Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 7


Cela faisait deux bonnes heures que Thomas s’était exilé seul dans le sous-sol. Des prélèvements avaient été effectués par la police, mais il avait tenu à en faire de son côté. Prétextant que cela irait sans doute plus vite pour obtenir des résultats. Forcément, s’il comptait y rester toute la nuit comme me l’avait soufflé James. Apparemment, cela arrivait souvent. Obstiné fut donc ajouté à la liste de ses qualités. Ou de ses défauts, question de point de vue.

Je retournais donc chez moi. Notre futur médecin ayant du travail lui aussi, mais concernant ses études et moi, le besoin de terminer un chapitre afin de laisser tout cela loin derrière et de me replonger dans toute autre chose. Mais arrivée à la relecture des dernières lignes évoquant les péripéties de mon héros au caractère de cochon, mes pensées revinrent sur l’original. Et surtout sur ce qui s‘était passé la veille. Même si l’arme n’était qu’un simple jouet au final, il n’avait tout de même pas hésité à venir en personne afin de s’interposer. Et ce, avant de s’en être aperçu. Difficile d’oublier cette image, lorsqu’il entra le plus naturellement du monde, trempé, tout en sachant pourtant quel risque il encourrait. Qui aurait fait une chose pareille plutôt que de simplement appeler la police et attendre qu’elle s’en charge ? Était-ce du courage ou un acte totalement irréfléchi de sa part ?

En attendant, j’avais conclu un marché sans vraiment y réfléchir. À croire qu’il avait profité de l’occasion le bougre ! J’avais beau me répéter que c’était totalement abusé de sa part, je n’arrivais pas à vraiment lui en vouloir. Pas après ce qu’il avait fait et quelque soit la façon, mais aussi parce que dorénavant, je ne serais plus seule chez moi pour dîner. Quitte à préparer à manger pour trois. Mais qu’il ne compte pas sur moi pour supporter tous les frais !

L’affaire du vol au British Museum fut classée. Tant du côté du laboratoire de la police que celui improvisé dans notre cave. L’on découvrit qu’une bactérie avait été introduite sous la cloche protégeant le parchemin. Et celle-ci vu l’âge très avancé du papyrus lui avait été fatale en quelques heures seulement. Ne laissant pas une trace. Un véritable tour de magie. Heureusement le conservateur ne fit pas d’attaque bien qu’il dû s’en mordre les doigts. Par contre, personne ne comprenait quel fut le mobile de cet odieux acte de vandalisme. Et sans mobile, pas de suspect. Un document aussi ancien détruit juste pour le plaisir ? Les garçons trouvaient cela trop simple, comme s’ils s’attendaient à une nouvelle infraction et Thomas demeura longtemps intrigué à ce propos.

Un mois entier s’était écoulé sans qu’aucun événement similaire ne se soit reproduit alors que chaque soir, j’allais faire la cuisine pour Thomas et James. Les écoutant débattre d’autres affaires tout aussi abracadabrantes et toujours élucidées comme si la solution leur semblait évidente. Ce qui devait être rarement le cas pour le commun des mortels. Dont moi.

Et pourtant, malgré ces journées pourtant bien remplies qui auraient pu achever n’importe quel homme normalement constitué conjuguées à des nuits de semi-insomnie, Thomas ne semblait pas satisfait. Comme en manque d’action, d’affaires à résoudre. Il ne tenait pas en place, jouait du violon comme à son habitude la nuit et je me surprenais parfois à l’écouter, m’asseyant au bas des marches, un plaid sur les épaules. Puisque de toute manière, je ne parvenais plus à dormir durant ces moments-là, autant en profiter.

Les cours se passaient plutôt bien. Lorsqu’une matière vous passionne, il est normal de s’y plaire. J’y retrouvais Mary lors des cours de littérature et nous comptions d’ailleurs travailler de concert pour une étude en binômes. Jusqu’au jour où, effectivement, ceux-ci devaient être formés et qu’elle ne vint pas. Après quelques appels en absences, elle décrocha enfin, m’annonçant qu’elle avait des problèmes, ne voulait pas m’inquiéter, que cela allait s’arranger puis éclata en sanglot au bout du fil. Elle qui semblait si forte de caractère, si joyeuse d’habitude, ce devait être sérieux.

Apparemment cela n’allait pas fort entre elle et ses parents selon ses brèves explications et ils l’avaient tout bonnement mis dehors. Par pudeur certainement, elle ne m’en avait pas dit plus. Mais je n’avais pas le cœur à la laisser dormir dans la rue, surtout pas en cette saison. Et même si nous nous connaissions que depuis la rentrée, j’imaginais m’entendre suffisamment bien avec elle pour la sortir de l’embarras. Du moins, temporairement.

Elle débarqua donc en fin d’après-midi, tombant pile-poil avec les garçons rentrant au bercail. Et forcément, après ses remerciements, les questions tombèrent.

– Tu ne m’avais pas dit que tu vivais pratiquement avec deux garçons. Et ils sont pas mal en plus. Je ne saurais lequel choisir ! Ils sont gays ?

– Pas que je sache, non.

– Tant mieux. Tu pourrais me présenter ? Oh, mais attend ! Tu ne sors pas avec l’un des deux si ?

– Non, rassure-toi, souriais-je. James est adorable et plus protecteur qu’intéressé, je crois. Quant à Thomas…

Je m’arrêtais net.

– Quant à Thomas ? poursuivit-elle. Qui est qui ? Thomas, c’est le grand, froid comme un iceberg ?

J’hochais de la tête. Elle avait vu juste.

– Il n’est pas méchant, mais… un peu trop direct. Et orgueilleux, obstiné et…

– Et terriblement chou non ? Rassures-toi, s’il te plaît à ce point la, je ne le regarderai même pas !

– Ah non non ! Cela n’a rien à voir, tentais-je de me défendre, persuadée qu’effectivement il m’agaçait bien plus qu’il ne me tentait.

Et pourtant… j’en avais fait le héros de mon livre et passait beaucoup plus de temps que je voulais l’admettre à ressasser tous ses travers. Bref, à songer à lui, tout simplement. Mais pas en allant jusque-là. Si ? Mary ne semblait pas le moins du monde convaincue et me regardait, sourire aux lèvres.

– Tu ne m’avais pas dit que vous dînez ensemble tous les jours ? Je peux venir avec vous ce soir ?

Mary et moi préparions donc le dîner pour quatre, piochant dans mon propre budget cette fois puisque je leur imposais presque ma camarade. Elle fut relativement bien accueillie lorsque nous nous sommes présentées, plats en main et prêts à être mis au four. James pour le moins ravi de voir une nouvelle présence féminine et Thomas… pareil à lui même. J’aurais parié qu’il allait lui faire une démonstration comme il savait si bien le faire, mais son ami lui avait certainement recommandé de s’abstenir lors d’une discussion à mi-voix qu’ils eurent alors que nous étions en cuisine.

– Ce sont des lasagnes au poisson !

– Extra ! James adore les fruits de mer ! répondit Thomas un rien ironique.

– Ne faites pas attention, c’est une sorte de boutade entre lui et moi.

Le ton était donc donné dès le début de la soirée.

Je me retrouvais ensuite attablée face à ce grand brun piochant dans son assiette et restant étrangement silencieux. Bien que je remarquais qu’il lançait des œillades vers la nouvelle venue tandis que nos amis respectifs entretenaient joyeusement la conversation. Le courant semblait étonnamment bien passer entre James et Mary. Du moins, jusqu’à ce qu’un bruit de fourchette bruyamment entrechoquée avec le bord de l’assiette suivit de toussotements vienne les couper en plein vol. Bon, il s‘était retenu un moment, c’était déjà pas mal.

– Désolé, murmura-t-il simplement.

– Vous n’appréciez pas ? m’informais-je aussitôt.

– C’est juste… déroutant. Veuillez m’excuser.

Déroutant ? En quoi nos lasagnes étaient déroutantes ? Il quitta la table avant de se jeter sur son ordinateur portable, nous tournant le dos comme s’il nous boudait purement et simplement.

– Je ne savais pas qu’il n’aimait pas le poisson, chuchotais-je.

– Il aime ça d’habitude, s’étonna James.

J’allais donc lui apporter son assiette afin qu’il la termine. Finalement, peut-être ne voulait-il simplement pas de compagnie. A moins que de voir son ami flirter avec Mary l’indisposait. Une idée qui ne me réjouit guère et que je chassai au plus vite. Mais avant de rejoindre ma place à table, il m’interpella.

– Élisabeth ?

– Oui ?

– Non, rien.

Il me tourna le dos et termina son plat dans son coin, nous ignorant le reste de la soirée. Quand je disais qu’il était bizarre.