Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Petite Angélique, sous l’étalage, deux petites pommes


Alexandre.

J’avais dû me résigner et passer les après-midi à étudier. Père m’emmenait deux fois par semaine au quartier des mousquetaires afin de les observer et de profiter d’un coin de leur salle d’entraînement. Même si mon fleuret était fait d’un bois taillé très finement et qui se brisait bien souvent, il m’apprit les bases de l’escrime. J’étais fou de joie lors de ma première leçon.

J’y rencontrai de ceux dont les noms étaient cités en exemple pour leur courage et leur dextérité, amis de mon parrain lui-même mousquetaire et ne pouvais m’empêcher de souhaiter qu’un jour, moi aussi je possède ces qualités. Mais j’avais bien le temps pour cela disait maman.

Le printemps revint et je pu négocier une sortie au marché avec la gouvernante un matin ou père était trop occupé. Depuis le temps, je ne songeais plus vraiment à cette interdiction de revoir Angèle. Peut-être savait-il où elle habitait, mais moi, je n’en avais aucune idée. Et ne pouvant de toute manière sortir sans être accompagné, cela ne m’aurait servi à rien.

Ce que j’aimais dans ces sorties avec Simone, fut qu’elle était très bavarde et j’en apprenais plus en une heure qu’en tout un mois sur les petits travers de gens dont les noms m’étaient pratiquement inconnus, mais cela m’amusait beaucoup. Arrivés devant l’étalage d’un marchand de fruits et légumes, elle y croisa une autre femme avec qui elle passait bien la moitié du temps des courses à se partager des ragots.

Ce n’était plus la saison des choux, l’étalage comportait plus de pommes qu’à l’automne, des rouges, vertes et même des jaunes. De quoi me donner l’envie d’une tarte comme seule notre cuisinière savait en faire. Relevée de cannelle et…

– Psss !

Un drôle de bruit qui attira mon attention, mais sans comprendre d’où il venait, je laissai bien vite, revenant aux pommes.

– Psss ! Alexandre !

Une voix si basse que les discussions alentours masquaient presque, mais j’avais reconnu mon prénom !

– Ici !

Je me penchai. La voix provenant bien de dessous l’étalage et y croisai deux prunelles grises, une frimousse rose sous un chignon défait de cheveux clairs. Angèle !

Simone allait nous voir et forcément nous séparer, mais je me glissai dessous, échappant à sa vue. Elle fut tellement occupée avec son amie qu’il me restait quelques minutes avant qu’elle s’aperçoive de mon absence.

– Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne tentes plus de voler des pommes, j’espère !

– Non. sourira-t-elle. Mère m’a fait déjeuner ce matin. Elle a trouvé un galant ayant quelques fortunes et depuis, je mange à ma faim tous les jours. Ils vont même se marier bientôt ! ajouta-t-elle, fièrement.

– Alors, tu te portes bien, je suis content. Mais nous n’avons pas le droit de nous parler, tu le sais.

Cela lui fit perdre son joli sourire.

– Oui mère m’a raconté. Elle est furieuse contre ton père, elle dit que c’est sa faute si nous sommes à la déboute… déroute…

– Mon père n’a rien fait de tel ! m’empressais-je de répondre, le défendant. C’est le tien qui fut un vilain homme et il l’a fait enfermer.

– Je sais ça aussi, répondit-elle plus tristement encore.

Je n’avais subitement plus tellement envie de m’emporter.

– Je suis content de t’avoir revu, lui fis-je, me disant qu’il fallait peut-être mieux en rester là. Le hasard a bien fait les choses maintenant, je dois y aller.

– Ce n’est pas le hasard Alexandre, je suis revenue souvent ici.

Cette nouvelle me coupa dans mon élan, elle voulait me revoir malgré l’interdiction ?

– Tu es revenue… chaque jour ? Afin de me revoir moi ? Pourquoi ?

– Je ne sais pas. Tu as été gentil et je n’ai pas d’ami ici à la capitale. Et puis tu as de si jolis yeux.

Mis à part maman, ce devait être la seule fille qui m’eut fait ce compliment, mais ce devait être parce que j’avais ceux de mon père. Je pensais que c’était aux hommes de complimenter les dames, pas le contraire. Sauf lorsqu’il s‘agissait de sa maman du moins. Du coup, je crois qu’elle me fit rougir.

Je savais que c’était mal de désobéir et que je ne pourrais plus revenir au marché avant d’être assez grand pour sortir tout seul si jamais je me faisais prendre, mais Angèle était comme moi, une enfant toute seule la plupart du temps. Alors on se promit de se voir en cachette ici, chaque semaine, cela ne durait pas longtemps, mais au moins, cela lui faisait si plaisir. Et à moi aussi.