Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 6


Inspecteur Holmes. J’ai failli de nouveau défaillir en entendant ce nom. Il s’agissait du frère aîné de notre analyseur en chef. Ayant compris la situation via mon téléphone, Thomas était arrivé ventre à terre tandis que James s’était chargé de l’avertir. Ils n’avaient pas traîné.

Menotté, le type aux couches-culottes pleurnichait à son tour, assis à l’arrière d’un véhicule de police. Et malgré ce qui s‘était passé, un peu plus tôt faisait peine à voir. Si effectivement Holmes avait raison, il allait être mis aux arrêts et ses deux enfants récupérés par les services sociaux.

Une couverture fournie par les forces de l’ordre posée sur les épaules et la tête, il me fit traverser la rue et me ramena jusqu’à chez lui. Suivi peu de temps après par l’inspecteur venant prendre connaissance des faits plus au calme. Ils m’avaient installée dans leur canapé. Et comme il n’y avait effectivement plus un gramme de thé chez eux, James prépara des chocolats chauds instantanés à la place. Je ne m’en plaignis pas.

– Tu peux rester dormir là si tu veux, proposa-t-il également.

Même si ma mère aurait hurlé de me savoir à passer la nuit dans l’appartement de deux garçons, je n’eus pas le cœur à refuser et nulle envie de me retrouver seule à ressasser cette soirée.

Thomas commanda des pizzas, me faisant confirmer le marché conclu de tout à l’heure, mais pour une prochaine fois. Je n’eus pas non plus la force de le contredire lorsqu’il choisit pour moi. De toute manière, là aussi il avait vu juste sur mes goûts, je ne cherchais plus à comprendre. À partir d’aujourd’hui, il m’avait définitivement convaincue que ce n’était pas nécessaire. Devin, mentaliste ou surdoué, il avait raison, il ne se trompait jamais.

Je restais donc la, dans leur salon, n’ayant pas bougé de la soirée ni de la nuit. Mis à part la couverture humide remplacée par un plaid aux bons soins de James.

– Merci, tu es gentil, lui avais-je signalé.

– James est toujours gentil, c’est une vraie maman poule, ironisa Thomas.

Le seul bon point apparaissant à l’horizon fut qu’aucun d’entre nous n’avait cours le lendemain. James s’endormit, livre à la main dans l’un des fauteuils tandis que Thomas parcourut le net une bonne partie de la nuit. Son ami m’ayant apprit que son cerveau toujours en ébullition l’empêchait souvent de dormir. Lorsque je revins à moi le lendemain, la pièce embaumait d’une odeur familière qui avait du leur manquer. L’un d’eux ayant finalement terminé ces fameuses courses et ramené du thé. Une tasse apparu sous mon nez à peine redressée.

– Vous voulez nous accompagner ? demanda Thomas avant de s’asseoir dans le fauteuil face à moi. Cela vous changera les idées.

Il tenait encore à me vouvoyer après tout ça. Et ce n’était pas moi qui allais faire le contraire. C’était une particularité de l’éducation que nous avions reçue, ma sœur et moi. Et si James en était venu rapidement au tutoiement, que je suivis donc puisque ce fut comme s’il m’autorisait à le faire, Thomas demeurait insistant sur ce « vous ». Était-il de souche noble ou avait-il reçu une éducation proche de la mienne ? Mystère.

– Vous accompagner où ?

– Au British Museum. Ils ont un souci avec l’un des parchemins mis en exposition. Il aurait été volé.

– Et en quoi cela vous concerne ? Il n’y a que la police qui pourrait s’en approcher s’il y a eu vol non ?

– Oui ! Et non, reprit James. Il a disparu, mais il n’y a pas eu vol. En tout cas pas de traces. Et effectivement c’est la police qui est censée s’en charger. Mais il arrive… disons parfois... que sur de petites affaires un peu tirées par les cheveux, l’on vienne consulter Thomas.

– Disons souvent, acheva l’intéresser avec une pointe de fierté qui ne me surprit guère.

Mais au fond, ils avaient raison, cela me ferait du bien de m’aérer un peu et puis c’était tout de même le British Museum ! Ce genre d’endroit qui malgré toutes les bonnes résolutions n’était visité que lors des sorties scolaires et les quelques rares fois où l’on recevait une connaissance visitant la capitale. Le temps de prendre une douche et de me changer et nous voilà partis.

Dès l’entrée, Thomas nous présenta comme étant attendu par un inspecteur nommé Lestrade et l’on nous escorta vers une partie du musée temporairement fermée aux visiteurs vu les circonstances. L’accueil n’était pas des plus conviviaux, au contraire, j’eus subitement l’impression que notre présence dérangeait.

– Et qui est cette personne, demanda l’inspecteur en me désignant du menton.

– Notre cuisinière, fit Holmes tout en restant des plus naturels.

Heu oui, merci, et puis quoi de plus normal d’emmener sa bonne sur le lieu d’un vol.

Mais l’inspecteur ne prit pas plus en compte cette réflexion que cela. Il me jeta juste un regard, navré et résuma la situation. Après l’épisode de la supérette, il me semblait être prêt à tout, mais d’assister au débriefing d’un inspecteur de police envers les trois simples étudiants que nous étions avait un côté surréaliste. Écoutant d’une oreille, je profitai donc malgré tout de l’opportunité de laisser traîner mes yeux. Nous étions dans la salle regroupant des ouvrages si anciens qu’un simple éternuement direct pourrait les faire tomber en poussières. Enfin façon de parler, mais l’idée y était. Heureusement que tous étaient protégés par des vitrines voire des cloches individuelles.

Thomas observa donc celle où se trouvait l’ouvrage, mains dans le dos et l’air absorbé. Il ne restait que le présentoir, vide. James quant à lui lu à voix haute la note explicative destinée aux visiteurs.

– Il s’agissait d’une page de parchemin faisant partie d’un manuscrit vieux de plus de 3.000 ans selon les expertises. Retrouvé dans la tombe d’un prêtre vers 1930 au temple de Karnak.

– Il n’y a aucune trace à l’intérieur et le verre n’a donc pas bougé. Le seul moment où il aurait pu être volé est durant les quelques minutes de panne électrique qu’il y eut vers les deux heures du matin. Et il racontait quoi ce parchemin ?

Toujours aussi concentré, Holmes avait fait le tour de la cloche pour la troisième fois, s’accroupissant à présent afin d‘avoir le visage à hauteur de son support.

– C’était un extrait du Livre des morts.

– Sympathique, fis-je. Il a dû retourner en poussière au final

– Que dites-vous ? fit-il, se redressant subitement.

J’hésitais à répéter de crainte d‘avoir dit une énormité, mais il insista, me faisant céder. Il avait l’air en transe l’instant d’après.

– Si l’on estime qu’en fait le parchemin n’a pas été volé, mais aura été détruit sans laisser de trace... Le conservateur va en faire une attaque. Encore faut-il comprendre comment.

– Un objet de cet âge est très fragile et c’est d‘ailleurs pour cela qu’on les maintient sous verre, s’engagea James. Mais de là à disparaître totalement...

– Oui, je sais, mais il n’y a aucune trace qui… quoique…

Il tenta de soulever le socle, ce qui déclencha automatiquement l’alarme, m’obligeant à porter aussitôt les mains sur les oreilles. Mécontents, les agents de police sur place firent cesser ce vacarme, nous lançant ensuite quelques œillades peu amicales.

– Au moins, cela nous confirme que le système est toujours activé, assura James.

– Oui, sauf au moment de la panne et le fait que la cloche n’ait pas bougé ne signifie pas que l’on n’y ait pas touché.

L’alarme coupée, il souleva la protection de verre, James se précipitant pour l’y aider avant de la déposer avec précautions au sol.

– Regardez, juste ici à la base, presque dissimulé par le rebord du socle, le verre a perdu un éclat. Juste assez gros pour y faire passer une fine paille.

– Et le voleur aura alors aspiré le parchemin par ce trou ? fit la voix de Lestrade revenu vers nous.

– Non, mais il aurait pu insuffler quelque chose à l’intérieur, faisant ainsi disparaître le papyrus. Pas un liquide corrosif, car cela aurait laissé des auréoles sur le support, mais je songe plutôt un gaz. Quant à l’aspiration des restes, la vous avez peut être tout bon. C’est à vérifier.

– Quoi ! Ça veut dire que le parchemin serait détruit ! Le conservateur va faire une attaque.