Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 8


Le séjour de Mary ne s’éternisa pas. Elle put s’organiser et emménager chez l’un de ses amis quelques jours plus tard. Par contre, durant ce temps, les garçons durent se contenter de pizza, car je n’osais plus vraiment l’y inviter vu l’attitude fuyante de Thomas. À l’inverse, ce fut James qui, prétextant qu’il leur manquait du sucre ou autre chose, était descendu régulièrement nous voir. Je trouvais cela touchant. Apparemment, elle ne l’avait pas laissé indifférent.

Nous avions donc commencé notre travail en commun pour le cours de littérature et nous nous retrouvions chez moi pour l’occasion. Le vendredi arriva très vite. Mary qui semblait avoir des fourmis dans les pieds me proposa une petite sortie afin de nous détendre. Et j’avoue que sur le moment, j’eus l’envie de refuser, songeant plus à écrire ou me coucher tôt. À moins d’aller ennuyer mes voisins du dessus. Mais elle se montra convaincante, annonçant que nous pourrions les inviter justement. Elle entreprit elle-même de les inviter, je ressentis une quasi-déception lorsque seul James accepta l’offre.

Le pub où nous entraîna notre amie n’était pas bien loin et plutôt fréquenté. À tel point qu’il fallut jouer des coudes pour atteindre le bar, pire encore pour trouver un coin de table. Et lorsque deux places se libérèrent, je les laissais un moment à papoter ensemble, prétextant aller chercher des verres. Et quelle ne fut pas ma surprise, lorsqu’arrivée devant le serveur, je reconnus Holmes de dos, le coude posé sur le comptoir comme si de rien n’était.

– Alors, vous vous êtes décidé à cesser de geeker pour vous amuser un peu ? fis-je, totalement confiante.

Mais le type qui se retourna n’avait de commun avec lui que sa veste et sa coiffure aux boucles brunes. Confuse, je m’excusais pour la méprise, mais il sourit et ne semblait pas ennuyé le moins du monde. Peut-être était-ce quelque chose dans la forme de son visage, sa corpulence très proche. Un peu plus voûté cela dit.

– C’est rien, je t’offre un verre ? Pour te faire pardonner.

J’hésitai, puis jetai un œil vers la table ou le couple semblait être seul au monde, remarquant que leurs doigts s’étaient rapprochés tout en discutant, jusqu’à se lier. Mis à part les déranger, je ne leur serais que de mauvaise compagnie. J’acceptai. Cela ne m’engageait à rien de toute façon et le jeune homme semblait disposé à me tenir compagnie pour la soirée. Nous avons donc entamé une discussion de circonstance, sur notre présence ici et d’autres échanges sur nos goûts ou nos aspirations. Il ne manquait pas d’humour, ni même de charme, je devais l’avouer. Et surtout il se montrait plus chaleureux que celui avec lequel je l’avais confondu plus tôt.

Je n’aurais peut-être pas dû prendre de bière, car il me semblait par moment que le visage de mon interlocuteur changeait pour celui de Thomas. Décidément il fallait que je pense à autre chose et vite. J’émis le souhait de rentrer et en informai les deux tourtereaux. James, bien entendu proposa de me raccompagner, mais je ne voulais pas gâcher leur moment, je refusai. Nous n’étions qu’à quelques pâtés de maisons, j’allais juste me hâter à rentrer.

L’air frais couplé à l’alcool que j’avais bu me provoqua de légers vertiges et j’inspirai profondément pour tenter de les dissoudre. Même s’il faisait déjà nuit, il n’était pas si tard et l’on pouvait encore croiser du monde sur les trottoirs. Des couples ou de petits groupes d’amis essentiellement ainsi que quelques touristes tardifs. J’empruntai la voie la plus courte pour rentrer lorsqu’une moto me dépassa et s’arrêta quelques mètres plus loin. Je reconnus immédiatement la tignasse brune du garçon au bar lorsqu’il enleva son casque avant de se tourner vers moi.

– Je te ramène ? Tu habites loin ?

– Non non, c’est juste à quelques pas. Mais merci.

– OK. Ou alors un petit tour en moto ? J’ai un second casque !

Nous étions tout de même en octobre et je risquais de me retrouver congelée à l’arrière de cet engin. Sans compter qu’au fond, même s’il me plaisait beaucoup, je ne le connaissais que depuis peu. Henry, il s’appelait Henry. Un sourire ravageur, de ceux qu’il manquait à Holmes. Holmes ! Mais lâchez-moi par pitié ! Sortez de ma tête ! Finalement, un peu trop éméchée pour évaluer toute l’étendue de la chose, je montai derrière, enfilai le casque et nous voilà partis pour une balade motorisée à travers le Londres nocturne. Qui a dit que cela avait quelque chose de romantique ?

Là aussi, mes parents auraient fait des bonds s’ils avaient su cela. Et malgré mes dix-neuf ans, m’auraient interdit de sortie pour au moins un mois. Enfin, si j’avais encore vécu chez eux, ce qui n’était plus le cas. Pour le peu que je sortais de toute façon. J’en avais perdu l’envie à peine avais-je eus l’âge de m’y intéresser. À l’époque, j’accompagnais surtout Margareth, ma sœur aînée. Margareth...

Je me tins tout d’abord au manteau de mon conducteur, puis passai les bras autour de sa taille afin de m’assurer d’une meilleure prise, posant ensuite la joue dans le creux de son dos afin échapper à la morsure du froid sur mon visage. Le paysage défilant s’effaçait pour faire place à mes souvenirs. Elle était vive, joyeuse et terriblement amoureuse même si elle ne voulait dire le moindre mot sur l’élu de son cœur, le cachant à nos parents qui auraient forcément mis leur grain de sel, les connaissant. Aimants, à l’écoute, mais décidément très stricts par moments. Ils se seraient très rapidement assurés qu’il s‘agissait d’un garçon bien selon leurs critères et auraient mis leur veto s’ils avaient eu le moindre doute. Très fermés également concernant certains sujets, ils auraient rejeté quiconque n’aurait pas été digne de la rendre heureuse, mais également risqué de tacher sa réputation. Enfin, c’était l’idée.

Alors, lorsque je me rendis compte que Mallory, ce garçon si mystérieux qu’elle nous cachait à tout prix était en fait une fille... c’est là que tout a basculé. Cela n’aurait pas dû dévoiler son secret. Jamais je ne me serais douté qu’elle viendrait là et pourtant...

Henry s’arrêta non loin du London eye et coupa le moteur. Malheureusement cela tombait mal et il me surprit les yeux rougis.

– Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta-t-il.

– Non, ce n‘est rien, ce doit être le froid, mentis-je

– Je te ramène chez toi si tu veux.

– Oui, merci.

Il me déposa devant l’immeuble. Le premier étage était plongé dans l’obscurité tandis que la lumière du sous-sol était encore allumée. Thomas devait encore avoir de la peine à dormir.

Henry coupa son moteur lorsque je descendis. Et, au moment de lui rendre son casque, se pencha vers moi. Sans me brusquer, s’arrêtant à mi-chemin comme pour s’assurer que je n’allais pas le repousser vint juste m’embrasser brièvement, se reculant et souriant ensuite. J’étais un peu surprise, mais au fond, je devais m’y attendre. S’il m’avait proposé cette promenade, ce ne devait pas juste être pour passer le temps, mais pour tenter d’aller un peu plus loin. Et ce sourire ! Étirant le coin de sa bouche tout comme le faisait mon entêté de voisin. Je ne voyais qu’elle à vrai dire et n’étant pas encore bien dégrisée, je plongeais sur celle-ci. M’y attardant un moment, cherchant le réconfort apporté par ce baiser qui se fit plus hardi que je ne le souhaitais au départ. Mais étais-je bien en train d‘embrasser Henry ? Ou faisais-je un transfert parce qu’il me rappelait trop Thomas.

Finalement je m’écartais de lui, fis mes au revoir et rentrai avant qu’il ne s’éloigne. Un peu perdue par ce moment imprévu, je demeurai clé en main devant ma porte lorsque Thomas déboula de la cave. Oh… et il n’avait pas l’air des plus heureux.

– C’est à cette heure que vous arrivez ! James est rentré depuis deux bonnes heures déjà !

Je restais scotchée pour le coup. Voilà qu’il me faisait la leçon à présent.

– Vous n’êtes pas mon père ! De quel droit vous vous mêlez de…

– Et avec un motard en plus ! coupa-t-il, haussant le ton. Avec ce gel qui s’annonce, vous auriez pu avoir un accident sans compter que… vous ne connaissez même pas ce type. James m’a résumé la situation en rentrant. Et je peux vous assurer que vous n’avez rien à faire avec lui ! Avez-vous vu ses bottes ? C’est une marque très utilisée chez les bikers. Encore qu’il y en ait de fréquentables, mais pas de ceux possédant ce type de véhicule estampillé du symbole d’un gang très connu et particulièrement de la police. Non, mais êtes-vous folle !

Hein ? Un gang ? Ce gentil garçon ? Mais c’était lui qui devenait fou !

– Cessez d’analyser ainsi mes moindres faits et gestes et mêlez-vous de vos affaires ! Vous me surveillez en plus !

– Je ne vous surveille pas, vous étiez juste devant la fenêtre. À vous… bref !

Les mots ne sortaient pas. Il rumina à la place et je me doutai subitement que s’il avait pu voir ces détails sur l’engin d’Henry, il avait également assisté au baiser. Mais qu’importe, je ne lui devais rien après tout ! Qu’en savait-il de ce que j’éprouvais ? Ou alors arrivait-il à m’analyser si profondément qu’il connaisse jusqu’à la moindre de mes pensées mieux que moi. Je ne pense pas non.

– Je n’ai pas de compte à rendre, je vous signale ! Seriez-vous jaloux ?

– Absolument pas !

– Alors, cessez de vouloir diriger ma vie, elle ne vous appartient pas.

Je le voyais à sa mine, il ne laisserait pas tomber et je préférais m’engouffrer rapidement dans mon studio, lui fermant la porte au nez. Le pire dans tout cela fut qu’il avait sans doute raison à propos d’Henry, comme d’habitude.