Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 5


Non. Décidément cela ne collait plus. Et je me retins d’effacer pas moins de trois chapitres entiers sans aucun remords. Puis, plus posément, je revins à les lire et voir cela plus objectivement.

J’étais un jeune auteur. Oh pas de célébrité en vue, mais les éditions numériques se vendaient… gentiment, ce qui aidait en partie à payer mes factures. En partie seulement. J’ai toujours aimé écrire, mais plus encore depuis ces deux dernières années. Je reviendrai sur le pourquoi plus tard, car la raison n’est pas très heureuse et je n’aime pas m’y attarder. Et la… mon manuscrit en cours avançait bien, mais… oui Thomas Holmes avait raison, j’étudiais la littérature romantique et j’en écrivais. Mais cela, je me gardais de lui avouer, je n’avais pas très envie qu’il en analyste le moindre passage. D’ailleurs, je le voyais mal comprendre ce genre de sentiments, il avait l’air si froid la plupart du temps.

Mais le personnage principal de mon histoire, faisant au départ figure de chevalier au caractère parfait penchait de plus en plus vers l’arrogance, le cynisme et accentuait ses discours de trop d’éléments critiques. En fait, il était devenu Holmes ! Non ! Qu’avais-je fait de mon doux pourfendeur de dragon sauveur de princesse ? Enfin façon de parler puisqu’il ne s‘agissait pas tout à fait de cela. Mais au final cela lui donnait plus de profondeur et sans doute que de le haïr un peu lui enlevait cette impression de perfection creuse qu’il avait au début. Bref, me voilà à hésiter sur le fait de reprendre du début afin d’en modifier son caractère. Me retrouverais-je face à un second Thomas, fier et orgueilleux sur sa monture, prêt à démontrer par A+ B tous les travers de son ennemi plutôt que de l’assaillir ?

Je laissais cela de côté pour le moment, prête à affronter l’original d’ici à quelques minutes. Mary m’avait demandé de l’aide, il me fallait scanner quelques feuilles de notes et les lui envoyer par mail, je montai donc avec le nécessaire ainsi qu’une clé USB, ayant repéré malgré le désordre en haut, ce qui ressemblait à l’appareil indispensable pour ça.

James vint m’ouvrir, un doigt sur la bouche me signifiant de ne pas parler trop fort. Quant à Thomas, il était affalé dans l’un des fauteuils, la tête complètement en arrière et semblait dormir. Lorsqu’il ne faisait pas de longues tirades analytiques, il pouvait être mignon en fait. Bien que ce fut de courte durée puisqu’il se releva prestement, me faisant presque sursauter. Loin de somnoler, il était en pleine concentration.

– C’est pour quoi ? fit-il un peu brusquement.

Apparemment, il n’aimait pas être dérangé dans ces moments-là. Un peu comme moi lorsque je tentais de dormir et que l’on jouait du violon à quatre heures du matin, je pouvais le comprendre. Je lui expliquai l’objet de ma venue et James, toujours dans un souci de faire passer l’humeur de son ami, accepta de me scanner le tout et de me les redescendre ensuite.

– Merci, merci beaucoup et désolée du dérangement. Je vais en profiter pour faire quelques courses au coin de la rue. Il ne vous faut rien ? demandais-je au plus agréable des deux.

– Heu non merci, on a ce qu’il faut, je m’en suis chargé après les cours.

Et me voici donc dans la petite boutique non loin de là, à débattre avec moi même sur l’intérêt de prendre telles céréales plutôt que d’autres. Dehors, le ciel s’alourdit de nuages gris n’hésitant pas à s’éventrer juste au-dessus du quartier, me laissant soupirer longuement. Moi qui étais descendue sans parapluie. Lorsque j’arrivai à la caisse, un homme entra et secoua le col de sa veste que la pluie avait percé. Il était nerveux et fila droit dans l’un des rayons. Rien d’anormal en soi si ce n’est la mélodie au piano jouant Moolight sonata qui retentit à ce moment la. C’était la sonnerie de mon téléphone, numéro inconnu.

– Allo ?

– Du thé ! me fit une voix.

– Pardon ?

– Prenez du thé.

Cette façon de me vouvoyer et ce ton me mirent directement sur la voie.

– Thomas ? Comment avez-vous eu mon numéro ? Et puis, vous en avez non ? James est allé en acheter cet après mi…

– File-moi tout c’que t’as ! trancha la voix de l’homme trempé de tout à l’heure.

Absorbée par l’appel, je n’avais pas prêté attention, mais l’autre client était revenu et pointait un revolver vers la tête du caissier, sommant de lui remettre de l’argent. Pourtant un simple coup d’œil sur les affichages au mur lui aurait mis la puce à l’oreille. Impossible, il n’y avait pas de liquide ici, tout se réglant par carte ! Pourtant il insistait, c’était invraisemblable. Tout autant que le paquet de couches qu’il tenait sous le bras.

– Élisabeth ? fit la voix au téléphone.

Y répondre ne serait sans doute pas l’idée la mieux venue alors que finalement, c’est moi qu’il vint à braquer. Je levai les mains. L’envie de pleurer me montant aux yeux, mais rien ne sortait. Cela pourrait se terminer si vite, si bêtement, comme ça d’un simple coup de feu un soir de septembre en faisant de stupides courses.

– Pose le téléphone et file ta carte ! Ton code ! beugla-t-il.

Comme si j’allais refuser, comme si ensuite j’allais le laisser prendre tout ce qui s’y trouvait sans me ruer sur le numéro du Stop-card, comme s’il allait me laisser vivre et non tirer afin d’empêcher cela, juste pour une somme équivalent à de quoi manger le reste de ce mois. Mon hésitation se fit longue, trop longue, mais je demeurai tétanisée devant cette arme, me rendant subitement compte à quel point j’avais pu être fade à décrire ce genre de situation dans l’une de mes histoires.

Une violente rafale rabattit les gouttes de pluie contre la vitrine, l’on voyait à peine au-dehors à présent et je restais figée. Il était revenu entre temps vers le caissier qui ne fit que confirmer ce qui était évident, il ne pouvait simplement rien lui donner. Puis se tourna de nouveau vers moi. Il avait l’air plus perdu que réellement enragé, mais était-ce mieux au final ?

La porte s’ouvrit et Thomas Holmes entra dans l’épicerie, secouant sa tignasse trempée qui virait presque au noir pour le coup et pestant contre le temps changeant. Et comme s’il ne se passait rien d’anormal, vint à demander un paquet de cigarettes au gérant. C’était juste irréel. Nous étions deux personnes, mains en l’air tandis qu’une troisième nous menaçait et lui, il… achetait de quoi fumer !

– Hé ! Qu’est-ce que tu fous ? Ton portefeuille ! Vite !

Thomas, plutôt que de lui répondre l’observait, il avait cet air que je commençais à connaître, mais était-ce le moment d’analyser si ce type préférait les comédies romantiques ou les polars rien qu’a sa coupe de cheveux ou que sais-je ? Il fit son sourire en coin puis se détourna, comme si l’arme et les intentions de l’homme lui étaient invisibles. Réitérant sa commande. Était-il fou ou juste suicidaire ? Le braqueur quant à lui, forcément, s’énerva un peu plus, tremblant presque de la main le menaçant, ce n’était pas bon signe. Mais lui gardait un calme incroyable.

– Élisabeth ? Vous avez pensé à prendre du thé ?

Il était sérieux là ? Je lui fis juste un signe de tête et cela sembla l’inciter à continuer dans son délire.

– Au fait, vous savez cuisiner ? Je suis sûr que oui. Voyez-vous ni James ni moi n’avons ce talent, nous pourrions peut-être convenir d’un marché ?

– Qu... quel marché ? fis-je, entraînée dans son petit jeu, complètement abasourdie.

– Je fais le nécessaire et vous vous chargez de faire la cuisine pour nous ? Marché conclu ?

En d’autres temps, j’aurais protesté, lui signalant que je n’avais rien d’un service d’étage, mais sur le coup, j’avoue que je ne su que répondre. Et il insista, me fixant d’un air très sérieux cette fois alors que l’homme hurlait presque qu’il allait nous descendre si nous ne cessions notre cirque.

– Marché conclu, fis-je afin qu’il cesse de jouer ainsi avec nos vies.

Faire le nécessaire ? À quoi bon ? Que pouvait-il faire ? Pourtant il se tourna vers l’homme armé. Oh non, il n’allait tout de même pas ! Hé si...

– Vous devriez baisser cette arme avant que la police n’arrive, car elle est en route. Attaque à main armée même avec ce vulgaire jouet pourrait vous valoir un séjour en prison suffisamment long pour ne plus voir votre enfant avant un moment. Car… un paquet de couches, oui la rien de difficile à cela, une trace de lait caillé séché sur votre épaule. Vous ne comptez pas les payer, j’imagine ? Et même si les temps sont durs et que vous peinez à l’élever seul puisque vous vous chargez de le nourrir vous-même et que personne n’a remarqué cette tache avant moi, rappelez-vous qu’il y a toujours mieux à faire que de tomber dans la délinquance. Maintenant, donnez-moi cette arme.

– Tu vas voir si c’est jouet ! reprit l’autre, qui plutôt que de l’écouter le mit plus évidemment en joue.

– Bien bien. Un bâtard je dirais.

– Quoi ? hallucina l’homme.

– Votre chien. Vu vos moyens j’imagine que ce ne doit pas être un chien de race. Malgré tout vous l’avez acquis récemment. Pour faire plaisir à un second enfant plus âgé ? Raison de plus pour ne pas aller plus loin. Mais bref. Ce chien est encore jeune et tend non seulement à perdre ses poils sur le bas de vos pantalons, mais à mordiller tout ce qui se trouve à sa portée. Dont le bout de vos chaussures et le canon de votre arme notamment. L’on y distingue de très petites traces de dents. Et une arme réelle ne pourrait être marquée à ce point. Jolie imitation cela dit.

J’en lâchai mon panier de course face à tant de culot. Pourtant le braqueur ne fit pas preuve de bonne volonté pour autant. Et comme je fus la seule à portée, je me retrouvais à mon grand malheur, prise en otage.

– Si la police débarque, je la bute !

J’en étais au bord de l’hystérie, prêt à insulter Thomas de tous les noms qui me passeraient par la tête d’avoir poussé ce type à bout plutôt que de simplement le laisser partir et se débrouiller avec une carte sans trop d’intérêt. Mais la panique eut, de nouveau, tendance à me laisser sans voix. Le fixant, le suppliant du regard de surtout cesser son petit jeu. Qui plus est, il n’avait pas menti, les sirènes et gyrophares de police se firent entendre à l’instant même.

– Soyez raisonnable, donnez-moi votre arme.

Il ne se démontait pas, faisant preuve d’un parfait sang-froid tout en tendant sa main vers le type, vers son arme pointée vers ma tête !

Au dehors, une voix somma de jeter cette arme justement, centre d’intérêt de tous ce soir et de sortir mains en l’air. Mais personnellement, je pariais qu’il n’allait certainement pas obtempérer et que j’allais devoir le suivre. Au moment où il fit le premier pas, empruntant cette voie évidente, Holmes se jeta sur lui.

Je m’attendais à tout. Un coup de feu. Plusieurs. Des morts. Du sang. Qui serait touché ? Thomas ? Même s’il m’agaçait il ne méritait pas ça. Jamais ne me serais pardonné d’être encore mêlée à la mort de quelqu’un, même aussi prétentieux. Je me reculai, tombai à terre, mes jambes m’ayant lâchée ainsi que mes nerfs et c’est contre une épaule que je me retrouvais à sangloter une minute plus tard alors que la police déboula dans la boutique, emmenant l’homme au paquet de couches.

– Ça va aller, c‘est fini. N’avais-je pas dit qu’il s’agissait d’un faux revolver ?

– Vous aviez raison ?

Je me rendis compte que j’étais ni plus ni moins dans ses bras, à me faire consoler. Alors le type sans cœur qu’il était pouvait-il faire preuve d’un peu de chaleur humaine ?

– J’ai toujours raison.

Peut-être… mais pas forcément d’une grande humilité.