ne sembla pas s’en apercevoir. Ou pire, il s’en amusait ! La salle des tortures. Non, là c’était trop, vraiment trop pour moi.

– Thomas ? fis-je fébrilement.

Il se retourna, interrogateur, et je du faire un effort énorme pour ne m’attarder sur aucune des scènes exposées. Mises en évidence par des éclairages mettant le point sur toute l’horreur qui devait en être perçue. Ne sachant ou tourner la tête afin de les éviter, je fini par me focaliser sur lui, sur son visage qui se fit subitement inquiet. Indépendamment de moi, mon regard fut attiré par la scène qui s’alluma juste derrière lui. Comme si le hasard voulait vraiment me faire regretter à tout prix de m’être aventurée ici, m’affichant celle qui, de toutes, était la pire. Une scène que j’avais déjà vue et qui malgré tous les efforts que je déployais depuis près de deux ans afin de l’oublier, me revenait trop souvent encore.

Un cri m’échappa puisqu’il lui prit le réflexe de m’en détourner, me collant le visage contre son épaule et se retournant afin de constater ce qui a pu provoquer cela.

– Je veux rentrer, je vous en prie, faites en sorte que l’on sorte d’ici, je vous en prie.

– Élisabeth ? Ce ne sont que des mannequins. Calmez-vous. Rien ici n’est vrai, je vous assure, j’ai…

Le ton de sa voix se faisait moins froid qu’à l’habitude, mais néanmoins il semblait toujours aussi sûr de lui. Jusqu’à ce moment où le silence soudain dont il fit preuve ne put qu’infirmer ce qu’il avançait.

– Pas celle-ci. Le sang est réel.

– Comment pouvez-vous en être sur ?

– L’odeur…

Il avait raison. C’était comme imperceptible au début, mais si l’on s’y attardait, si l’on inspirait profondément, elle vous pouvait vous prendre au nez et ne plus vous quitter. La même odeur.

Margareth. Il y a plus de deux ans. Sa peau légèrement hâlée avait pris une teinte bleutée. L’eau du bain était froide. La pièce elle-même était glaciale, et ce, malgré les températures estivales derrière les persiennes. Je l’avais trouvée en l’état, le bras pendant comme le mannequin ici, en dehors de notre baignoire. Taillé dans le sens de la longueur, son sang avait dû rapidement se déverser, formant une flaque allant jusqu’à mes pieds. Elle y était sans doute restée toute la nuit. Des heures à dormir sereinement ne me doutant de rien alors qu’elle mourrait lentement à quelques mètres de moi. Depuis, je hais cette couleur. Le rouge.

Thomas me tenait toujours contre lui d’une main, me soutenant. De l’autre, il sortit son téléphone et lança une application du genre lampe torche afin d’éclairer la scène.

– Je veux partir d’ici, répétais-je.

– Il nous faut trouver une issue, mais avant, je dois voir ça plus en détail.

Je me doutais qu’il ne laisserait pas tomber l’affaire et qu’il me suffirait de lui toucher quelques mots sur la raison qui me pousse à vouloir fuir d’ici. Mais je n’étais pas sure de pouvoir affronter ses questions ensuite. Car forcément il en aurait.

– Bizarre. Cette scène n’a rien à voir avec les autres. Toutes ici se réfèrent à des instruments ou des méthodes de tortures. Pas à des scènes de crime ou de suicide. On m’avait parlé de fantômes pas d’un plaisantin s’amusant à jouer les décorateurs de vitrine.

– Thomas... suppliais-je de nouveau.

– Un instant !

Fasciné, ce ne pouvait être que cela. Il tenait devant lui un mystère et rien ne semblait l’en détourner et à force d’efforts vains, je craquai.

– Élisabeth ! s’inquiéta-t-il enfin. Me prenant par les épaules et tâchant de capter mon regard, mes chuintements ne lui échappant plus. Il n’y a rien à craindre, nous sommes seuls ici, mis à part le gardien qui doit s’être endormi devant ses écrans. Ne vous mettez pas dans des états pareils. Ou alors, expliquez-moi pourquoi.

Mais un bruit sourd et creux se fit entendre depuis l’une des pièces dont nous venions, suivit par une insulte étouffée. Seuls ? Pas tout à fait. Thomas se plaça tel un bouclier, dardant de sa lumière l’issue de la pièce, moi m’agrippant presque à son manteau. Promis, l’an prochain, je resterai chez moi à distribuer des sucreries devant ma porte et rien de plus. Quelqu’un apparut enfin, protégeant son visage de la lumière aveuglante dont il fut assailli.

– Thomas ? Baisse ce truc bon sang !

– Ah ! James ! Tu tombes bien !