Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 9


Un air de violon transperçait les murs de l’immeuble B depuis l’aube. Et si depuis mon studio, je n’en ratais pas une note, je n’osais imaginer le supplice de James s’il avait des cours à réviser. Quant à moi, je m’étais éveillée avec le mal de crâne accompagnant en toute logique les veilles un peu trop arrosées. Si je m’étais habituée à ce satané instrument, ce matin, j’en vins malgré tout à souhaiter sa mort par défenestration.

Mary arriva en début d’après-midi afin que nous finalisions notre travail commun.

– Alors ? Et la soirée d’hier, ça s’est bien passé ?

– Heu oui, pas trop mal. Du moins jusqu’à ce que je rentre. Thomas a pété un câble.

– Pas possible ! Pourquoi ?

J’hésitais à en divulguer les détails cela dit, surtout le passage sur l’appartenance d’Henry à un groupe de motards d’après lui. Préférant lui parler des risques d’accident et de l’impression que j’avais eue sur sa réaction face au baiser que nous avions échangés. Et pour celui-ci, avec le recul, je regrettais de m’être laissée aller.

– Alors là, il n’y a pas de doute, il est jaloux. C’est plutôt bon signe non ?

– Non, il n’est absolument pas jaloux. C’est juste qu’en plus d’être orgueilleux, il se prend pour mon père. Mais bon, on s’est disputés et cela me met mal à l’aise maintenant.

– Alors, faites la paix, fit-elle comme si la chose serait des plus simples. Je sais pas, va le voir ou bien… tient vu qu’il aime ta cuisine apparemment… mis à part le poisson… fait lui un gâteau.

– Il va trouver ça ridicule.

– Au pire, on en profitera tous les trois avec James. Tant pis pour lui.

L’idée de monter les voir avec quelque chose me tentait bien. Même si au fond, c‘était à lui de s’excuser non ? C’est lui qui s’était mêlé de ma vie. Mais je comprenais ce qui l’avait animé. Ses déductions, son sens de la logique, ces détails sur Henry. À sa place, c’est vrai que je n’aurais pu m’empêcher de tout lui rapporter. Pour sa sécurité. Mais pas forcément en lui hurlant dessus.

Quoi qu’il en soit, n’ayant pas de four, nous arrivions toutes deux avec un moule prêt à être enfourné. James fut ravi de nous voir, Thomas resta plongé sur son ordinateur. Mary me poussa du coude une fois la pâtisserie mise à cuire, m’incitant à aller lui parler. Était-ce parce qu’elle-même s’entendait plus que bien avec James qu’elle souhaitait à ce point me voir avec Thomas ? Elle avait de l’espoir.

– Salut ! Vous faites quoi de beau ?

– J’écris. Nous avons un blog James et moi.

Un mot magique ! Ainsi il aimait écrire lui aussi. Je lui demandais de quoi il s’agissait plus précisément.

– Des résumés d’enquêtes, résultats d’expérimentations, quelques notions élémentaires de science. Cela dépend de l’inspiration du moment ou des opportunités.

– Tout un programme, fis-je alors que mon but premier était tout de même de revenir sur l’altercation de la veille. Il me fallait me lancer. Thomas. À propos d’hier soir, je…

– Comptez-vous le revoir ? me coupa-t-il.

À force j’en avais presque l’habitude. Il ne tergiversait que rarement lorsqu’il voulait en venir quelque part. Contrairement à moi.

– Non. Mais même sans votre… conseil, je n’aurais sans doute pas donné suite. J’avais un peu bu et…

Et cette fois, je m’interrompis toute seule. Il me fixait, tête penchée comme ne m’écoutant plus. Je l’interrogeai du regard.

– Bleu.

– Pardon ?

– Depuis le jour où nous sommes vus pour la visite, vous… portez souvent du bleu sur vous. Que ce soit ce pull comme aujourd’hui ou un accessoire. Pourquoi bleu ?

– Parce que j’aime cette couleur, haussais-je les épaules tant cela me paraissait évident.

– Non, votre couleur n’est pas le bleu, mais le rouge.

– Pourquoi ? m’esclaffais-je. Parce que je suis « romantique » ? Cela ne veut rien dire, j’aime le bleu simplement, insistais-je ensuite.

– Non, ce n’est pas cela, il y a autre chose, j’en suis certain, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Il me manque un élément crucial.

Et ce devait être un fait rarissime à le voir si concentré. Bien que je ne trouvais pas vraiment si digne d’intérêt que de connaître ce genre de détails, mais de savoir que je l’avais coincé dans ses raisonnements faisait poindre une sorte de petite fierté intérieure. Cela dit, il se mit ensuite à fixer la chaîne dorée que je portais autour du cou. Celle portant deux médaillons représentant les initiales E et M. Comme s’il songeait la aussi à m’en décrire ses conclusions. Je me hâtais à la dissimuler sous mon pull – bleu – et à filer vers la cuisine. Il était des causes que je n’étais pas encore prête à défendre. Pas celle-là en tout cas.