Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La cavale - 1


Alexandre.

Elle ne m’avait pas vraiment laissé le temps de réfléchir, mais maintenant que je courrais derrière elle, à tenter de la rattraper, j’en avais l’occasion. Père serait furieux et la punition sévère, mais j’étais suis prêt à l’assumer. Avant je devais la rattraper avant qu’elle ne fasse une bêtise.

– Angèle !

J’avais beau l’appeler, elle ne ralentissait pas. Lorsque je pensais aux heures passées à courir afin de devenir plus rapide et plus endurant cet été. Elle courrait plus vite que moi ! Mais où avait-elle appris à courir si vite ?

L’histoire qu’elle m’avait racontée en me voyant tout à l’heure en était la cause. Sa mère lui avait ordonné de faire ses malles, elles quitteraient Paris demain. Demain ! Pour toujours ! Ni elle ni moi ne voulions cela ! La noce avait été annulée, je ne savais pas pourquoi, elle non plus. Elles n’avaient plus un sou. Angèle devrait aller vivre chez son oncle, elle n’aimait pas son oncle et plus encore, elle ne voulait pas partir d’ici. Et je la comprenais.

Nos petits secrets échangés sous l’étalage, jour après jour, nos fous rires masqués afin de ne pas se faire repérer. Angèle était devenue mon amie. Et dire que je devais lui annoncer mon départ pour la campagne dans quelques jours. Mais l’on se serait revu à l’automne ! Son départ à elle avait quelque chose de définitif !

– Angèle, je t’en prie arrête-toi ! Nous ne devrions pas être ici !

Depuis tout à l’heure, elle se heurtait aux passants ou aux étalages, comme si elle ne les voyait pas. Jusqu’à prendre par une rue où je n’étais jamais allé et continuer jusqu’à ce que les pavés semblent usés et déchaussés, risquant de la faire trébucher. Finalement elle s‘arrêta, se jetant presque contre un mur, pleurant à chaudes larmes et manquant de souffle. Se laissant aller jusqu’à se retrouver à genou au sol.

Je voulais tant la rassurer, lui dire que j’en parlerais à mon père ou que sais-je. Il pouvait régler bien des choses avec sa fonction ou sa fortune. Mais nos parents se haïssaient.

Ne sachant comment réagir si ce n’est qu’en pareil cas, ma mère m’aurait consolé, me prenant dans ses bras, je fis la même chose avec elle. Cela me gênait un peu.

– Tu es mon amie Angèle, nous nous écrirons tous les jours si tu veux.

Je me rendis compte trop tard que c’était un mensonge, l’on ne nous laisserait pas cela non plus. Je comprenais mieux maintenant pourquoi Père ne voulait pas que l’on se parle. Parce que tôt ou tard, cela se serait terminé de cette façon. J’aurais voulu lui dire que nous allions nous revoir un jour, mais même cela était un mensonge. À vrai dire, je n’en savais rien du tout.

– Mais à quoi pensais-tu ! Où veux-tu aller comme ça ?

– Je ne veux pas partir demain avec ma mère, je veux rester à Paris et que rien ne change. Je vais trouver un travail et je resterai.

– Un travail ! Mais Angèle, tu n’as que huit ans tout comme moi ! C’est impossible !

– Si c’est possible ! J’ai vu dans les cuisines du Duc, une petite fille qui travaillait comme aide. Moi aussi je travaillerai dans une cuisine.

– Mais cela ne se fait pas comme ça ! Et puis il y a ta mère ! Elle va vouloir te chercher.

Sans compter mon père qui sera bientôt informé. Je la gardai contre mon épaule, observant autour de nous. Nous étions dans un quartier que je ne connaissais pas du tout. L’un de ceux où je ne devais pas me rendre, jamais, même avec Simone. C’était sale, délabré et à quelques mètres de nous, un vieil homme était allongé sur le sol. Je ne savais pas s’il était mort ou endormi. Mais l’on ne devait pas rester ici.

– Vient Angèle, on va en parler encore si tu veux, mais on doit partir d’ici.

J’arrivai à la faire se relever et passai un côté de ma cape sur ses épaules. Elle était sortie vêtue uniquement de sa robe et reniflait à présent. Je cherchai alors un mouchoir à lui donner.

– Tiens, ne pleure plus, on va en parler à mon père. Il saura peut-être lui. Te souviens-tu par où nous sommes arrivés ? Je ne reconnais rien ici, lui fis-je finalement, me sentant complètement perdu.

Nous marchâmes un moment dans les rues, évitant les regards suspects jusqu’à croiser une femme devant sa porte qui nous arrêta. Confiant, je lui demandai notre chemin et lui racontai que nous nous étions perdus. Elle nous regarda de la tête aux pieds et soudainement, eut des allures de mère poule.

– Mes chéris ! Vous devez être fatigués tout perdus que vous êtes ! Entrez, je vais faire venir de l’aide, il retrouvera vos parents. C’est promis.

J’hésitai un moment, mais Angèle avait l’air fatigué. Avant de refermer la porte sur nous, elle interpella un homme avachi sur un tonneau devant une façade voisine.

– Va me chercher Jean-Pourri, dis-lui que j’ai trouvé deux adorables oisillons tombés du nid.