Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 4


Les premiers jours de la rentrée étaient derrière nous et je m’adaptais à ce nouveau rythme. Entre les cours, le travail à la maison qui en résultait et mes écrits, je ne m’en sortais pas trop mal. L’idéal aurait été de trouver un petit emploi le week-end, car même si tante Molly me fit grâce du loyer, j’avais tout de même tous les frais vitaux à assumer. Mais cela m’empêcherait d’écrire pleinement. Mes parents m’aidaient de leur côté, mais cela me gênait un peu que de devoir dépendre d’eux. Question de fierté.

Quant à mes deux voisins, discrets n’était pas mot le plus approprié pour les définir, mais au moins ils ne causaient aucun dégât. Entre les séances de violon parfois en pleine nuit de Thomas Holmes – quoi qu’il fut plutôt doué, mais je n’avais pas le sommeil mélomane – et ses allées et venues entre son appartement et le sous-sol qu’il avait aménagé, certaines nuits s'avéraient relativement courtes.

Et en parlant des sous-sols, il fallait voir ce qu’il en avait fait ! Cela oscillait entre un laboratoire et l’arrière-salle d’une boutique de bizarreries. Autant dire que je ne m’attarderai plus jamais sur ce que contiennent certains bocaux entreposés là-dessous. Plus depuis que je compris que certaines de ces « choses » gardées dans des liquides jaunâtres furent vivantes un jour. Si, au départ, je pensais qu’il s’agissait de sujets d’étude de James, qui souhaitait devenir médecin, il n’en était rien. Non, c’était en fait des expériences de ce cher Thomas. Comme d’évaluer le temps d‘incubation d’une poêlée de larves de mouche ou l’effet de l’eau salée sur des globes oculaires.

Mais je devais avouer que ce voisin aux tendances trop franches n’avait pas tort, l’immeuble était bel et bien vétuste. Et c’est un beau matin, avant que je ne parte en cours qu’une défaillance du système électrique de ma kitchenette fit griller ma bouilloire électrique. Littéralement.

Bien des fois, James m’avait assuré qu’en cas de soucis et afin de garder de bonnes relations de voisinage, je pouvais toujours venir les voir. Des deux, il était le plus prévenant, rattrapant les bévues de son compagnon. Je m’aventurai donc jusque là, frappant à une porte déjà entrouverte.

Leur appartement était scindé en deux, ils devaient donc emprunter l’escalier commun. Je compris rapidement que, puisqu’à part moi, tapie dans mon studio, il n’y avait personne d’autre vivant ici, ils n’étaient pas très portés sur les portes fermées. Surtout dans l’agitation du matin. Je n’étais plus montée depuis leur emménagement et effectivement, la tonne d’affaires chargée dans les lieux n’avait pu trouver place. C’était un vrai fouillis ! Des piles de livres posés un peu partout, y compris jusque sur le rebord de la fenêtre, et bon nombre de caisses encore laissées en état.

Une vieille légende disait que les garçons n’étaient pas vraiment doués pour le rangement, et je pensais jusqu’alors que ce devait être infondé. Mais finalement non, ils avaient dû simplement entendre parler de ces deux-là.

– Bonjour ! James ? Ça va ? Je peux me servir de votre bouilloire ? La mienne vient de me lâcher, fis-je tout en exhibant ma boite à thé, proposant qu’en échange du coup de main, je pouvais en préparer pour tout le monde.

– Ah ! Oui bien sûr. Et en même temps, tu nous sauveras la vie ! Nous n’avons plus de thé depuis que… en fait on ne l’a pas encore retrouvé. Et comme je n’ai pas trop le temps de faire les courses et que Thomas… enfin, c’est Thomas… cela fait deux semaines que nous en sommes à nous jeter sur les distributeurs de l’unif’ ou du métro.

– Faux ! nous surprit une voix derrière nous. Nous ne l’avons pas perdu, j’en ai juste eu… besoin… pour une expérience.

Thomas apparu, les cheveux mouillés, une serviette autour de la nuque, les mains tenant les deux extrémités comme il le faisait avec son écharpe. Et le bougre n’avait même pas pris le temps de fermer sa chemise ! Offrant à ma vue sa peau claire et d’une pilosité clairsemée. Et pour le peu que je connaissais de lui, mieux valait ne pas savoir ce qu’il avait voulu en faire. De toute façon, je préférai m’affairer dans la cuisine avant d’être totalement en retard.

– Tu aurais pu aller en acheter au moins. Ou me prévenir, cela aurait évité que je le cherche partout.

– Oui. Mais… cela m’a échappé. Du nouveau sinon ?

– Oui si l’on veut, ton frère nous a laissé un message, une histoire de vol dans un musée.

J’écoutai tout en patientant, n’étant qu’à quelques pas, rien ne m’échappait. Surtout pas Holmes se précipitant sur le portable avec plus d’entrain qu’un gamin sur son cadeau à Noël. Et quelques instants plus tard, le voici qu’il frappe dans ses mains, se faisant tournoyer sur la chaise de bureau.

– Ah ! Enfin quelque chose de concret, je commençais à m’ennuyer ! J’irai jeter un œil cet après-midi. J’imagine que tu ne pourras pas te libérer James ?

– Non pas aujourd’hui, je serai à l’hôpital.

Puis il se tourna vers moi. J’eus l’impression que sa proposition fut faite dans la foulée et non parce qu’il souhaitait vraiment me traîner là-bas. Et puis, pour quoi faire ? Depuis quand un vol était une affaire de criminologie ?

– Vous non plus Miss Hudson ?

– Heu non, sans façon, j’ai… des choses à faire, fis-je sans m’attarder sur le sujet.

Une fois le thé prêt et avalé – non sans se brûler un peu vu l’heure – je filai prendre mon métro.

Je devais avouer que ce garçon était déroutant par moment et il me sembla le retrouver dans l’un des cours de la matinée sous les traits d’un personnage de romance au caractère bien trempé lui aussi, à la limite de l’insupportable. Et pourtant, bizarrement, puisque j’en étais aux aveux, lorsque l’on se penchait sur ce genre de type, que l’on grattait un peu afin de découvrir son vécu, il en devenait attachant.

L’on me tira subitement de mes rêveries, juste avant que la cloche ne signale la fin des cours. C’était une jeune fille qui, parfois venait s’asseoir près de moi, auburn avec des yeux bleus en amande et un sourire engageant. Et jusqu’à présent, nous ne nous étions échangés que des mondanités de base.

– Excuse-moi, mais je suis arrivée en retard en début de cours et… cela ne t’ennuie pas de me prêter tes notes ce midi ? Ou peut-être de me les scanner si tu peux. Je te file mon mail.

À courir entre les cours et la suite de l’un de mes chapitres, je ne m’étais pas encore bien attardée sur de nouvelles connaissances. Et Mary, puisqu’elle se désigna sous ce nom, tombait à pique, m’évitant de trop m’attarder à analyser ce Holmes comme lui ne se serait pas gêné de le faire avec moi.